Allocution prononcée par le Président Buzek devant le Parlement serbe
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les députés, chers amis,
C'est un honneur pour moi d'être à Belgrade. J'en suis d'autant plus honoré que je suis le premier Président du Parlement européen à m'adresser aux représentants élus du peuple de Serbie.
Votre invitation tombe à point nommé. Au cours de ces dernières années, votre pays a gagné de nouvelles lettres de créance européennes. En 2008, vous avez organisé à deux reprises des élections nationales. Lors de ces deux scrutins, vos citoyens se sont clairement prononcés en faveur d'un avenir européen.
Il y a trois semaines, la Commission européenne a rendu son avis sur la demande d'adhésion de la Serbie. Je me réjouis vivement de la recommandation d'accorder à votre pays le statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne. J'exprime ainsi l'avis de la majorité des députés européens.
Ces dernières années, la Serbie n'a pas ménagé ses efforts. Vous êtes allés de l'avant avec la réforme du système judiciaire, le renforcement de l'État de droit et des initiatives sous d'autres aspects relatifs aux critères de Copenhague. Vous avez accompli des progrès dans votre combat contre la corruption et la criminalité organisée à tous les niveaux. Mais la route est encore longue et il reste un travail considérable à réaliser dans ces domaines.
Vous avez également pris des mesures importantes en vue d'établir une économie de marché viable et avez réussi à maintenir votre stabilité macroéconomique, malgré la crise financière mondiale. Cependant, l'amélioration de la compétitivité et la lutte contre le chômage restent des priorités, tout comme dans beaucoup de nos États membres.
De plus, fait tout aussi important, vous avez agi positivement en faveur de la réconciliation en signant, dans ce lieu même, la déclaration condamnant le massacre de Srebrenica. Vous avez également arrêté les derniers criminels de guerre fugitifs. En traduisant en justice Goran Hadzic et Ratko Mladic, la Serbie a fait un grand pas en vue de s'assurer un avenir européen.
Comme l'a souligné le Président Tadic, "ces arrestations marquent un nouveau chapitre dans l'histoire de la Serbie et signent le début d'une nouvelle ère de responsabilité". Nous saluons tous le courage de ce geste !
Chers collègues,
Ne laissons planer aucun doute. La Serbie d'aujourd'hui est bien différente de la Serbie des années 1990. C'est un pays tourné vers l'avenir, où vivent un grand nombre de jeunes hautement qualifiés, avides de modernisation. Avides d'un avenir européen. C'est cette soif de succès qui a conduit une nouvelle génération de Serbes vers la réussite sur la scène européenne. Que ce soit dans l'art, dans la musique ou dans le sport.
On m'a dit, il y a peu, qu'Ana Ivanovic avait commencé à jouer au tennis dans une piscine désaffectée de Belgrade à l'âge de cinq ans. Seize ans plus tard, Ana est devenue l'une des meilleures joueuses de tennis mondiales.
L'un de mes favoris, Novak Djokovic, est actuellement le numéro un mondial et un véritable modèle pour des millions de jeunes Européens. Vos joueurs de tennis sont parvenus à surclasser leurs adversaires en produisant un meilleur service, en étant plus rapides dans les échanges et en acquérant un plus grand savoir-faire.
La victoire de Nole à Wimbledon cette année et les réussites d'Ana sont une leçon précieuse aussi bien pour la Serbie que pour l'Europe: le travail et la volonté sont les moteurs du progrès et de la réussite. Les Serbes ne doivent pas laisser le souvenir des périodes difficiles et les vieux démons détruire leurs rêves.
Mesdames et Messieurs les députés de Serbie, il est de notre devoir d'aider le peuple serbe à construire cet avenir. Et ensuite? Comment pouvez-vous amplifier ce progrès? Comment pouvons-nous, l'Union européenne et la Serbie, réaliser pleinement le potentiel de notre partenariat?
Une partie de la réponse se trouve dans la réconciliation et la coopération régionale. La réconciliation est d'une importance capitale dans le processus d’intégration européenne. L'histoire est souvent tragique, mais les problèmes ignorés refont souvent surface.
La Serbie a déjà parcouru un long chemin en assumant l'héritage des guerres des années 1990 et en encourageant la réconciliation dans la région. C'est aujourd'hui dans l'intérêt de la Serbie d'accroître ses efforts pour normaliser ses relations avec Pristina.
La nouvelle crise et les actes de violence qui l'accompagnent dans le nord du Kosovo sont inacceptables pour nous tous. J'étais extrêmement inquiet lorsque, fin septembre, plus de vingt personnes, parmi lesquelles quatre soldats de la KFOR, ont été blessées.
Nous ne pouvons pas accepter que les fantômes du passé mettent aujourd'hui la paix en péril. Un dialogue renouvelé et une bonne volonté mutuelle sont ce dont nous avons besoin. Cela peut se faire. Vous avez prouvé que c'était possible.
Depuis le mois de mars de cette année, les négociations entre Belgrade et Pristina sous l'égide de l'Union européenne ont été constructives. Elles ont permis de dégager des accords sur de nombreuses questions de grande importance. Il faut maintenant mettre en œuvre ces accords et poursuivre de façon constructive.
Toutes les parties doivent jouer leur rôle dans l'apaisement des tensions que connaît le nord du Kosovo et dans la recherche de solutions durables pour la paix et la stabilité. Autoriser la libre circulation des personnes et des biens est un élément indispensable sur la voie de l'Union européenne. Il en va de l'intérêt des parties concernées, mais aussi de la région entière et de tous les habitants du Kosovo. J'ai la profonde conviction que la Serbie peut ainsi œuvrer utilement à la poursuite de l'intégration de notre continent.
Chers amis,
Se réconcilier ne signifie pas oublier le passé. Une véritable réconciliation implique de se souvenir et de rendre justice aux personnes qui ont souffert, puis aller de l'avant. Il est indispensable que la Serbie et la Croatie renouvellent les initiatives qui ont été prises récemment dans le sens de la réconciliation historique. Les nombreuses rencontres du Président Tadic et du Président Josipovic témoignent que vous êtes tous attachés à l'intégration européenne. Je souhaite sincèrement la poursuite de ces efforts.
L'histoire de l'Europe est celle de la réconciliation. L'intégration européenne a contribué à rapprocher la France et l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Ces deux pays sont devenus le moteur économique de l'Europe. De même, l'élargissement a aidé la Pologne et l'Allemagne à tourner la page. En s'employant à participer au devenir commun de l'Europe, la Serbie et la Croatie accompliront une réconciliation durable.
L'Union européenne et la communauté internationale doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir – et je suis sûr qu'elles le feront – pour favoriser ce processus. L'Union européenne ne peut se permettre de négliger la Serbie ou les Balkans. Nous avons commis cette erreur dans le passé; les conséquences en furent tragiques. Cependant, nous avons tiré les leçons qui s'imposaient.
Chers collègues,
En observant votre pays aujourd'hui, je me rappelle une formule qu'Ivo Andric a employée un jour pour décrire la Serbie: "un petit pays entre les mondes". Or la Serbie n'est pas un petit pays et n'est pas située entre des mondes. Faisant partie de l'Europe, la Serbie a devant elle un grand avenir.
L'intégration européenne n'est plus un fantasme pour la Serbie; elle est à votre portée, mais suppose de travailler dur et de prendre des mesures concrètes. La Serbie doit poursuivre dans la voie de la démocratie sur laquelle elle s'est engagée, non seulement pour atteindre son objectif européen, mais avant tout dans l'intérêt de ses citoyens.
Vous êtes très très près, je le répète, de l'ouverture des négociations d'adhésion. L'exigence principale est de prendre des dispositions concrètes pour normaliser les relations avec le Kosovo et se placer ainsi en tête de la course pour l'intégration dans l'Union européenne. L'intégration des Balkans occidentaux serait incomplète en l'absence du principal pays de la région en termes de population, de poids économique et de rayonnement culturel.
La tâche ne sera pas facile. Je le sais par expérience personnelle. Premier ministre de Pologne, il y a dix ans, j'ai instauré une série de vastes réformes destinées à nous permettre d'adhérer à l'Union européenne. Mon gouvernement a imposé quatre réformes douloureuses, dans les domaines de l'enseignement, de la santé publique, des collectivités locales et des pensions de retraite. Nous avons fermé 22 mines de charbon sur 60, dans ma propre région !
Comme vous pouvez l'imaginer, je suis devenu très impopulaire, mais l'enjeu le valait: les réformes ont produit leurs effets. Sans ces réformes, la Pologne ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui, un pays confiant et assuré sur ses bases, qui exerce actuellement la présidence de l'Union européenne.
Tout comme la Pologne à l'époque, vous n'êtes pas seuls. L'Union européenne continuera d'être à vos côtés. Au cours des six dernières années, nous avons octroyé plus de 2 milliards d'euros à la Serbie sous la forme d'aides et près de 6 milliards d'euros sous la forme de prêts.
La Serbie était autrefois à la périphérie de l'Europe. Aujourd'hui, vous êtes sur la voie conduisant à l'entrée dans l'Union européenne, en marche pour vous rapprocher du cœur de l'Europe. La porte de l'Union européenne reste grande ouverte. Il vous appartient maintenant de franchir le pas. Nous somme prêts à vous accueillir.
Hvala lepo!
Note aux rédactions:
Les images télévisées de la mission du Président seront disponibles en qualité radiodiffusion et en qualité internet sur Europe by Satellite, à l'adresse suivante:
http://ec.europa.eu/avservices/ebs/schedule.cfm?sitelang=en&page=3&institution=0&date=11/03/2011
Les photos seront disponibles en téléchargement à l'adresse suivante:
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