Discours de Président Buzek à la Fondation Konrad Adenauer à Berlin : "Faire l'Europe à nouveau rayonner"
Messieurs les Présidents, Excellences, chers Collègues, chers Amis,
C'est pour moi un grand plaisir de me trouver de nouveau à Berlin, en tant qu'hôte de la Fondation Konrad Adenauer. Je tiens à remercier tout particulièrement mon ami Hans-Gert Pöttering, ancien Président du Parlement européen, qui préside aujourd'hui cette fondation.
Konrad Adenauer pourrait aujourd'hui se féliciter: "Je n'arrive pas de l'Est, mais de l'Ouest, directement de Bruxelles, sur la rive gauche du Rhin. Je me souviens très bien de la première fois que j'ai vu Konrad Adenauer: c'était sous la forme d'une caricature, dans les journaux uniformes de mon pays. Il incarnait tout ce à quoi le régime s'était opposé: valeurs chrétiennes, liberté, démocratie, en un mot, tout ce pour quoi Solidarność se battait.
Konrad Adenauer est devenu non seulement le père de la nouvelle Allemagne, mais aussi celui de la nouvelle Europe. En tant que démocrate-chrétien, il a fait renaître l'Europe de ses cendres en la fondant sur nos valeurs. Pour la première fois dans l'histoire, les démocrates-chrétiens ont appliqué en politique le commandement "Aime ton ennemi." Et les ennemis sont devenus des amis.
La semaine en cours sera cruciale pour l'Europe. Le Parlement grec mettra aux voix un train de réformes. Mercredi, la Commission publiera ses propositions concernant le prochain cadre financier pluriannuel et la réforme des ressources propres de l'Union. Vendredi, la Pologne entamera sa première présidence du Conseil.
L'Europe est de nouveau à la croisée des chemins. Elle doit déterminer dans quelle voie elle va s'engager. Des questions très importantes doivent être posées. Quelles sont nos valeurs en cette époque de mutation? Que représente pour nous notre communauté? Où nous situons-nous dans le monde avec nos convictions? La démocratie chrétienne a fait de l'UE un modèle fameux dans le monde. Il est temps de redorer son blason.
L'Europe doit redevenir un phare.
Lorsque je me trouvais en Égypte, sur la place Tahrir, au début de l'année, j'ai été frappé par une parole "Merci l'Europe". Nous devons saisir ce que cela signifie. Il est des gens dans le monde arabe qui sont disposés à tout risquer pour la liberté, la démocratie, la primauté du droit. En un mot, pour lutter pour nos valeurs. L'Europe est devenue un modèle. L'attrait universel de ses valeurs est partagé chez ses voisins du Sud et de l'Est. À la différence de ce qui se passait antérieurement, ces valeurs s'imposent non à travers la conquête et la domination, mais à travers une adhésion libre et volontaire. C'est là non seulement un espoir de paix, de justice et de vie meilleure pour ces personnes, mais aussi une chance de redonner de l'éclat à l'Europe sur la scène mondiale.
Notre réaction face au printemps arabe doit être déterminante et généreuse. La Fondation Konrad Adenauer accomplit un travail considérable sur le terrain, renforçant la société civile. Vous donnez un visage humain à l'Europe en tendant la main à ceux qui comptent sur nous. Vous êtes le modèle de l'attachement européen à la démocratie. Outre le soutien à la société civile, nous devons aussi proposer des avantages économiques. Il faut que les gens bénéficient concrètement des fruits de la démocratie. Il est hors de question que nous laissions passer cette occasion. Il faut des facilités en matière de visas. Il faut investir et offrir l'accès aux marchés, aux biens de la région, et cela pas à pas.
Nous devons, à l'heure actuelle, réinventer la politique d'élargissement. Dans les années 90, en Europe centrale et orientale, l'adhésion à l'UE était notre objectif. Cela nous a permis d'accomplir des réformes difficiles parce que nos peuples étaient conscients de cet objectif. Certes, nous ne pouvons offrir cette perspective à tous nos voisins. La question est de savoir comment créer une dynamique semblable. C'est peut-être une mission pour une fondation comme la vôtre. Comment transposer le principe de souveraineté partagée que nous avons appliqué en Europe à notre voisinage au sens large? Comment créer la même solidarité de fait que celle sur laquelle l'Union européenne est fondée?
Sortir de la crise
Quel que soit le journal que l'on lise, les commentaires sur l'avenir de l'UE sont défavorables. Les positions vont du scepticisme au catastrophisme. Si l'Europe entend continuer à jouer le rôle de modèle, elle doit évoluer et progresser et, avant tout, rétablir la confiance.
La confiance est aujourd'hui une valeur menacée. En dépit de tout ce que nous avons réalisé, je pense que les citoyens n'ont plus pleinement confiance en nos valeurs. Ils n'ont plus confiance en la communauté qui a été construite. Nombreux sont ceux qui se sentent perdus dans un monde où règne l'interdépendance. Cela est compréhensible, mais nous ne sortirons de la crise qu'ensemble. C'est seulement ensemble que nous parviendrons à surmonter la crise, pour être plus forts qu'auparavant.
Il faut faire preuve de responsabilité et de solidarité. Il n'y a pas de solidarité sans responsabilité. Cette semaine, il incombera au parlement grec d'adopter des réformes ambitieuses mais douloureuses. Il nous incombera de faire preuve de solidarité. Des experts financiers réclament sans ambages la faillite de la Grèce. Je leur pose la question suivante: sont-ils sûrs que la faillite se limiterait à la Grèce? Lorsque Lehman Brothers a connu la déconfiture, l'économie allemande a subi un recul de 5%, sa récession la plus grave depuis la guerre.
Éviter la faillite à la Grèce ne répond pas seulement à l'intérêt de ce pays, mais à l'intérêt de tous. Soyons honnêtes avec nous-mêmes: personne dans l'UE n'est au-dessus de tout reproche. Les gouvernements et les investisseurs doivent prendre leurs responsabilités. Il ne s'agit pas d'une crise de la monnaie commune, mais d'une crise de la dette souveraine et privée. Nous avons vécu au-dessus de nos moyens pendant trop longtemps. Ce n'est pas la responsabilité du seul parlement grec, mais une responsabilité partagée dans l'ensemble de l'UE.
Il faut tirer les enseignements de ce qui se passe pour éviter une crise comparable à l'avenir. Je vous invite à faire confiance à l'UE pour surmonter la crise avec la même résolution que ce fut le cas en Allemagne. Le Parlement européen s'emploie activement à prendre le mal à sa racine. Il a renforcé la réglementation dans le secteur bancaire, le laxisme ayant été à l'origine des errements du passé. Il est sur le point de renforcer la discipline budgétaire en réformant le pacte de stabilité et de croissance.
Aujourd'hui, le Parlement européen défend ce que le Bundestag a réclamé: davantage de sanctions automatiques. À vrai dire, la position du Parlement est plus allemande que celle du gouvernement allemand. Lors des négociations avec le Conseil, le Parlement a obtenu ce qui avait été rejeté à la majorité qualifiée dans six cas sur sept. Il espère un accord avant la pause estivale.
À l'avenir, le nouveau mécanisme de stabilité apportera l'assistance nécessaire aux États membres en difficulté financière. Les responsables politiques ne doivent pas s'immiscer à l'excès dans son fonctionnement. Ils doivent plutôt donner le cap. Ils doivent œuvrer à une union économique assurant la discipline budgétaire et contribuant à la croissance.
Le Parlement européen estime qu'il faut achever le marché unique et combler les lacunes ou éliminer les goulets d'étranglement qui subsistent afin d'en faire de nouveau un moteur de croissance. Des réformes structurelles sérieuses s'inspirant du pacte Euro Plus s'imposent, en particulier en matière d'âge de la retraite, de réforme du marché du travail et de privatisation. L'union monétaire doit être renforcée et se rapprocher d'une union économique.
Quelle peut être la contribution de la Fondation Konrad Adenauer et de la démocratie chrétienne dans ce contexte? L'économie allemande repose sur les valeurs solides de la démocratie chrétienne et tel a toujours été le cas. L'Allemagne est l'économie la plus importante et la plus puissante de l'UE. Elle a connu une mutation considérable et l'Allemagne est devenue experte en réunification. La réussite allemande s'appuie aussi sur le marché commun, sur la Communauté. La clé des étapes ultérieures est entre nos mains.
L'Europe à la croisée des chemins
Ce qui a été accompli ne saurait être considéré comme définitivement acquis. L'Union européenne est un référendum quotidien. Chaque jour, il faut se battre pour elle. Ce qui explique la réussite de l'Europe, c'est la méthode communautaire. Aujourd'hui, il faut la redéfinir. Le Parlement européen est d'avis que cette méthode est la seule qui fonctionne dans une Union à vingt-sept.
Ce mercredi, la Commission publiera le premier jet du cadre financier pluriannuel et proposera des réformes des ressources propres. Il est notoire que le débat ne sera pas facile. À l'heure où les citoyens doivent se serrer la ceinture, il est hors de question de jeter par portes et fenêtres l'argent du contribuable. Il est hors de question de gaspiller le moindre cent et il faut lutter contre tous les abus.
Le Parlement européen propose d'augmenter le budget de l'UE de 5%, et ce afin d'investir les deniers du contribuable avec une plus grande efficacité, pour créer des économies d'échelle. La croissance est apportée par l'investissement. La valeur ajoutée apportée par l'Europe est telle que chaque euro investi au niveau de l'UE peut rapporter jusqu'à 4 euros. Cela a été confirmé l'an dernier: les 4 milliards investis dans des projets énergétiques ont engendré 20 milliards de dépenses.
Il faut déterminer les domaines où une approche commune européenne apporte une valeur ajoutée. Il est assurément absurde, à mon avis, de maintenir 27 services consulaires différents pour gérer l'accès au même Espace Schengen. Il ne faut pas s'imaginer que 27 stratégies de recherche et développement produisent de meilleurs résultats dans la concurrence avec la Chine ou les Etats-Unis. Il ne faut pas s'imaginer que 27 réseaux énergétiques distincts sont en mesure de résoudre les problèmes de sécurité énergétique.
C'est pourquoi il faut des investissements européens, pour économiser les deniers du contribuable. C'est pourquoi j'ai proposé avec Jacques Delors la création d'une Communauté européenne de l'énergie. La décision qui est à prendre n'est pas une affaire de contributeurs ou de bénéficiaires nets. La décision à prendre est celle de savoir s'il faut plus d'Europe ou non. Nous n'avons pas besoin d'un nouveau mécanisme de péréquation financière au niveau européen, il nous faut un budget solide pour faire de nouveau de l'Europe un modèle.
L'Europe est à la croisée des chemins. Quelle route va-t-elle prendre? Déciderons-nous de faire confiance les uns aux autres et de miser sur la solidarité? Ou retomberons-nous dans les ornières du passé?
En tant que Polonais, ce n'est pas peu dire pour moi que de proclamer que nous n'avons plus peur. Vous avez été notre espoir. Sans la réconciliation franco-allemande, scellée par Mitterrand et Kohl, il n'y aurait pas d'Union européenne. Sans la réconciliation germano-polonaise, scellée par Mazowiecki et Kohl, le continent n'aurait pas été réunifié.
L'héritage que nous devrions léguer aux générations montantes devrait être une Union européenne dans laquelle tous souhaitent vivre, une Union tournée vers l'avenir avec confiance, qui a mis la crise à profit pour repartir plus forte et plus unie.
Je vous remercie.
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