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Discours
énergie et changement climatique

Discours de Jerzy Buzek, Président du Parlement européen "Alliance énergétique européenne: premier congrès annuel"

Bruxelles -
mardi 12 avril 2011

Monsieur le Commissaire Oettinger,
Monsieur le Commissaire Tajani,
Chers collègues,

Lorsqu'on me demande quelle est la politique commune la plus importante en matière d'importation pour l'Union européenne aujourd'hui, je réponds sans hésiter: l'énergie. Nous importons 54 % de notre énergie. La plus grande partie provient de pays voisins situés dans des zones instables du monde.

Parmi les 27 États membres, seul le Danemark est un exportateur net d'énergie. Disons-le sans détour: nous dépendons de pays tiers pour ce qui est de l'énergie. Nous devons devenir indépendants.

Et le plus tôt sera le mieux. Il y a trois ans, nous nous trouvions dans la même situation. Puis, comme aujourd'hui, le baril de pétrole est passé de 25 USD à plus de 100 USD. Or, lorsque les prix ont chuté, nous avons tout simplement tout oublié. Combien de fois allons-nous recommencer de zéro?

La semaine dernière, Sheik Yamani, ancien ministre de l'énergie de l'Arabie saoudite, a affirmé qu'à l'avenir, nous devrions nous attendre à ce que notre pétrole coûte entre 200 et 300 USD le baril. Nos économies ne peuvent fonctionner avec de tels coûts.

Il y a trois ans, en ma qualité de rapporteur pour le plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (plan SET), j'ai préconisé que 10 milliards d'euros soient affectés à des projets de recherche dans le domaine de l'énergie. Aujourd'hui, je recommanderais 20 milliards d'euros. Il est vrai que nous avons trouvé quelque 4 milliards d'euros pour des projets concrets – parcs éoliens et solaires, captage et stockage du dioxyde de carbone, ponts énergétiques –, mais nous devons aussi investir dans la recherche et les nouvelles technologies. C'est dans ce domaine que des investissements à long terme devraient également être effectués.

Pour arriver à une indépendance énergétique, nous devons non seulement changer le type d'énergie que nous utilisons mais également la manière de l'utiliser. C'est pourquoi ce plan SET revêt une si grande importance. Sans les nouvelles technologies, nous ne serons pas en mesure de faire le bond en avant dont nous avons besoin.

Chers amis,

Je souhaite soulever deux points aujourd'hui.

En premier lieu, nous savons tous que nous devons réduire nos émissions de CO2, mais nous devons le faire de manière à rester compétitifs. Personnellement, je ne vois pas de contradiction. La prospérité et l'économie verte devraient et peuvent être associées. En février, nous avons organisé un sommet avec le Groupe des chefs d'entreprise de l'UE sur le changement climatique, constitué sous l'égide du Prince de Galles, au cours duquel nous avons forgé l'expression "une économie réussie à faible émission de carbone". C'est ce que l'avenir doit réserver à l'Union européenne: une économie réussie, à faible émission de carbone.

Je suis convaincu que les nouvelles technologies dont nous avons besoin et la révolution verte en cours constituent une chance pour l'Union ainsi qu'un défi, mais non une menace.

En tant que législateurs, nous devons créer le cadre juridique et économique approprié. Un cadre propre à encourager les instituts de recherche, les entreprises et les gouvernements à investir dans les nouvelles technologies.

Le Parlement européen a fait valoir qu'il y a lieu de proposer des incitations pour les technologies énergétiques à faible taux d'émission et à faible coût. J'irais plus loin encore. Nous devons modifier nos priorités politiques et accorder à l'énergie la même importance qu'au transport, à la défense, à l'agriculture ou à toute autre priorité poursuivie par chaque pays.

Je sais que c'est difficile parfois étant donné que l'énergie nécessite des investissements à long terme qui souvent ne sont pas considérés comme bénéficiant directement aux consommateurs. Il est souvent plus facile d'investir dans les routes et le transport mais il est tout aussi important aujourd'hui d'ouvrir des conduites et des centrales électriques.

En deuxième lieu, nous devons investir davantage dans la recherche et les innovations dans le domaine de l'énergie. En cette période de crise économique, nous devons prendre l'engagement politique de ne pas réduire nos budgets. L'énergie doit être au centre du huitième programme-cadre de recherche.

L'argent dépensé pour la recherche et le développement n'est pas gaspillé mais investi. Ces investissements comportent des risques mais nous savons qu'il n'y a pas de progrès sans risque. C'est pourquoi nous avons développé dans le septième programme-cadre le "mécanisme de financement avec partage des risques". C'est l'argent dont nous avons besoin pour faire de l'Union européenne une économie de l'innovation, qui utilise de l'énergie innovante en particulier. Une économie capable de créer des centaines de milliers de nouveaux emplois qualifiés.

Toutefois, nous devons investir cet argent de manière avisée. Je suis convaincu que nous devons également financer les recherches risquées menées à moyen et long termes. Je suis un scientifique et je sais que ce n'est que par l'expérience et l'erreur que nous pourrons réussir la percée dont nous avons besoin. Une idée risquée peut créer de nouvelles branches d'activité. Le prochain Microsoft attend d'être découvert.

C'est pourquoi nous avons besoin de vos conseils pour savoir dans quels projets – même s'ils comportent des risques – nous devrions investir. Vous avez les compétences techniques; plus de 1000 chercheurs de plus de 70 pays travaillent dans vos programmes.

Nous devons également adapter notre financement de manière que nos subventions et prêts publics soient favorables aux PME. Le Parlement européen a demandé dans sa dernière résolution une augmentation des fonds alloués aux PME. Elles constituent le pilier de nos économies.

Chers amis,

J'aimerais terminer avec deux observations.

Après que le tsunami a frappé le Japon, des inquiétudes ont été soulevées concernant la sécurité de nos centrales nucléaires. Il s'agit de l'une des actions du plan SET et nous devons procéder à sa mise en œuvre dans les meilleurs délais. Or nous devons aussi commencer à réfléchir à la création de centrales nucléaires de quatrième génération.

Nous avons également une source d'énergie dans laquelle nous devons investir bien davantage: le gaz de schiste. Selon des études récentes, il pourrait devenir une part très importante de nos sources d'énergie. La question du captage et du stockage du dioxyde de carbone du plan SET devient d'autant plus importante.

Afin que nous devenions indépendants en matière d'énergie, nous devrons utiliser les sources d'énergie existantes. Ce n'est qu'avec des innovations et les nouvelles technologies que nous serons en mesure d'utiliser pleinement ces sources d'énergie. C'est pourquoi les investissements réalisés au titre du plan SET revêtent une importance cruciale.

Je vous remercie de votre attention.

 

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  • Richard Freedman
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