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Discours
Politiques internes et institutions de l'UE

Discours du Président Jerzy Buzek au parlement estonien

Tallinn -
lundi 21/11/2011

C'est un immense honneur pour moi de prendre la parole devant le Riigikogu, dans l'enceinte du magnifique château de Toompea. Votre parlement est unique en son genre! L'histoire de Toompea raconte également l'histoire du passé tourmenté de l'Estonie. Les trois couleurs du drapeau estonien, bleu, noir et blanc furent maintes fois bannies de la tour du château par les Suédois, les Danois, les Allemands, puis les Russes.

Vous avez été dévastés par l'occupation nazie, puis avalés par l'Union soviétique. Il n'y a pas si longtemps, un portrait de Lénine veillait sur votre parlement. Comme beaucoup d'entre vous, j'ai grandi dans un pays où la liberté d'expression était limitée. On nous a volé notre dignité. Oui, notre région a été meurtrie par l'Histoire.

Aujourd'hui, vous êtes un membre inestimable de l'Union européenne et de l'OTAN. Vous êtes le premier des États baltes à adhérer à la zone euro et vous formez l'une des nations les plus intégrées de l'Europe. Vous êtes un modèle — non seulement en matière de démocratie, mais également en devenant une économie performante à la pointe de la technologie et le premier pays au monde à introduire le vote électronique.

Alors que l'Estonie célèbre le vingtième anniversaire de la restauration de son indépendance et que la Pologne occupe la présidence du Conseil européen, n'oublions pas l'ampleur du chemin parcouru.


Chers collègues,

L'Union européenne est à la croisée des chemins. Nous assistons à une gigantesque crise de la dette souveraine et de la dette privée. Une crise provoquée, dans une large mesure, par un déficit de gouvernance économique. Mais la crise de l'Europe n'est pas seulement une crise financière: il s'agit également d'une crise de confiance.

Frustrés par la pénurie d'emplois, de nombreux Européens se révoltent contre les mesures d'austérité. Ils pensent qu'on leur a volé leur avenir. La plupart de nos concitoyens estiment que l'Union européenne ne fonctionne pas. Ou du moins, qu'elle ne fonctionne pas efficacement. Ils pensent désormais que l'Union est une partie du problème et non une partie de la solution. Que devons-nous faire, par conséquent, pour restaurer la confiance de nos concitoyens? Comment les convaincre qu'ils ont un avenir européen?

Il nous faut, nous, politiciens, tâcher de mieux expliquer la crise actuelle. Il nous faut montrer comment, chaque jour, nous construisons une Union européenne plus efficace, plus apte à résoudre les problèmes pour préserver notre avenir.

Les institutions de l'Union européenne et les gouvernements nationaux ont été tellement occupés à éteindre l'incendie, que nous n'avons pas pris la peine d'expliquer ce qui est en train de brûler. Et pourquoi il y avait le feu. Nous devons convaincre nos concitoyens que le temps est venu de plus d'Europe, et non pas moins. Peut-être devrions-nous leur montrer plus souvent l'exemple de l'Estonie. Je sais que le président Meri a déclaré un jour qu'il n'était pas toujours heureux des compliments faits à l'Estonie". Cette fois-ci, nos louanges sont méritées.

Cependant, nous devons surtout redonner sa valeur à la solidarité européenne.

L'Estonie n'a rien à gagner si la Grèce ou une grande partie de l'économie européenne venaient à s'effondrer. Mais elle a beaucoup à y perdre. Tout comme la Pologne, l'Estonie connaît le pouvoir de la solidarité, mieux que quiconque. Votre attachement à cette valeur, ainsi qu'aux valeurs européennes fondamentales, telles que la liberté et la démocratie, a donné lieu à l'un des soulèvements les plus remarquables dont l'Histoire ait été témoin.

Qui peut oublier cette journée de septembre 1988, où 300 000 personnes — soit plus d'un quart du peuple estonien — se sont rendues ensemble à Tallinn, appelant en chantant à l'indépendance de l'Estonie. Qui peut oublier ce mois d'août 1989, où deux millions de personnes, côte-à-côte, formaient une chaîne humaine longue de 600 kms, depuis Tallinn jusqu'à Vilnius. Voilà la solidarité en action!

Mais la solidarité à elle seule ne suffit pas. L'une des principales leçons que j'ai apprises au cours de la révolution polonaise de "Solidarnosc", en 1980, c'est qu'il faut de la discipline et de la responsabilité pour réussir. La solidarité, sans la responsabilité, n'est que lettre morte.

L'Estonie a montré combien des choix difficiles et souvent douloureux, se montraient finalement payants. Les Estoniens ont fait face à la crise économique avec courage, fierté et détermination. Votre économie est entrée en récession à la mi-2008. Et, un an plus tard, elle avait chuté de plus de 14. Mais vous avez rempli votre mission. Vous avez compris ce que vous aviez à faire pour survivre, pour attirer les investissements, pour réduire le déficit budgétaire et redevenir compétitifs.

Votre gouvernement a pris l'initiative d'un ambitieux programme d'économies, introduisant une réduction du budget de 10 pour cent, tandis que les entreprises privées réduisaient les salaires de 20 pour cent. Vous avez mis votre déficit budgétaire sous contrôle, tout en maintenant le cap pour rejoindre la zone euro. Après avoir vu s'effondrer son économie, l'Estonie est aujourd'hui de nouveau sur pied et la gestion responsable de ses finances fait d'elle l'enfant modèle de l'Europe.

Vous avez la dette la plus faible de l'Union européenne. Vous avez réduit le taux de chômage de manière drastique. Votre croissance au deuxième trimestre était la plus élevée de l'Union. Le monde a reconnu et salué vos efforts.

Votre succès est une bouffée d'air frais. Parce que cela montre non seulement l'importance de la responsabilité et de la rigueur, mais également parce que cela redonne du courage au reste de l'Europe. Et au monde entier.

Malgré sa mauvaise presse à l'heure actuelle, l'euro est une monnaie forte et stable. L'euro est un point d'ancrage du marché unique dont nous bénéficions tous. Il a renforcé notre position dans le monde. Et c'est un facteur essentiel pour assurer notre sécurité. Il nous faut chanter les vertus de l'euro afin de rappeler l'importance du rôle de la monnaie en tant que symbole d'un continent uni, du nord au sud.


Chers amis,

La coopération régionale est également vitale. Il est dans notre intérêt à tous de nouer des relations saines et variées avec la Russie, fondées sur la confiance mutuelle et le respect; mais surtout, sur des valeurs communes. Je suis aussi heureux que ces dernières années, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie aient approfondi leur coopération dans de nombreux secteurs, dont les transports, l'innovation ou encore l'énergie, pour ne citer qu'eux.

Je crois fermement que la stratégie de l'Union européenne pour la région de la mer Baltique, instaurée par le Parlement et la Commission, conjointement avec le président Ilves — l'un de ses pères-fondateurs —, peut devenir un modèle de coopération régionale pour l'ensemble de l'Union. Son potentiel est sans fin.

Chers collègues,

Sécuriser l'approvisionnement en énergie pour l'avenir est sans doute le défi le plus important de la coopération régionale. Nous devons nous montrer à la hauteur des valeurs de solidarité inscrites dans le traité de Lisbonne.

La situation de notre sécurité énergétique demeure fragile: l'Union européenne importe plus de 60% de son gaz et plus de 80 % de son pétrole. La situation des États baltes est la plus inquiétante: vous dépendez à 100 % d'un seul fournisseur de gaz. Notre objectif stratégique serait de développer des réserves d'énergie de manière à ce que lorsqu'un pays est en difficulté, nous puissions survivre à la crise. Nous ne pouvons tolérer que des îlots énergétiques isolés subsistent au sein de l'Union européenne.

C'est pourquoi j'ai proposé; en mai 2010, avec Jacques Delors, d'instaurer une Communauté européenne de l'énergie, en mai 2010. L'initiative était conçue pour servir de cadre politique à l'ensemble des actions existantes et futures en matière de politique énergétique.

Qu'est-ce que cela signifie en pratique? Cela implique l'achèvement du marché unique de l'énergie par la création d'un réseau intégré et intelligent, la capacité de négocier de concert avec les fournisseurs d'énergie et les pays de transit; la diversification du bouquet énergétique de l'Europe et la capacité de disposer de ressources financières autonomes pour financer des projets d'énergie. Cela implique également de ne pas oublier le soleil, le vent, les plantes et les carburants fossiles dans notre propre sol. Tous devraient garder une part importante dans ce bouquet énergétique. Nous pouvons y contribuer tous ensemble.


Chers amis,

Vous avez également un rôle déterminant à jouer en partageant votre expérience avec les pays du voisinage oriental, notamment en augmentant la transparence et l'ouverture du gouvernement, en promouvant la démocratie et le respect des droits de l'homme. De Minsk à Kiev, en passant par Tbilissi et Bakou, la porte de l'Europe s'est ouverte à nous; il est désormais de notre devoir de la garder entrouverte pour les autres.

Je vous remercie.