Discours prononcé par le professeur Jerzy Buzek, Président du Parlement européen, lors du Forum mondial de l'efficacité énergétique 2011
Mesdames et Messieurs,
C'est une bonne chose que vous débattiez aujourd'hui de l'efficacité énergétique, mais ce qui est encore mieux c'est que vous la mettez en pratique au quotidien. Car les effets durables sont toujours le résultat d'économies certes petites, mais réelles. C'est pourquoi nous, responsables politiques, devons donner l'exemple. Il y a sept ans de cela, le Parlement européen décidait d'adhérer au système de management environnemental et d'audit. Depuis lors, nous appliquons avec succès les dispositions EMAS dans nos trois lieux de travail, le principe étant que l'énergie la plus respectueuse de l'environnement est celle que nous n'avons ni à produire ni à consommer.
L'efficacité n'est pas un état, mais un processus. Grâce à la recherche scientifique nous découvrons sans cesse de nouvelles manières d'économiser de l'énergie. Il incombe à présent aux responsables politiques de garantir le financement de cette recherche si importante. En tant que rapporteur du Parlement sur le 7e programme-cadre et, ultérieurement, sur le Plan stratégique pour les technologies énergétiques, je comprends parfaitement que les gouvernements nationaux et régionaux, les scientifiques et les entreprises doivent œuvrer de concert.
L'efficacité énergétique est actuellement nécessaire à l'Union européenne pour plusieurs raisons.
Premièrement, il s'agit d'un outil essentiel pour la lutte contre le changement climatique et la protection de notre environnement. Sur les trois objectifs pour 2020, deux au moins sont directement liés à l'efficacité. Plus nos installations de production d'énergie seront efficaces, moins nous émettrons de CO2 et d'autres substances polluantes. Mieux nous isolerons nos bâtiments, plus nous utiliserons nos voitures de manière avisée et moins nous consommerons d'énergie tout en économisant dans le même temps de l'argent. C'est avec cet objectif à l'esprit que nous, législateurs, adoptons régulièrement de nouvelles normes en matière de gaz d'échappement auxquelles les constructeurs automobiles doivent se conformer. Il en va de même de nos normes d'isolation des bâtiments.
La deuxième raison pour laquelle nous devons gagner toujours plus en efficacité énergétique est le coût. Le développement économique requiert des quantités croissantes d'énergie sous toutes ses formes. Si nous voulons retrouver une croissance économique viable, nous ne pouvons nous permettre une énergie – l'une des principales forces motrices de la croissance – de plus en plus chère. Le coût de l'énergie est le produit de la consommation et du prix unitaire. Nous pouvons réduire la première en augmentant l'efficacité énergétique des appareils que nous utilisons et en réduisant ainsi la demande énergétique. Quant au deuxième élément, les prix de l'énergie dans l'Union européenne dépendront essentiellement de la date à laquelle nous parviendrons à achever la mise en place du libre marché de l'énergie, mais aussi, grâce à la recherche et à l'innovation, de la manière dont nous pourrons améliorer la production et la distribution d'énergie.
Je suis heureux que nous ayons commencé à considérer plus sérieusement cette question. L'instabilité dans notre voisinage a conduit à l'instabilité des prix du pétrole et du gaz. Il est évident que nous ne reverrons plus le prix du baril de pétrole descendre à 25 USD. D'aucuns prétendent même que nous devons nous attendre à devoir payer le baril deux, voire trois cent USD. Les économies d'énergie sont donc indispensables si nous souhaitons poursuivre notre croissance.
Cela m'amène au troisième point, à savoir la nécessité de créer ce que Jacques Delors (ancien président de la Commission européenne) et moi-même décrivions, il y a de cela une année, comme la Communauté européenne de l'énergie. Cette idée est étroitement liée à l'efficacité énergétique. En réunissant les efforts actuels et futurs sous une appellation unique et clairement identifiable, nous souhaitons créer une synergie entre ces efforts. En d'autres termes, il s'agit de les rendre plus efficaces que s'ils étaient déployés individuellement.
Nous ne proposons pas de nouveau traité. Nous ne souhaitons aucunement créer davantage d'organes. Nous voulons seulement réunir les activités visant à compléter le marché unique de l'énergie au sein d'un cadre politique unique.
Permettez-moi de citer quelques exemples de l'utilité et de l'efficacité que pourrait avoir la (nouvelle) "CEE". Nous pourrions, par exemple, acheter conjointement du gaz naturel aux fournisseurs extérieurs, ce qui nous permettrait de négocier de meilleurs prix. Une autre mesure pourrait consister à supprimer les goulets d'étranglement dans le réseau européen de gazoducs et d'oléoducs et les réseaux électriques. Cela faciliterait l'acheminement de gaz et de pétrole dans l'ensemble de l'Union et permettrait leur commercialisation ultérieure. Les États membres pourront choisir la provenance de leurs importations de matières premières énergétiques, en fonction de l'accessibilité et du prix.
Enfin et surtout, nous devrions mener des actions conjointes de recherche et d'innovation au sein de l'Union, sous l'égide de la CEE, afin de concevoir de nouvelles technologies qui nous donneront de nouveaux moyens d'économiser l'énergie et d'améliorer l'efficacité.
Cela s'applique également à l'énergie renouvelable. En ce qui concerne l'efficacité énergétique et l'efficacité dans les utilisations finales, nous devons prendre conscience du fait que, par exemple, dans certaines régions d'Europe, le surplus d'énergie éolienne est perdu faute d'installations permettant de l'acheminer plus avant.
En termes économiques, l'efficacité énergétique européenne dépend de la quantité d'énergie que nous devrons importer à l'avenir dans l'Union, et de la quantité et du coût de notre propre production.
Nous, responsables politiques, et vous, représentants des entreprises, sommes au service des mêmes personnes. Pour nous ce sont des électeurs, pour vous des clients. Les responsables politiques sont appelés à élaborer des lois qui, d'une manière responsable, garantissent le fonctionnement de l'Union et de ses États membres non seulement aujourd'hui, mais sur le long terme. Lorsque nous observons l'évolution de la consommation d'énergie actuelle, nous devons déjà penser aux générations futures.
Nous devons investir dans les technologies qui nous permettent d'économiser de l'énergie, de l'utiliser de manière plus efficace et d'assurer une sécurité énergétique à long terme à l'Europe. Mais surtout, nous devons laisser aux générations futures une planète qui ne sera pas dans un pire état que celle dont nous avons nous-mêmes hérité.
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