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Bureau en France du Parlement européen
Bureau en France du Parlement européen
 
09/10/2012

Colloque européen "Etre actif et solidaire à tout âge" - Paris, le 30 novembre 2012

Le Bureau d'information en France du Parlement européen et l'Union Nationale des Centres Communaux d'Action Sociale ont organisé un colloque « Etre actif et solidaire à tout âge » en présence de députés européens, d'élus locaux et avec la participation du ministère du travail de l'emploi et de la formation professionnelle et du ministère de l'éducation nationale, le vendredi 30 novembre 2012 de 10h00 à 17h00. Au programme, des témoignages, des bonnes pratiques qui se sont articulés autour de trois thématiques :
- Bien vieillir : comment réussir la prévention ?
- Comment maintenir les seniors dans l'emploi ?
- Quelles actions pour la promotion de la solidarité intergénérationnelle ?

Ouverture des travaux

Des spots sur les raisons du développement de l'intergénérationnel dans la société sont diffusés, en introduction.

Alain Barrau, Chef du Bureau d'information en France du Parlement européen, a souligné que sur le plan européen, les différentes instances formulent des recommandations de recours aux bonnes pratiques et tentent d'élaborer des directives pour promouvoir de la solidarité intergénérationnelle et du vieillissement actif. L'Europe, qui a œuvré pour l'harmonisation des politiques nationales et le développement des moyens budgétaires en faveur de ces deux grands enjeux, se doit de poursuivre dans cette voie.
Françoise Nouhen, vice-présidente de l'UNCCAS, rappelle en préambule que la population des seniors revêt plusieurs réalités. A cet égard, si l'on a déjà beaucoup réfléchi aux conditions de vie des plus de 80 ans, il conviendrait de prêter une attention accrue au devenir des personnes âgées de 60 ans tout juste. Deux défis sont à relever. Si le nombre de personnes âgées ne cesse de croître - 30 % de la population européenne aura plus de 65 ans en 2060 -, la population en âge de travailler ne cesse parallèlement de diminuer, ce qui accentue les effets de ce vieillissement massif. Un nombre de plus en plus important de seniors se retrouve en outre en situation de précarité, ce qui peut avoir des répercussions sur la qualité de vie et l'état de santé de ces derniers.

Dans le même temps, le nombre de seniors cumulant retraite et emploi ne cesse de croître, ce qui pose un certain nombre de questions. Parallèlement, les seniors sont nombreux à s'engager dans le bénévolat (cette proportion monte jusqu'à 85 % dans la seule ville de Villeurbanne), ce qui renforce évidemment le lien social entre les différentes couches de population.

Ainsi, parce que la solidarité intergénérationnelle est, à n'en pas douter, un vecteur de cohésion sociale important, l'UNCCAS en assure la promotion dans son action, au quotidien. Elle s'engage en outre activement dans le nouveau front social de l'aide alimentaire et dans le maintien des services sociaux d'intérêt général. L'UNCCAS a également mis en place un réseau européen ayant vocation à travailler sur la précarité énergétique. Elle est ainsi présente sur tous les fronts.

1er thème - Bien vieillir : comment réussir la prévention ?

Après avoir rappelé que la perte d'autonomie n'avait toujours pas fait l'objet d'un texte réglementaire, lequel a été promis pour 2014 après avoir été reporté à de multiples reprises, le modérateur, Daniel Zielinski, espère que les débats du présent colloque contribueront à faire avancer la réflexion en la matière. Il rappelle en outre que la définition du « bien vieillir », selon une majorité de Français, consiste à vieillir en bonne santé.

La politique de prévention des Caisses de retraite

Gérard Riviere, Président du Conseil d'administration de la CNAV, indique que la Caisse a consommé, en 2011, 99 % de son enveloppe budgétaire et ne peut donc aller au-delà de ce qu'elle fait déjà, en matière d'aide aux retraités, dont les revenus ont tendance à se tasser, tandis que le coût de la vie ne cesse quant à lui de croître.
L'action sociale de la branche retraite du régime général a notamment vocation à prévenir la perte d'autonomie. L'objectif est de gagner deux ans de vie en bonne santé d'ici 2020. Pour ce faire, il faut anticiper le vieillissement démographique de la population et développer la prévention. 1,2 million de retraités bénéficient de l'APA. Parallèlement, la CNAV aide les 15 millions de retraités restants à bien vivre leur retraite, en mettant en œuvre une politique de prévention de grande envergure. Et de rappeler qu'une nouvelle convention d'objectifs et de gestion sera prochainement élaborée par le gouvernement, afin de poser des jalons, en matière de prévention.

Selon une enquête récente du CREDOC, 80 % des personnes âgées souhaitent rester à domicile jusqu'à leur mort. Partant de là, si le maintien à domicile doit être favorisé, un certain nombre de conditions doivent être rassemblées pour rendre une telle solution possible. L'isolement social et la précarité sont en effet des facteurs aggravants de la perte d'autonomie. Les Caisses de retraite doivent par conséquent déceler d'éventuelles fragilités, qui peuvent être des accélérateurs de la perte d'autonomie, et y apporter des réponses adaptées.

La CNAV s'attache ainsi à promouvoir une politique de prévention globale efficace, afin de permettre à une majorité de personnes de bien vivre leur retraite. Pour ce faire, des plans d'aide personnalisée sont notamment proposés aux retraités en situation de fragilité, de précarité ou d'isolement. 400 000 d'entre eux en bénéficient d'ores et déjà.

Anne Saint-Laurent, Directrice de l'action sociale AGIRC-ARRCO, indique que les actions de prévention des régimes de retraite complémentaire ont vocation à compléter celles déjà mises en œuvre par la CNAV, avec laquelle elle partage 95 % de sa population d'allocataires.

Pour gagner deux années d'espérance de vie sans incapacité, il faut lutter contre la perte d'autonomie. Si les Français vivent plus longtemps que d'autres européens, ils ne vivent en effet pas forcément mieux. Des efforts devront être faits pour améliorer cette qualité de vie.

Une enquête réalisée par les centres de prévention a permis de mettre en lumière que les seniors plébiscitaient quatre critères pour apprécier la qualité de leur vieillissement : leur âge, leur niveau de ressources, leur état psychologique et leur lien social, au travers notamment de l'activité physique. Il est intéressant de noter que le fait d'avoir une pathologie n'influe pas nécessairement, de manière négative, sur la perception de la qualité de vie de ces personnes.

D'autres études conduites par l'ARRCO et l'AGIRC - dont une consacrée à la mémoire - sont venues confirmer qu'il convenait de privilégier l'approche multifactorielle, pour améliorer la qualité de vie des retraités. A noter que la moyenne d'âge des personnes ayant recours aux services des centres de prévention est relativement jeune, à hauteur de 67 ans, ce qui permet d'agir relativement en amont.

Pour autant, la politique de prévention de l'ARRCO et de l'AGIRC n'est pas réservée aux « jeunes » retraités et s'intéresse également aux personnes âgées de 80 ans et plus, qui peuvent craindre de sortir de chez elles. A cet égard, le dispositif « Sortir plus » a été mis en place, afin d'éviter le repli sur soi, à domicile, de ces retraités plus âgés. Si l'on constate que cette prestation est au départ utilisée pour aller vers des destinations contraintes (hôpital, consultations médicales, etc.), cela évolue au cours du temps et les personnes recourent à cette prestation pour rendre visite à des amis et se faire plaisir, renforçant par là même leur lien social - vecteur d'amélioration sensible de leur qualité de vie et de lutte contre la perte d'autonomie.

La nécessité d'apprendre à vieillir

Olivier de Ladoucette, psycho-gériatre à l'hôpital de La Pitié Salpêtrière de Paris et Président de la fondation IFRAD, estime qu'il conviendrait d'apprendre à bien vieillir, plutôt que de se contenter d'apporter une réponse par trop technique à la question du vieillissement, comme si la médecine pouvait apporter une solution à tous les maux. A n'en pas douter, la longévité ne rime pas nécessairement avec prospérité. De toute évidence, pour avancer en âge dans de bonnes conditions, il faut avant tout aimer sa vie.

Pour comprendre les rouages du « bien vieillir », il convient d'adopter un modèle bio-psycho-social de l'avance en âge. On constate alors qu'au-delà de 50 ans, l'âge physiologique est de plus en plus dé-corrélé de l'âge chronologique. Cette dé-corrélation est encore plus patente entre l'âge social et l'âge chronologique. Ainsi, un sénateur de 60 ans sera « plus jeune » qu'un footballeur d'à peine 40 ans. Sur un plan psychologique, le cerveau est l'organe du corps humain probablement le plus résistant. Ajouté à cela que l'on peut tomber amoureux à tout âge, force est de constater que l'âge chronologique ne veut pas dire grand-chose. L'âge subjectif, en revanche, qui résulte de la combinaison des composantes évoquées précédemment qui est souvent de 8 à 10 ans inférieur à l'âge chronologique, est plus significatif.

Les trois principales composantes à prendre en considération pour réussir son avance en âge sont le maintien en bonne santé, l'activité physique et intellectuelle et les liens sociaux forts. Comme l'écrivait Paul Valéry « un homme seul est toujours en mauvaise compagnie », ce qui se révèle probablement encore plus vrai lorsqu'on avance en âge.
La population française des seniors se répartit en trois grandes catégories :
les prévento-conscients ou les « jardiniers », pour lesquels toutes les « saisons » sont importantes ;
les médico-conscients ou « mécaniciens », qui constituent la majorité de cette population, et qui appréhendent le corps humain comme une machine à entretenir avec plus ou moins de constance ;
les inconscients ou les « joueurs », enfin, qui constituent 15 à 20 % de la population, et qui acceptent de prendre des risques car « il faut bien mourir de quelque chose ».
Partant de là, en vue de répondre au mieux aux besoins de cette population très diverse, sans doute conviendrait-il de proposer aux seniors de véritables bilans de compétences, aux alentours de 70 ans, plutôt que des stages de préparation à la retraite souvent mal taillés, sans grande efficacité ni portée, au demeurant.

L'action d'une plate-forme d'envergure européenne

Maude Luherne, coordinatrice du projet AGE platform Europe, indique que cette plate-forme - qui regroupe 165 organisations représentant 65 millions de retraités - travaille sur des thématiques ayant trait à l'emploi, l'anti-discrimination, la santé (du côté de la prévention), l'accessibilité, la protection sociale et la retraite.
Dans le cadre de l'année européenne du vieillissement actif, un partenariat européen pour l'innovation dans le domaine du vieillissement et en bonne santé a vu le jour. Ce dispositif transversal participe à la volonté de promouvoir une action préventive globale, via la Commission européenne. AGE participe également à la prévention de la maltraitance et à la lutte contre les violences, en assurant la promotion d'une vision holistique de la prévention.
AGE a favorisé en outre la mise en place d'un « cadre européen de qualité », résultant de la consultation de 12 coalitions nationales. De nombreuses initiatives liées à la prévention ont par ailleurs été mises en œuvre, dans de nombreux pays européens, en vue de favoriser l'avènement d'une « Union européenne de tous les âges », permettant d'appréhender le vieillissement sur un plan positif.
AGE œuvre dans le même temps en faveur de la mise en œuvre d'une convention pour le changement démographique.

Les aidants familiaux face au vieillissement

Jean-Renaud d'Elissagaray, Directeur associé de bien@work rappelle, en préambule, que l'un des facteurs clés du bien vieillir est d'être accompagné par ses proches le plus longtemps possible. La France compte à ce jour 4 millions d'aidants, dont 50 % ont une activité salariale :
46 % des salariés français devront accompagner un proche au cours de leur vie ;
10 % de l'absentéisme des entreprises seraient liés à la nécessité d'aider un proche dépendant ;
11 % des aidants ont dû aménager leur temps de travail pour aider leurs proches ;
40 % d'entre eux déclarent ne plus pouvoir partir en vacances ;
nombre d'entre eux déclarent que l'aide prodiguée à leurs proches a une incidence négative sur leur santé ; enfin, 83 % des aidants familiaux estiment que la prise en charge d'une personne en perte d'autonomie est lourde à gérer au quotidien.

C'est pour répondre à tous ces besoins et faciliter la vie des aidants que la plate-forme de services bien@work a été créée. Ce dispositif, mis à disposition des salariés par l'intermédiaire de leurs entreprises, aide ces derniers à mieux gérer les contraintes d'aides à domicile. Pour ce faire, la plate-forme propose des solutions aux situations d'urgence, et participe à la mise en œuvre d'actions de prévention sur le terrain. Elle propose également des formations adaptées aux aidants familiaux.

Débat

Reprenant les propos d'Olivier de Ladoucette, qui a indiqué que le cerveau était chrono-résistant, une doctorante en sciences de l'éducation s'étonne que les Français se montrent si réticents à partir en formation dès qu'ils ont franchi le cap des 50 ans.

Olivier de Ladoucette répond que la notion de vieillesse-naufrage est malheureusement très prégnante en France. A cet égard, sans doute convient-il de rappeler que si la maladie d'Alzheimer est un réel fléau, 70 % des personnes âgées de plus 90 ans n'ont fort heureusement pas à supporter un tel fardeau. La crainte de souffrir d'une telle pathologie ne doit donc pas s'apparenter à une névrose obsessionnelle collective, dans la mesure où une majorité de personnes passe, fort heureusement, « entre les gouttes ». En outre, même si la mémoire se réduit un peu avec l'âge et que la rapidité de réaction s'émousse quelque peu, tous ces phénomènes sont largement compensés par l'expérience, qui permet aux individus de conserver durant très longtemps un cerveau en parfait état de marche.

Si la vieillesse reste encore trop souvent appréhendée comme un naufrage inéluctable, c'est probablement pour permettre aux entreprises de justifier une discrimination plus ou moins active, à l'attention des seniors, lesquels sont trop souvent considérés comme des « has been », sur un plan professionnel, dès qu'ils ont franchi le cap des 50 ans.

Pour remédier à cet état de fait et améliorer le taux d'employabilité des seniors français, qui est le plus faible d'Europe, l'approche du vieillissement en entreprise est à reconsidérer de fond en comble. Ceci est d'autant plus nécessaire que la corrélation entre le nombre d'années de travail des individus et leur nombre d'années de vie a été démontrée depuis longtemps, à l'exception, toutefois, des personnes exerçant certains métiers très difficiles.

2ème thème - Aujourd'hui, quel rôle pour les seniors sur le marché du travail ?

Si tout le monde s'accorde à dire que le maintien des seniors dans l'emploi peut favoriser la longévité de cette population, en améliorant sa situation financière et en renforçant le lien social - 500 000 retraités en France cumuleraient d'ailleurs d'ores et déjà leur retraite et un emploi -, on peut s'interroger sur le caractère prioritaire d'une telle mesure, en période de crise économique exacerbée et de forte montée du chômage.

Le rôle de la DIRECCTE

Hakim Kamouche, de la DIRECCTE Ile-de-France (Unité territoriale du Val-d'Oise), présente le plan (2007-2013) financé par l'Etat et cofinancé par le Fonds social européen (FSE), mis en œuvre dans le département du Val-d'Oise, grâce à une mobilisation des acteurs issus des secteurs public et privé, mus par la volonté de promouvoir une approche pluridisciplinaire.
Cette démarche vise à :

construire avec les entreprises des outils pragmatiques, adaptés à leurs besoins, au profit des salariés hommes et femmes de tous âges ;
accompagner les entreprises dans la mise en œuvre de démarche de gestion des âges, en s'appuyant sur un diagnostic partagé avec les représentants du personnel ;
valoriser les pratiques des entreprises qui œuvrent en faveur d'une approche intergénérationnelle des RH ;
organiser la capitalisation et la diffusion des outils et des bonnes pratiques.

Depuis 2009, cette démarche territoriale fait porter l'essentiel des efforts sur la promotion de deux dispositifs : « Outil-Ages » et « Trophées-Trajectoires ».
«Outil-Ages» est un outil de sensibilisation au vieillissement actif, élaboré à destination des managers de proximité, en s'appuyant sur l'expertise des partenaires territoriaux et transnationaux, après validation auprès de managers. Il a pour objectif de permettre aux encadrant de repérer leurs postures managériales face au vieillissement actif. Il a vocation à être utilisable dans tous les pays et secteurs d'activité, et dans toutes les entreprises. Il comprend 17 situations managériales qui balayent les champs du recrutement, de l'anticipation du parcours, de la formation, de la transmission des savoirs, de la santé au travail et de la transition emploi-retraite. 50 managers de proximité ont testé cet outil, qui s'est révélé opérationnel et pragmatique.

Dans un autre registre, « Trophée-Trajectoire » est un outil visant à récompenser les entreprises ayant de bonnes pratiques en matière d'emploi des seniors. La remise des trophées pour l'édition 2012 s'effectuera le 18 décembre prochain, dans le cadre de la conférence de clôture de l'année du vieillissement.

Les seniors dans la fonction publique territoriale

Jean Dumonteil, Consultant pour l'Observatoire social territorial, indique que les plus de 50 ans représentent 20 % seulement des effectifs dans le secteur privé, contre 32 % dans la fonction publique territoriale. La fonction publique territoriale présente en outre la particularité de compter une majorité d'agents de catégorie C lesquels ont de fait peu de perspectives de mobilité. Il convient donc de les faire vieillir au mieux, en les maintenant dans leurs postes et en luttant contre la baisse souvent inéluctable de leur motivation. Ce sont tous ces aspects qui ont été analysés dans le cadre d'une étude récente, portant sur le rapport au travail des agents des collectivités territoriales approchant l'âge de la retraite.

A n'en pas douter, la question de la pénibilité occupe un rôle central pour les gestionnaires de RH de ces collectivités, compte tenu de la nature extrêmement physique de certains emplois. Les cadres de la fonction publique territoriale sont quant à eux confrontés à un autre type d'usure professionnelle. Ils doivent en effet s'adapter à des changements incessants d'outils informatiques, notamment.

Pour prévenir le décrochage de ces agents, l'Observatoire social territorial a envisagé un certain nombre d'actions. Force est de constater, en effet, qu'il n'est pas toujours évident de reclasser des personnes proches de la retraite qui, parce qu'elles aiment leur métier, appréhendent bien souvent cette démarche comme une relégation. A cet égard, plutôt que de prôner un reclassement systématique vers d'autres postes, les collectivités territoriales pourraient mieux anticiper les effets du vieillissement de leurs agents en prenant des mesures permettant d'adapter les postes de travail occupés par ces derniers, qu'il s'agisse des jardiniers de la ville ou des puéricultrices des crèches municipales.

Les entreprises face au vieillissement

Maxime de Jenlis, Directeur délégué des éditions seniors à Bayard Presse, rappelle en préambule que le magazine Notre Temps, créé il y a quarante ans au service des retraités de France, compte à ce jour 4 millions de lecteurs. Le site notretemps.com attire 1,5 million de visiteurs chaque mois. Le baromètre des seniors en entreprises, récemment paru sur ce site, met en lumière un certain nombre de constats.
Il ressort notamment de cette étude que la France est la lanterne rouge de l'Europe en matière d'emploi des seniors. 38 % seulement des plus de 55 ans ont en effet un emploi en France, contre 54 % en Allemagne et 70 % en Suède.

Lancé il y a trois ans, le plan « seniors » était censé couvrir 80 % des salariés de plus de 55 ans, soit 7,5 millions de personnes. Deux ans et demi plus tard, force est de constater que cet objectif n'a pas été atteint puisque moins de 10 % des entreprises sont passées à l'action en mettant en œuvre un véritable plan favorisant l'emploi des seniors. Cette proportion pour le moins réduite s'explique notamment par le faible montant des sanctions décrétées contre les entreprises contrevenantes, lesquelles ont versé au total 9,3 millions d'euros seulement.

Il ressort également de ce baromètre deux sentiments contradictoires : si les salariés de 55 ans et plus ont globalement envie de partir à la retraite, ils appréhendent dans le même temps fortement de franchir ce cap.

Cette appréhension se confirme au travers des résultats obtenus dans le cadre du baromètre paru sur le site. Ceux-ci attestent en effet de la volonté de ces salariés de rester actifs le plus longtemps possible.

Ainsi, 40 % des salariés âgés de 50 à 60 ans sont demandeurs d'une formation et se montrent en cela aussi dynamiques que leurs cadets, âgés de 40 à 50 ans. 73 % des 60 ans et plus demandent en outre à pouvoir faire du tutorat.
Dans le même temps, 4/5ème d'entre eux n'ont reçu aucune formation, au cours de la période récente, 75 % n'ont perçu aucune augmentation et 40 % se disent même victimes d'une forme de harcèlement lié à l'âge.
Un senior sur trois envisage de travailler une fois à la retraite. Dans les faits, un sur trente seulement concrétise ce souhait. Ceux qui parviennent à franchir ce cap sont plutôt des cadres ou agents de maîtrise. 20 % de ces personnes perçoivent moins de 20 euros par mois au titre de l'emploi qu'elles cumulent avec leur retraite.

Les contrats de génération

Raphaël Ledoux, de la mission Fonds national de l'Emploi (MFNE) fait état d'un sous-emploi structurel, en France, dont les principales victimes sont les jeunes, d'une part, les seniors, d'autre part.
23 % des 15-24 ans sont ainsi au chômage, et ce sont aussi les plus touchés par la précarité de l'emploi.

Dans le même temps, si la France a augmenté le taux d'activité des seniors de 55 à 64 ans, au cours des dernières années, cette proportion baisse sensiblement à chaque année supplémentaire, pour s'établir à 20 % seulement entre 60 et 64 ans. Dans le contexte actuel de crise économique, nombreux sont ceux, en effet, qui jugent confortable de « pousser » les seniors vers la retraite plutôt que de chercher des solutions adaptées, permettant de renforcer l'employabilité de cette population, particulièrement touchée par le chômage de longue durée.

C'est dans ce contexte que l'idée des contrats de génération a été lancée. Ces contrats visent à favoriser la gestion active des âges, tout au long de la vie professionnelle, tout en abordant notamment les questions de pénibilité et d'égalité. Ces contrats ont également vocation à faciliter l'intégration des jeunes dans l'emploi, en leur donnant un accès plus direct aux CDI. Ce dispositif vise en outre à favoriser le maintien dans l'emploi des seniors et à améliorer la transmission des compétences entre générations, car seniors et jeunes ont incontestablement des atouts à partager. Ce projet de loi sur le contrat de génération, actuellement en cours d'étude au Conseil d'Etat, transpose l'essentiel des dispositions de l'ANI du 19 octobre 2012. Il pourrait se concrétiser le 30 septembre 2013, si toutes les étapes conduisant à la promulgation d'une telle loi étaient franchies avec succès.

Favoriser le recrutement des seniors

Valérie Gruau, Fondatrice du site « Seniors à votre service », explique que cet outil a vocation à favoriser la rencontre de l'offre et de la demande pour promouvoir l'emploi des seniors. Ce site couvre l'ensemble du territoire français (32 % des seniors inscrits sont localisés en Ile-de-France, contre 68 % en régions). 65 000 candidats sont présents sur le site, pour 35 000 recruteurs. La moyenne d'âge des membres tourne autour de 59-60 ans. Des conseils sur le cumul emploi-retraite sont également communiqués aux internautes, via ce site. L'âge minimal d'inscription sur le site est de 45 ans. Initialement fixé à 50 ans, il a en effet été abaissé de cinq ans en 2011, suite à une demande forte des salariés âgés de 45 à 50 ans, qui estimaient rencontrer les mêmes difficultés que leurs aînés sur le marché du travail.

Débat

Un intervenant de l'Observatoire du management intergénérationnel souhaiterait savoir en quoi les contrats de génération fonctionneront mieux que les autres dispositifs du même type. Il s'enquiert par ailleurs des modalités de mise en œuvre de l'appui conseil.

Raphaël Arnoux répond que l'appui conseil est ciblé sur des entreprises de moins de 50 salariés ; le montant alloué à ce dispositif n'a en revanche pas encore été voté. Une aide de 4 000 euros par an durant trois ans sera allouée pour chaque jeune de moins de 26 ans. Les entreprises devront en outre rendre compte aux services de l'Etat.

Une intervenante s'enquiert de la prise en compte des contrats aidés dans la carrière des personnes.
Jean Dumonteil répond que les contrats aidés font bel et bien partie de la carrière des personnes. Il déplore par ailleurs la forte dégradation de la médecine professionnelle, qui pourrait pourtant jouer un rôle majeur dans le maintien dans l'emploi des seniors.

3ème thème : quelles actions pour la promotion de la solidarité intergénérationnelle ? Initiatives et bonnes pratiques

La réalité française

Michel Lefranc, de la DREIC, déplore, en préambule, que les Français aient été éduqués à être irresponsables, ce qui a un effet déplorable sur la prise en main des individus par eux-mêmes. Les Français adoptent en effet massivement une posture d'assistés, contrairement à ce qui se passe en Allemagne ou dans les pays nordiques.
Si, par le passé, les recrutements s'effectuaient uniquement sur la base des diplômes, ceux-ci reposent dorénavant non seulement sur les diplômes, mais également sur le savoir-être, ainsi que sur tous les potentiels des candidats postulant à un poste. Les personnes ne sont donc plus évaluées seulement sur leur éducation formelle, mais également sur leur éducation informelle, acquise en dehors du cadre scolaire.
Dans les pays où l'activité professionnelle s'arrête tôt, les parents passent plus de temps avec leurs enfants que dans les autres pays, ce qui favorise, les échanges intergénérationnels. A cet égard, l'harmonisation entre temps scolaire et temps de la famille pourrait constituer, en France, un levier efficace de promotion de ce type d'échanges.
Dans les pays nordiques, il n'est pas rare que trois générations d'étudiants cohabitent au sein d'une université : les jeunes, âgés de 18-20 ans ; les femmes, âgées de 35 à 40 ans qui se remettent aux études après leur maternité et les retraités. A n'en pas douter, la France gagnerait à favoriser une telle cohabitation, dans la mesure où celle-ci se révèle bien souvent très riche pour l'ensemble des acteurs en présence. Enfin, la promotion de la solidarité intergénérationnelle pourrait emprunter la voie du service civil qui offre une foultitude de possibilités.

« Ensemble demain »

Carole Gadet, Chargée de mission « Approches intergénérationnelles » et responsable pédagogique du projet « Ensemble demain », explique que ce projet se développe à l'échelle nationale, dans un esprit gagnant-gagnant pour les jeunes et les retraités. Favoriser les échanges intergénérationnels peut permettre de prévenir la violence dans les quartiers difficiles. Il convient en outre de bien préparer, en amont, les enseignants à appréhender ce type de problématiques. Un grand nombre d'ateliers sont ainsi proposés, sur le terrain, comme la découverte des métiers ou l'usage des nouvelles technologies. Certains ateliers sont consacrés aux thèmes de la santé, du bien grandir et de la nutrition. Ce projet englobe en outre le témoignage de déportés, de résistants, de migrants retraités.

« Ensemble demain » a reçu, en 2008, le 1er prix des initiatives de la bientraitance de la mairie de Paris..

L'initiative « Voy'âge par mots et par vies »

Rose-Marie Veron, vice-présidente du CCAS d'Angers, fait état d'une évolution de la pauvreté et de la précarité de la population angevine, qui vieillit à grands pas. Les pensionnaires d'établissements médicalisés, qui sont aujourd'hui 1 900 environ, devraient ainsi dépasser le seuil des 3 600 personnes en 2020.
Dans ce contexte de vieillissement massif de la population, l'initiative « Voy'âge par mots et par vies » a vu le jour, entre un EPHAD de la région et une université américaine. Ce projet transversal interculturel, initié en 2009, a été un vecteur efficace de solidarité intergénérationnelle, d'autant que les échanges entre étudiants et résidents ont duré plus de six mois.

Favoriser les rencontres entre générations

Pierre Hemon, adjoint au maire de Lyon délégué aux personnes âgées, présente l'initiative du Cyclopousse, qui favorise les rencontres entre générations. Les accompagnateurs qui conduisent ces véhicules non polluants sont des personnes en insertion professionnelle. Les utilisateurs sont des personnes âgées qui souhaitent se rendre plus facilement au marché ou chez le coiffeur. Le financement de ce dispositif est assuré pour un tiers par la promotion publicitaire effectuée sur les vélos.
Les associations d'entraide intergénérationnelle visent à prévenir le confinement à domicile sur lequel peut déboucher le maintien à domicile, à tout prix, de certains seniors dépendants. D'autres associations travaillent à l'amélioration du cheminement des personnes âgées, en prévoyant des pauses le long des parcours les plus fréquemment empruntés par cette catégorie de population. Enfin, diverses formes d'habitat intergénérationnel ont vu le jour, dans l'agglomération lyonnaise.

Expérience de lecture intergénérationnelle

Olivier Hober, Directeur du foyer pour personnes âgées Jacques Duclos de Sallaumines rappelle qu'il n'y a pas de politique intergénérationnelle sans volonté politique. Le projet conduit dans sa ville vise à redonner le goût de la lecture à des élèves de SEGPA, en confrontant les enfants des écoles maternelles et élémentaires aux résidents du foyer pour personnes âgées de la ville, avec lesquels des séances de lecture ont été organisées (lesquelles ont donné lieu à l'édition de CD par Didier Jeunesse).

Philippe Magnez, enseignant spécialisé en SEGPA, se réjouit du succès de cette expérience positive et citoyenne, qui a donné lieu à de belles rencontres entre les générations et a permis à ses élèves en grande difficulté scolaire de progresser sensiblement en lecture. Cette expérience humaine forte s'est révélée enrichissante pour tous les acteurs en présence. Les résidents du foyer ont en effet pu se rendre à l'école, en retour, pour se familiariser avec les nouvelles technologies. Elisabeth LEGRAND, une résidente de ce foyer, fait part de son témoignage. Elle se réjouit des ateliers jardinage, jeux de société, cuisine ou peinture qui sont organisés, parallèlement à ces ateliers de lecture, et de la gentillesse des jeunes envers les anciens.

Conclusion des travaux

Françoise Nouhen souligne que l'isolement, la perte de l'utilité sociale et la précarité financière ou physique constituent les principales craintes des personnes âgées, avant même la dégradation de leur état de santé. Elle insiste en outre sur la nécessité de faire montre d'anticipation, en mettant en œuvre des actions de prévention adaptées et en favorisant l'accompagnement des citoyens vieillissants, ce qui n'est pas toujours aisé dans un contexte de dégradation de la médecine professionnelle. Sans doute convient-il par ailleurs de mettre l'accent sur le rôle clé joué par la génération charnière des 60-70 ans, qui ont parfois encore leurs enfants à charge et doivent, dans le même temps, trouver les moyens d'aider leurs parents devenus dépendants.

Enfin, il semble important de garder présents à l'esprit certaines réalités ayant trait aux éventuelles difficultés financières des personnes âgées, tout en faisant montre d'une réelle volonté politique en faveur d'un renforcement du rôle des seniors dans la société. Pour ce faire, il conviendra de changer le regard porté sur l'avancée en âge et d'œuvrer, avec constance, imagination et conviction, à la promotion du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle, en élaborant des solutions s'inscrivant dans la durée.

Manuel Bougeard, Directeur du cabinet de Madame la ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l'autonomie, souligne la nécessité d'opérer une distinction claire entre l'avancée en âge, qui est un processus inéluctable et le vieillissement, qui correspond à une réduction des facultés des individus concernés et contre lequel on peut lutter. A cet égard, la ministre accorde une attention toute particulière à la prévention. La loi sur la prévention verra ainsi prochainement le jour et devrait entrer en vigueur en 2014 et ainsi constituer une véritable réforme sociétale.

La promotion de l'emploi des seniors ne pourra se faire sans un changement du regard porté sur l'avancée en âge. A cet égard, le contrat de génération, véritable levier de solidarité intergénérationnelle, devrait permettre de progresser dans cette voie en liant les destins des deux tranches d'âges les plus attaquées, dans le contexte actuel, sur le marché de l'emploi. Le principe de réciprocité sur lequel repose ce dispositif est évidemment essentiel.
C'est sur ce même principe, d'ailleurs, que repose la solidarité intergénérationnelle, dont il a été question dans le cadre de la troisième table ronde. A n'en pas douter, plus celle-ci se concentrera sur des enjeux vitaux, plus elle portera ses fruits. Elle pourra notamment contribuer à rompre l'isolement dans lequel vivent nombre de personnes âgées, à l'heure actuelle. Les personnes âgées pourront également être mises à contribution pour garder les enfants issus de familles monoparentales, via l'entremise des CCAS.

Pour plus d'informations : alain.barrau@ep.europa.eu - marie-christine.de-saintaraille@europarl.europa.eu