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 Texte intégral 
Débats
Mardi 16 juillet 2019 - Strasbourg Edition provisoire

Déclaration de la candidate à la présidence de la Commission (débat)
MPphoto
 

  Philippe Lamberts, au nom du groupe Verts/ALE. – Monsieur le Président, notre maison commune brûle. Elle brûle d’un climat qui se détraque, d’une biodiversité qui s’effondre et de ressources naturelles qui s’épuisent. Elle brûle d’inégalités toujours plus profondes, alimentées par la mondialisation néolibérale et les révolutions technologiques. Elle brûle d’un recul brutal, ou parfois plus sournois, des libertés fondamentales et de l’état de droit.

Face à cette triple urgence, la bonne volonté et les intentions générales ne suffisent pas. Il nous faut une détermination farouche à changer de cap, quitte à heurter de front les intérêts de ceux qui défendent le statu quo.

Telle est notre détermination et c’est sur un tel mandat pour le changement que le groupe des Verts/Alliance libre européenne a été élu en mai.

Vous voici donc aujourd’hui face à nous, Madame von der Leyen. Il y a trois semaines encore, vous n’aviez pas la moindre idée que vous brigueriez la plus haute fonction de l’Union européenne. C’est peu dire que l’apprentissage a dû être rapide.

Vos prestations de la semaine dernière ne nous avaient pas convaincus de votre sens de l’urgence, ni de votre détermination à réorienter les politiques de l’Union. Par comparaison, le discours que vous venez de prononcer et les écrits qui l’accompagnent constituent un net progrès. Je salue votre plaidoyer, étayé par des mesures concrètes, pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Je relève aussi que vous vous dites personnellement favorable à la réduction de moitié de nos émissions de CO2 d’ici 2030, que vous reprenez à votre compte l’idée d’une taxe carbone aux frontières ou encore celle d’une réassurance chômage européenne, autant d’idées taboues dans la famille politique dont vous venez; je salue à cet égard votre courage. Mais si votre discours est aujourd’hui plus concret, il reste bien en deçà de nos attentes. Laissez-moi vous expliquer pourquoi sur la base de quelques exemples.

Pourquoi, par exemple, relever en deux étapes nos objectifs climatiques face à l’urgence, et pas immédiatement? En fait, quand on lit le détail de ce que vous écrivez à deux groupes politiques, on sent poindre cette idée de la conditionnalité. Autrement dit, nous avancerons lorsque les autres seront prêts à avancer aussi.

Vous soulignez, à juste titre, que la transition écologique ne doit laisser personne au bord de la route. Or, vous ne pouvez ignorer que si le prix du carbone augmente, tout le monde – et, en particulier, les plus précaires – sera touché.

La réponse à cela n’est pas, comme vous le suggérez, un Fonds d’ajustement européen, mais bien une révision profonde de notre fiscalité pour qu’enfin elle redevienne juste. L’environnement, ce n’est pas non plus que le climat. Pas un mot de votre part sur la biodiversité ou l’épuisement des ressources comme les terres arables ou l’eau douce. En ces domaines, la politique agricole commune, premier budget de l’Union, a un impact désastreux. Une révolution copernicienne s’impose donc, mais cela reste tabou pour vous. Les grandes ambitions se fracasseraient-elles sur les intérêts bien compris de certains?

Passons aux traités de libre-échange. En leur forme actuelle, ils sont des instruments cardinaux d’une mondialisation qui, à la fois, épuise la planète et accentue les inégalités. Vous vous dites favorable à ce que ces traités incluent, comme ils le font déjà, des clauses de développement durable, mais vous vous abstenez prudemment de vous engager à ce que ces clauses soient contraignantes et sanctionnables. Pas un mot non plus sur le traitement de faveur qui continue à être réservé à ceux qu’on appelle les investisseurs.

Sur la question de l’asile et des migrations, je ne vous ai pas entendu véritablement remettre en cause le scandale de l’«Europe forteresse». Il est honteux et indigne que l’Union s’appuie sur des régimes autoritaires ou des États faillis pour assurer coûte que coûte l’étanchéité de ses frontières. Et cela au prix de violations massives des droits humains, commises parfois par des bandes armées comme ces fameux gardes-côtes libyens, financés avec de l’argent européen. Vous nous proposez un nouveau pacte sur l’asile et les migrations. Madame von der Leyen, ce pacte existe. Il a été adopté par une majorité de cinq groupes politiques par ce Parlement. Ne réinventez pas la roue! Reprenez-le à votre compte et allez combattre le Conseil!

Enfin, sur l’état de droit, votre langage est d’autant plus fort que vos propositions restent relativement vagues. S’agit-il ici de changer la donne et de faire en sorte que les valeurs européennes soient respectées partout et en tout temps ou, au contraire, de ménager ces chefs d’État et de gouvernement qui, au sein même de l’Union, comme en Hongrie et en Pologne, bafouent régulièrement les libertés fondamentales et la séparation des pouvoirs?

Pour résumer, là où un changement de cap s’impose à la mesure de la triple urgence sociale, environnementale et démocratique, vous proposez ici une inflexion, là des changements incrémentaux et, surtout, beaucoup de flou.

Vous comprendrez que, dans ces conditions, les écologistes ne sont pas prêts aujourd’hui à vous confier le gouvernail de l’Union.

Chère Madame von der Leyen, je veux souligner que depuis les élections, le groupe Verts/Alliance libre européenne n’a ménagé aucun effort pour constituer ici une majorité à la fois pro-européenne et pro-changement. Pareille entreprise requiert du temps pour porter ses fruits. Votre insistance à obtenir un vote aujourd’hui nous prive de ce temps.

Si nous saluons votre courtoisie à notre égard, nous n’avons pas senti de votre part une réelle préférence pour une pareille alliance. Au contraire, nous vous sentons prête à accueillir tout soutien d’où qu’il vienne, y compris des rangs nationaux populistes. Cela, nous ne pouvons nous y retrouver. Mais, comme je vous le disais il y a une semaine, la vente commence quand le client dit non.

Si vous deviez être élue ce soir, soyez assurée que nous serons prêts à nous laisser convaincre et à apporter notre concours chaque fois que vos propositions seront à la hauteur de l’urgence sociale, environnementale et démocratique, autrement dit à la hauteur des défis existentiels auxquels nous avons à faire face.

 
Dernière mise à jour: 17 juillet 2019Avis juridique