Discours du Président du Parlement européen Jerzy Buzek devant le Conseil européen
Mesdames, Messieurs les Présidents,
Madame, Messieurs les Premiers ministres,
Chères collègues, chers collègues,
Lors de cette réunion, nous entendons aborder plusieurs dossiers clés de l'Europe. Et je n'hésiterais pas à dire que, même dans le feu de nos débats les plus passionnés, nous ne devons jamais pas perdre de vue notre objectif prioritaire: renforcer la solidarité entre les vingt sept États membres. Dans un monde globalisé, seule la mise en œuvre de la méthode communautaire nous permettra d'arriver à nos fins.
Pour commencer, je souhaiterais commenter en quelques mots:
LE TRAITÉ DE LISBONNE
Le 9 octobre, j'ai eu un entretien franc et ouvert avec le Président Vaclav Klaus qui a souligné vouloir rechercher une solution pragmatique.
Il n'a pas manqué de faire observer que, pour des raisons historiques, il souhaitait que le protocole sur l'application de la Charte des droits fondamentaux à la Pologne et au Royaume-Uni soit élargi à la République tchèque.
Le président tchèque a clairement indiqué qu'il n'y avait, à ses yeux, aucun lien entre cette demande et la décision de la Cour constitutionnelle de son pays.
Je crois que si nous voulons une ratification rapide du traité de Lisbonne, nous devrions accéder à cette demande qui pourrait figurer, à l'instar des garanties irlandaises, dans un traité d'adhésion ultérieur.
Chers collègues,
Je pense qu'il est important de mettre en place, dans les meilleurs délais, une nouvelle Commission.
Et je puis vous assurer que c'est dans cet esprit que le Parlement européen répondra présent le 25 novembre.
Mesdames, Messieurs,
Je suis persuadé que d'ici décembre, nous aurons trouvé un accord sur les nouvelles procédures et sur les nouvelles modalités de coopération qui s'appliqueront au Parlement et au Conseil quand le nouveau traité sera entré en vigueur.
Chers amis,
Je souhaiterais aborder dans un second temps: Le RÔLE du NOUVEAU PRÉSIDENT, ou de la NOUVELLE PRÉSIDENTE, du CONSEIL EUROPÉEN
Le Parlement européen estime que le ou la titulaire de cette fonction doit assurer la continuité des travaux et présider les sessions. Il ou elle doit être un "président de séance" plutôt qu'un "Président" au sens traditionnel du terme.
J'ai entendu dire à de multiples reprises que mon élection symbolisait l'unité de notre continent - l'unité entre la vieille et la nouvelle Europe. Peut-être l'heure d'une nouvelle décision symbolique a t-elle sonné? Regardons autour de nous. Combien de femmes comptons-nous parmi nous? Ne devrions-nous pas nommer une femme à ce poste? Plusieurs candidates présentent les qualités requises et j'invite instamment le Conseil à y réfléchir.
Mesdames, Messieurs,
Le troisième grand sujet de discussion est: Le CHANGEMENT CLIMATIQUE et la SÉCURITÉ ÉNERGÉTIQUE
Ce que nous ferons aujourd'hui, ce que nous déciderons dans cette salle, va dans l'intérêt de nos enfants et de nos petits-enfants.
À Copenhague, il nous faudra trouver un accord juridiquement contraignant pour l'ensemble de la planète. Un accord qui s'appliquera aux signataires au-delà de 2013 et qui se basera sur les protocoles de Kyoto.
Le Parlement européen est en première ligne dans le débat sur la protection de l'environnement. Vous connaissez ma position sur le sujet et vous savez que j'entends œuvrer avec vous pour trouver un compromis qui sert aussi bien l'environnement que nos économies.
La lutte contre le changement climatique n'est pas un obstacle au développement. Il est important de souligner que l'économie peut se développer, même si on veille à réduire les taux d'émission. Mais il nous faut aider les pays qui n'ont pas les moyens d'investir dans des technologies innovantes.
Les taux d'émission continuent de baisser dans l'Union européenne. C'est la raison pour laquelle il est si important à nos yeux de conclure un accord avec nos autres partenaires sur le dossier des "fuites de carbone".
Nous ne pouvons accepter que les États membres de l'Union européenne consentent d'importants efforts pour réduire leurs émissions de CO2, alors que, dans le même temps, ce taux d'émission augmente dans certains pays tiers.
Il est très important que, dans le cadre de cette réunion du Conseil, nous arrivions à trouver un accord sur les modalités de répartition de la charge entre les États membres. Si nous voulons nous montrer solidaires envers les pays les moins développés de la planète, il nous faut commencer par faire preuve de solidarité en notre sein.
Il est impensable que les États membres les plus développés supportent un minimum de coûts mais dégagent un maximum de profit en vendant leur technologie aux pays tiers qui luttent contre le changement climatique.
Des années durant, la clé utilisée pour répartir les charges et les dons a été le PNB. Je pense que nous devons continuer à appliquer ce critère. Même au sein de ce Conseil. Nous devons aller à Copenhague en montrant que nous savons nous donner les moyens de coopérer et que nous sommes à même de pratiquer une juste répartition des coûts dans la droite ligne de la solidarité européenne.
Mesdames, Messieurs,
Pour certains citoyens, la notion de politique énergétique est synonyme de lutte contre le changement climatique, pour d'autres, il en va avant tout de la sécurité énergétique.
En janvier dernier, nous avons été confrontés aux conséquences qu'entraîne l'absence de mécanismes communautaires dédiés. Une rupture des approvisionnements en gaz demeure une menace bien réelle.
Je vous invite à accélérer avant tout l'examen du règlement sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz pour que, en cas de crise, un mécanisme de solidarité énergétique puisse être actionné.
Comment allons-nous expliquer à nos citoyens le sens profond de la solidarité européenne si leurs foyers et les hôpitaux sont privés de gaz? Allons-nous les consoler en leur disant que nous avons été incapables d'arriver à un accord? Je vous exhorte donc à respecter le calendrier proposé par la Commission!
Il nous faut traiter sans plus attendre le dossier de la sécurité énergétique. Les autres sujets revêtent un caractère général. En mars, le Conseil devrait accepter un nouveau plan redéfinissant la politique énergétique de l'Europe. Ce plan doit se pencher sur l'amélioration du transport et sur une plus grande diversification des sources d'approvisionnement en gaz, tant en termes d'importation qu'au niveau interne de l'Union.
De nouveaux instruments financiers sont incontournables pour construire les infrastructures nécessaires. Nous devons nous donner les moyens décisionnels de procéder à des achats communautaires de gaz.
Je terminerai par le constat suivant: au XXe siècle, les Européens avaient besoin d'une Communauté du charbon et de l'acier et de l'Euratom, au XXIe siècle, ce qu'il leur faut, c'est une Communauté européenne de l'énergie!
Chers collègues,
Le quatrième point que je souhaite aborder concerne: LA CRISE ÉCONOMIQUE
Même si la situation économique semble se stabiliser, il ne faut pas crier victoire trop tôt et mettre un terme aux aides que nous accordons.
Il nous faut trouver les moyens de relancer la croissance et de renouer avec l'emploi.
Il faut battre le fer quand il est chaud. Quand la situation se sera normalisée, il sera difficile de continuer à mettre en œuvre les réformes économiques indispensables. Nous devons être mieux préparés. La crise peut revenir.
Le Parlement européen entend travailler étroitement avec le Conseil pour créer un Comité européen du risque systémique et, si une proposition dans ce sens est présentée en décembre, une Autorité européenne de surveillance.
Mais la régulation des marchés financiers ne peut être la seule voie. Je crois qu'il nous faut relancer les idées sous-tendant la stratégie de Lisbonne et investir dans les nouvelles technologies et la formation.
Chers collègues,
Les prochaines réunions du G20 devraient faire l'objet d'une préparation au niveau communautaire.
L'Europe doit toujours parler d'une seule voix et les États membres présents dans cette enceinte doivent porter la voix de l'Union européenne dans sa globalité.
Ces réflexions me conduisent au cinquième point, à savoir l'importance du SERVICE EUROPÉEN POUR L'ACTION EXTÉRIEURE
Je pense que tout notre travail doit être dicté par la volonté de construire une Europe commune, intégrée et réunifiée.
En ma qualité d'ancien compagnon de route du syndicat "Solidarité", d'ex-opposant au régime communiste et de citoyen qui ne pouvait que regarder avec convoitise les succès de l'Europe occidentale, laissez-moi donc vous dire tout de go: ne laissons pas passer une telle chance!
Le monde ne partage pas forcément nos valeurs. Pour promouvoir et défendre notre vision du monde, nous devons donc nous doter d'un service diplomatique digne de ce nom. Je suis persuadé qu'il générera un maximum de synergies qui permettront à l'Europe de parler d'une seule voix, tant en matière de sécurité et de politique de développement qu'au niveau diplomatique.
Le rapport Brok adopté par le Parlement la semaine dernière préconise clairement d'ancrer le service européen pour l'action extérieure dans la structure administrative de la Commission. Non pas pour renforcer les compétences de cette dernière, mais pour pérenniser le "modèle communautaire" dans les relations extérieures de l'Union.
Chers amis,
Le Haut représentant, par ailleurs vice-président de la Commission, ne doit pas avoir les mains liées. Nous estimons que le rapport adopté par le COREPER constitue une recommandation et non un modèle d'action. Le Parlement doit être consulté et la Commission doit donner son accord.
Le Parlement est intimement persuadé que ce nouveau service se doit de respecter un certain équilibre quant à l'origine géographique de son personnel. Et ce, pas uniquement parmi les diplomates délégués par les ministères nationaux. Car l'ensemble du service doit être le reflet fidèle des vingt-sept États membres de l'Union européenne et de leurs multiples diversités.
Je perçois l'inquiétude que certains ressentent à l'idée de voir leurs services diplomatiques nationaux fragilisés par la domination d'un service européen pour l'action extérieure trop puissant. Mais c'est le but même du traité de Lisbonne: que nous puissions œuvrer avec plus d'efficacité sur la base d'expériences partagées.
Il y a neuf ans, quand j'occupais les fonctions de Premier ministre, je plaidais, devant le parlement polonais, pour une Commission forte et une approche communautaire qui profite à l'ensemble des États membres de l'Union. Je continue de croire que cette voie est la bonne!
Mesdames, Messieurs,
Le dernier point que je souhaiterais aborder est celui de L'IMMIGRATION
Nous devons faire preuve d'une plus grande solidarité envers Malte, Chypre, la Grèce, l'Espagne et l'Italie, qui sont confrontés à un nombre croissant d'immigrants clandestins.
Nous construisons l'espace intérieur de liberté, de justice et de sécurité qu'attendent nos citoyens. Il nous faut donc nous pencher également sur ce point.
Nous devons accélérer le rythme des mesures concrètes destinées à mettre en œuvre le pacte européen sur l'immigration et l'asile. Il nous faut, dans le même temps, mener à bonne fin la politique d'asile européenne.
L'Europe doit restée ouverte à l'immigration, mais à l'immigration légale. En effet, nos besoins en main-d'œuvre ne cessent d'augmenter. J'espère que nous serons à même de concrétiser plusieurs idées, dont celle d'une "carte bleue".
Il nous faut renforcer FRONTEX. On peut se demander si le temps n'est pas venu de doter FRONTEX de moyens propres dans l'optique de renforcer les capacités de mises en œuvre de l'agence.
En conclusion,
il ne fait aucun doute que le plat de résistance au menu d'aujourd'hui est bel et bien la ratification du traité de Lisbonne et sa mise en œuvre. Je suis persuadé que nous arriverons à avancer sur ce dossier.
Le Parlement est disposé à coopérer avec le Conseil européen, le Conseil et la nouvelle Commission. Il est impératif de trouver des solutions concrètes aux défis auxquels nous sommes confrontés, qu'il s'agisse du changement climatique, de la sécurité énergétique, de l'immigration clandestine ou de la crise économique.
Je suis convaincu que, dans le cadre du traité de Lisbonne, le Parlement européen saura se montrer un partenaire constructif et un colégislateur prêt à engager le débat et, le cas échéant, à négocier des compromis.
Merci de votre attention.
