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22/11/2012

Interview d'Arnaud DANJEAN (PPE) sur la mise en oeuvre de la politique de sécurité et de défense commune

Arnaud Danjean
Arnaud Danjean

Le Parlement européen vient d'adopter un rapport sur la politique de sécurité et de défense commune. Arnaud DANJEAN, rapporteur (PPE-FR), président de la sous-commission défense et sécurité, membre de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, fait le point sur les progrès de la politique de la politique de sécurité et de défense de l'Union européenne.

1.  - L'UE, selon vous n'intervient que de façon ponctuelle en fonction des urgences internationales à régler. Comment doit- elle agir pour construire une politique de sécurité et de défense réellement commune et plus opérationnelle ?

L'Union Européenne doit avant tout afficher de la cohérence et des priorités dans sa politique extérieure commune. Le Traité de Lisbonne renforce l'ambition et les moyens d'une UE véritable acteur global sur la scène internationale. Mais la mise en œuvre se révèle plus difficile. Il y a, de mon point de vue, encore trop de dispersion et de "navigation à vue" dans la construction et la conduite de cette politique extérieure commune.

La Politique de Sécurité et de Défense n'est qu'une émanation de cette action extérieure et doit donc pouvoir d'abord s'appuyer sur des positions communes très solides avant de se déployer. Il faut ensuite que les Etats-Membres, qui restent les décideurs ultimes en matière d'opérations civilo-militaires, acceptent de fournir les capacités, humaines et matérielles, pour que les missions de l'UE soient crédibles et efficaces. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas.

2. - Comment l'UE peut-elle faire pour être plus efficace faces aux menaces, crises et conflits internationaux ?

L'Union Européenne doit tendre à une forme d'autonomie stratégique - c'est à dire la capacité à agir seule si besoin- conforme à sa place internationale. Cela ne remet nullement en question les alliances existantes, notamment le lien transatlantique qui reste décisif en matière de défense à travers l'OTAN.

Mais l'UE doit se doter des capacités civiles et militaires nécessaires pour faire face à des crises face auxquelles nos partenaires n'ont pas forcément la volonté ou la capacité de s'engager. Ce fut ainsi le cas -diplomatiquement- lors du conflit russo-géorgien, ou encore lors de la crise libyenne, et ces cas de figure peuvent se reproduire dans notre environnement. La réorientation américaine vers l'Asie-Pacifique oblige les Européens à mieux se prendre en charge et à être prêts à assumer des responsabilités, seuls le cas échéant, dans leur voisinage.

L'UE dispose déjà de nombreux instruments institutionnels pour s'affirmer. Mais il n'y a pas toujours la volonté politique de les utiliser. Ajoutons que certaines structures, telles que le Service d'Action Extérieure, véritable pilier de la cohérence de la politique étrangère commune, sont encore relativement nouvelles. Leur valeur-ajoutée -évidente- va s'affirmer de plus en plus. Sur le plan capacitaire, la mutualisation et le partage ("pooling and sharing") s'imposent comme une rationalisation indispensable alors que les budgets de défense sont partout en baisse.

Nous pensons également que l'Union devrait affiner sa stratégie de sécurité, notamment au travers d'un exercice de type livre Blanc, afin de bien définir le nouveau cadre stratégique à son, à la lumière des défis internationaux actuels et des moyens dont elle dispose.

3. - Vous soulignez dans votre rapport que le budget de défense, à la baisse du fait de la crise économique et financière, pourrait entrainer un déclin stratégique de l'Union. Comment y remédier ?

Il s'agit là, finalement, paradoxalement, de la plus grande opportunité pour ce que nous appelons "l'Europe de la Défense". Car au-delà des réticences des Etats-Membres à partager un peu plus cette souveraineté ultime, au-delà des réflexes qui privilégient toujours le recours à l'OTAN, au-delà de la confiance placée dans "l'assurance-vie" américaine en matière de sécurité, les Européens savent bien que les contraintes budgétaires fragilisent durablement leur rang sur la scène internationale.

Cette perspective de déclassement stratégique ne peut être surmontée que par l'affirmation d'une ambition commune. Aucun pays européen ne peut faire face seul aux menaces qui nous entourent. Pour autant, tous les pays européens ne peuvent pas fournir le même effort. Il faut donc -et ce n'est pas contradictoire- à la fois une ambition commune (qui fournit un consensus politique fort) et des partenariats pragmatiques entre ceux qui veulent et peuvent réaliser des avancées dans le domaine de la Défense, que ce soit sur le plan institutionnel (création d'un quartier général opérationnel européen), sur le plan opérationnel (être présent, rapidement et efficacement, là où les intérêts européens sont en jeu) et surtout sur le plan capacitaire (mutualisation/partage). Soulignons aussi le rôle essentiel des industries européennes de défense, un atout précieux pas suffisamment pris en considération. Si nous ne les préservons pas et ne les encourageons pas, nous perdrons non seulement tes capacités technologiques de premier plan, mais également des emplois et des filières industrielles.

4. - Quels sont selon vous les grands succès de la PSDC mais aussi ses échecs ?

Le développement de la PSDC est, en lui-même, un énorme succès. C'est la plus "jeune" des politiques communes (13 ans), qui touche à un domaine de souveraineté très sensible. Aujourd'hui, le résultat est loin d'être négligeable: avec 26 missions lancées (et bientôt 28, avec un projet d'opération de contrôle des frontières en Libye et d'opération de formation au Mali), l'UE est devenu un acteur  reconnu, légitime et efficace, dans la gestion des crises internationales.

Les plus grands échecs de la PSDC sont ceux de ses Etats-Membres, lorsqu'ils ne parviennent pas à un consensus pour agir ensemble. La Libye est un exemple. Car au-delà même du fait que l'UE n'a pas existé militairement, il y a eu dès le départ un manque de cohérence diplomatique de la part des Etats membres. Au Sahel, et plus particulièrement au Mali, qui a connu en moins d'un an des développements dramatiques, l'UE aurait dû pouvoir intervenir plus tôt. Une stratégie avait été élaborée dès le printemps 2011. Sa mise en œuvre n'intervient qu'un an et demi plus tard. Ces délais nuisent à la crédibilité de l'action de l'UE.