Allocution du Président Buzek à l'occasion du Sommet de printemps pour la stabilité financière
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les ministres des Finances,
Mesdames et Messieurs les Premiers ministres,
Nous vivons des temps historiques. J'ai même l'impression que l'histoire s'accélère.
Avant d'aborder le sujet principal de notre réunion de ce jour, j'aimerais évoquer brièvement trois points: le voisinage sud, la tragédie au Japon et l'avenir de l'industrie nucléaire.
LE VOISINAGE SUD
Cette question brûlante constituait le thème central du Conseil européen qui s'est réuni il y a deux semaines. Il est important de mentionner ce qui s'est produit depuis. Au nom du Parlement européen, j'avais demandé l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, avec une large participation des États arabes, sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette zone est maintenant établie. Le Parlement européen apporte son appui sans réserve à cette zone d'exclusion aérienne et à tous les efforts entrepris pour protéger la population libyenne. Il s'agit là pour nous d'un devoir moral.
Nous affirmons aussi la nécessité d'appliquer les sanctions prises et de faire en sorte qu'il soit impossible de les contourner. Il est important d'étendre leur portée afin d'inclure les fonds gérés par l'Autorité libyenne d'investissement et de geler tous les avoirs du régime libyen.
Je reviens de Tunisie et d'Égypte, où j'ai rencontré les dirigeants des gouvernements provisoires et de la Ligue arabe et discuté de l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne. J'y ai aussi rencontré des ONG, des organisations d'étudiants, et d'autres représentants de la société civile. En déambulant sur la Place Tahrir, j'ai parlé à des centaines de citoyens. Ils m'ont dit trouver ce que fait l'Europe très positif.
Le référendum organisé en Égypte au sujet de la modification de la Constitution montre que les gens aspirent vivement à des élections libres et à la démocratie. En Tunisie, les propositions faites sont d'une portée considérable. D'après ma propre expérience en Pologne, je pense qu'elles ont une grande chance de réussir à amener de profonds changements dans le sens de la démocratie.
De notre côté, il est important de montrer que nous pouvons aider les peuples et les États en leur proposant des projets concrets. Nous pourrons ainsi éviter la répétition de certaines de nos erreurs ainsi que des retours en arrière - du point de vue de la démocratie et du développement économique, comme il s'en est produit récemment dans certaines régions d'Europe orientale.
Comme je l'ai dit il y a deux semaines, le Parlement estime que nous devons mettre en œuvre un plan d'action à court, moyen et long terme pour toute la région. Mais il est clair qu'il nous faut également renforcer l'ensemble de notre politique de voisinage, aussi bien vers le sud que vers l'est - que nous ne devons pas oublier à présent.
Pour les jours et semaines à venir, le Parlement européen demande un engagement plus important de l'Union européenne dans l'aide humanitaire en Afrique du Nord. Ce dont ces peuples ont vraiment besoin à l'heure actuelle, c'est de nourriture, d'eau, de médicaments, d'abris et d'équipements sanitaires.
L'enseignement que nous pouvons tirer des événements en Libye est que, bien que nous disposions d'un Service européen pour l'action extérieure, il nous faut à présent construire une politique extérieure commune, ainsi qu'une politique de défense et de sécurité de l'Union européenne.
LA TRAGÉDIE AU JAPON
Cela m'amène à mon deuxième point: la tragédie qui se poursuit au Japon. Je voudrais féliciter les États membres et la Commission européenne de la rapidité de leur réaction. Des équipes de secours ont été envoyées promptement. Cependant, comme auparavant en Haïti, l'Union peut et doit encore faire mieux. Le Parlement européen a demandé la création d'une "Force européenne de protection civile" qui serait prête à intervenir en permanence. Gardons à l'esprit le fait que des situations d'urgence de cette ampleur semblent se produire de plus en plus fréquemment.
Dans de telles circonstances, les premières heures sont d'une importance cruciale pour pouvoir trouver des survivants. Une coordination efficace est bien la valeur ajoutée que l'Union européenne peut apporter. Il est temps pour nous d'examiner à nouveau cette question.
L'AVENIR DE L'INDUSTRIE NUCLEAIRE
Chers Collègues,
Le peuple japonais a fait preuve d'un grand courage, d'une immense dignité et de capacités organisationnelles remarquables face à une catastrophe qui dépasse l'entendement. Cependant le manque de transparence de la part de l'industrie nucléaire japonaise constitue une leçon pour nous. Nos citoyens s'attendent à un plus grand esprit d'ouverture.
Le Parlement européen tient aujourd'hui un débat sur l'énergie nucléaire. Nous en aurons un autre le mois prochain. Je me félicite de l'initiative prise par la Commission européenne de faire effectuer des tests de vulnérabilité dans nos 143 centrales nucléaires. Les États voisins de l'Europe devraient, comme nous, procéder à de tels contrôles.
Il convient aussi de réexaminer nos normes communes de sûreté. Bien que ces normes ne présentent aucun caractère obligatoire ni contraignant, si l'on veut que les tests effectués soient convaincants, il faut qu'ils soient complets.
L'énergie nucléaire demeure importante pour l'Europe. N'écartons aucune source d'énergie à notre disposition, qu'il s'agisse de combustibles fossiles, d'énergie nucléaire ou de sources d'énergie renouvelables. Ces dernières doivent être développées des plus activement. Mettons tout d'abord en œuvre dès que possible notre plan d'efficacité énergétique, car il permettra d'assurer la protection à la fois de l'environnement et du climat, et la sécurité des approvisionnements.
Les événements qui viennent de se produire au Japon et en Libye montrent que des facteurs externes peuvent avoir une influence considérable sur la sécurité énergétique. Nous devons accélérer nos travaux en vue de rendre l'Union européenne moins dépendante du reste du monde. Il nous faut plus que jamais une Communauté européenne de l'énergie.
LA MODIFICATION DU TRAITÉ
Mesdames et Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les ministres des Finances, Mesdames et Messieurs les Premiers ministres,
Permettez-moi d'aborder maintenant les deux points qui concernent l'économie: la modification du traité et la gouvernance économique.
Hier, le Parlement européen, en tant que partenaire responsable, a donné son avis sur la modification de l'article 136 du traité. Nous estimons qu'un engagement clair de la part de la Commission européenne à jouer un rôle central dans la gestion du nouveau mécanisme européen de stabilité financière s'avère indispensable. Les lettres que vous m'avez écrites, Monsieur le Président, Monsieur Junker et Monsieur Rehn, ont ouvert la voie au vote d'hier et à la future mise au point d'une solution. Il serait utile au Parlement que ces lettres soient mentionnées dans le procès-verbal de la réunion de ce jour.
Nous souhaitons qu'à l'avenir toute action menée dans ce domaine repose sur des propositions élaborées par la Commission européenne, puis, qu'au fil du temps, toutes les institutions européennes y participeront.
LA GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
C'est la dernière fois que le Conseil européen se réunit avant l'échéance du mois de juin pour l'adoption de six propositions législatives relatives à la gouvernance économique. Les travaux du Parlement européen se poursuivent en ce sens. Le vote en commission est prévu pour le mois d'avril, à temps, faut-il espérer, pour que des négociations avec le Conseil puissent avoir lieu avant les congés de Pâques.
Mais pour pouvoir respecter les délais impartis, le Conseil devra se montrer plus ouvert aux points de vue du Parlement. Nous avons bien commencé hier lorsque j'ai invité le Premier ministre Orbán à me rencontrer ainsi que nos six rapporteurs. Et la réunion récente que nos rapporteurs ont eue avec vous, Monsieur le Président, s'est bien déroulée.
Le Parlement souhaite de manière générale rendre le "paquet" plus ambitieux. Les méthodes inhabituelles adoptées jusqu'ici ont donné de bons résultats dans des circonstances exceptionnelles, mais les projets à long terme ont besoin de la participation des institutions de l'Union européenne.
Le Parlement est convaincu que la Commission devrait être chargée de la supervision du cadre de surveillance de la politique économique. Le Parlement est favorable au mécanisme de sanctions semi-automatiques dans le cadre du "vote à la majorité qualifiée inversée" tel qu'il est proposé par la Commission. L'Union européenne doit faire comprendre clairement aux marchés le sérieux de son intention d'œuvrer pour la stabilité financière et la croissance économique.
Nous pouvons ne pas partager les mêmes points de vue, mais permettez-moi de vous faire part encore une fois de l'opinion de la grande majorité de mes collègues au Parlement européen: la méthode ouverte de coordination n'a jamais vraiment bien fonctionné. Le Parlement s'inquiète de ce que notre stratégie Europe 2020 ne soit pas dotée d'une structure de gouvernance adéquate lui permettant d'être efficace. Le pacte pour l'euro "plus" est exposé au même danger.
Nous croyons donc fermement que, tant la stratégie Europe 2020 que le pacte pour l'euro "plus" et le semestre européen, devraient être inclus dans un seul cadre juridique cohérent de coordination de la politique économique.
Nous savons tous que l'avenir économique de l'Europe et partant, notre réussite, dépendent encore de réformes structurelles fondamentales concernant les systèmes de pension, l'âge de la retraite et le marché du travail. De telles réformes sont très difficiles à mettre en place. Mais nous ne parviendrons à mettre un terme à la crise économique qu'en en sortant plus forts.
Un autre point crucial est l'achèvement du marché unique. Nous attendons avec intérêt les propositions législatives de la Commission en ce domaine. Elles devraient contribuer à rendre nos économies plus compétitives et générer de la croissance et des emplois.
Mesdames et Messieurs,
Le Parlement européen croit fermement à la valeur ajoutée de l'action des institutions européennes. En ces temps de difficultés économiques, de crises politiques et même de catastrophes naturelles, notre partenariat est plus que jamais nécessaire. Il constitue notre meilleure garantie pour trouver des solutions qui soient satisfaisantes non pas seulement pour quelques-uns d'entre nous, mais pour nous tous!
Je vous remercie de votre attention.