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 Index 
 Texte intégral 
Débats
Mardi 22 octobre 2019 - Strasbourg Edition provisoire

Bilan de la Commission Juncker (débat)
MPphoto
 

  Philippe Lamberts, au nom du groupe Verts/ALE. – Monsieur le Président, cher Jean-Claude, il me revient, au nom du groupe des Verts/Alliance Libre européenne de vous rendre ici justice après cinq ans de mandat.

Voici cinq ans, comme un certain nombre de mes collègues, j’ai voté pour vous, comme président de la Commission européenne. Je l’ai fait alors que vous étiez celui sous l’égide duquel votre pays, le Grand-Duché de Luxembourg, était devenu une place financière pour le moins opaque et un paradis fiscal. Peut-être, me disais-je, qu’en fait, c’est des braconniers qu’on fait les meilleurs gardes-chasses.

Entre le travail acharné de Margrethe Vestager et de Pierre Moscovici – et n’oublions pas le travail acharné et la pression de notre Parlement –, on peut reconnaître que, pendant votre législature, la cause de la justice fiscale a avancé, mais elle est restée confrontée à un obstacle majeur: l’obstination des États membres à refuser toute harmonisation fiscale. Cet obstacle, vous auriez pu le contourner en recourant à l’article 116 du traité, mais vous n’avez pas eu cette audace.

Pour être franc, votre souci de justice sociale m’a souvent amené à vous considérer comme un social-démocrate égaré dans le groupe du PPE. Sur ce plan, entre la révision de la directive sur les travailleurs détachés, la mise en place d’une autorité européenne du travail ou l’adoption – quoique, à ce stade, essentiellement déclaratoire – d’un socle européen de droits sociaux –, tout cela a constitué d’incontestables succès à mettre à votre compte et à celui de votre Commission.

De même, vous avez adopté, les collègues l’ont dit, une application moins idéologiquement bornée de règles européennes de gouvernance économique atténuant de la sorte, un petit peu, une austérité devenue sourde et aveugle à l’exigence de dignité humaine.

C’est sans doute cette même exigence de dignité humaine qui a conduit votre Commission à ne ménager aucun effort pour que les Européens apportent une réponse collective et solidaire aux défis de l’asile et des migrations mais, sur ce plan encore, le Conseil a bloqué toute avancée – et je regrette l’absence de M. Tusk –, arc-bouté sur son parti pris obsessionnel d’une Europe forteresse.

Mais si votre fibre sociale est indéniable, votre conscience environnementale me semble encore largement à construire. Notre maison commune brûle. Elle brûle d’un climat qui se détraque, d’une biodiversité qui s’effondre et de ressources qui s’épuisent. Au cœur de cet incendie, une mondialisation dont les traités de libre-échange, dans leur forme actuelle, sont le moteur, traités qui privilégient les détenteurs de capitaux, souvent improprement appelés investisseurs, et ramènent les normes sociales, environnementales, fiscales démocratiques au rang d’accessoires décoratifs, bien évidemment non contraignants. Vous auriez aimé conclure un pareil traité avec les États-Unis, et vous l’avez dit vous-même, vous en avez conclu une quinzaine avec d’autres. De même, vous avez défendu une politique agricole commune essentiellement productiviste, à rebours de toute ambition climatique ou pour la biodiversité.

Contrairement à vos promesses, et là nous le regrettons vraiment profondément, parce que vous aviez fait cette promesse en venant devant notre groupe, il y a cinq ans, vous avez bloqué tout progrès en vue de l’interdiction des perturbateurs endocriniens et vous n’avez pas démocratisé l’autorisation des OGM.

Trop souvent, votre Commission a refusé de s’opposer de front aux intérêts du Big Business. En témoigne, par exemple, votre empressement à faire protéger les secrets d’affaires et, par comparaison, votre timidité à protéger les lanceurs d’alerte ou à confronter l’industrie automobile, non seulement à ses responsabilités mais à ses tricheries.

Nous gardons donc de vos cinq années un souvenir mélangé, celui d’une Commission européenne de transition qui, en dernière analyse, n’a sans doute pas su prendre la pleine mesure des défis existentiels auxquels nous sommes confrontés.

Vous nous disiez prendre la tête de la Commission de la dernière chance. Le résultat des élections européennes du mois de mai vous a heureusement démenti. Votre travail y a contribué, mais je pense aussi que les Verts/Alliance Libre européenne y ont apporté pleinement leur part. La logique de la préférence nationale n’a pas emporté la mise. Et, comme vous, nous la combattons. Ceci dit, le danger n’est pas écarté. Il appartiendra à celle qui va vous succéder, à la fois la présidente et la nouvelle Commission qui va succéder à la vôtre, de prendre un cap résolument différent si, comme vous le voulez et nous le voulons, nous voulons réconcilier tous les Européens et toutes les Européennes avec l’idée de l’intégration européenne, qui constitue, je le rappelle, la première expérience au monde d’une démocratie transnationale.

 
Dernière mise à jour: 5 novembre 2019Avis juridique