Lëtzebuergesch léieren

Version luxembourgeoise

Tiens, le voilà. - Como estas ? - Wir warten am Bahnhof. - Muito obrigado ! - What a heat ! - Lo kuck der dat do emol un. - Poi me ne sono andato via. - Hvala dobro!"….

Quelle tour de Babel, quel verbiage, quel mélange, quelle cuisine, des langues, toujours des langues. Mais aussi, parmi tout cela, un idiome autochtone, pour ainsi dire "fait maison": le luxembourgeois. Un langage secret ? Un code pour initiés ? Du folklore ? Une aide à l'intégration ? Le Luxembourg: que n'est-il donc pas ! Carrefour de l'Europe, melting pot, plurilinguisme appliqué. Il y aura bientôt au Luxembourg davantage de langues que d'habitants. Chose somme toute normale dans un petit pays où 35% de la population n'est pas luxembourgeoise. On parle au Luxembourg toutes les langues de l'Union européenne. On les parle, on les lit, on les écrit. Et bien d'autres langues encore. Parler plus d'une langue n'a ici rien d'exceptionnel. Le plurilinguisme comme normalité collective, comme vécu, comme quotidien. En débarquant au Luxembourg, on le comprend très vite. Au Luxembourg, le plurilinguisme n'est pas un article d'importation, il n'est pas "greffé", pour ainsi dire, de l'extérieur. Il existe de façon indigène, comme s'il était " made in Luxembourg ", et ce depuis bien longtemps. Il existe ici ce que l'on appelle une " triglossie ", que l'on pourrait également appeler une " polyglossie ", c'est-à-dire qu'au sein d'une même collectivité, trois langues ou davantage sont utilisées ensemble. Ce qui les distingue réside en fait dans le "comment" et le "pourquoi" de leur utilisation. Dans la triglossie traditionnelle au Grand-Duché, le luxembourgeois, le français et l'allemand cohabitent.

C'était déjà le cas au Moyen-Âge, ce qui était d'ailleurs indispensable puisque pendant des siècles, des germanophones et des romanophones ont cohabité dans ce pays. Il y avait ainsi un " quartier wallon " et un " quartier allemand ". Certes, les gens n'étaient guère plurilingues à cette époque, chacun parlait sa langue et cela marchait. L'administration, elle, était bilingue : allemand et français. Le Luxembourg, fondé en 963, était un comté indépendant qui devint duché et le resta jusqu'en 1444. Puis le pays ne connut que des maîtres étrangers : Bourguignons, Espagnols, Habsbourgs, Français, Autrichiens. Après la nouvelle indépendance (1815), la partie wallonne passa en 1839 à la Belgique et ce qui restait était la majeure partie de l'ancien " quartier allemand ". Mais le plurilinguisme réussit à s'affirmer et fut même institutionnalisé comme il l'est encore aujourd'hui. Et le luxembourgeois? Avec toutes ces langues, on pourrait même s'en passer! Qu'est-ce donc que le luxembourgeois ? Une langue, un dialecte, quelque chose d'inclassable, est-ce davantage de l'allemand, davantage du français, ou bien un mélange des deux, un " patois bizarre mais sympa ". It's funny, isn't it ?

Depuis 1984, le luxembourgeois est la langue nationale des Luxembourgeois. Tout à fait officiellement. La valeur pratique réelle de cette langue se manifeste au nouveau venu par le contact avec la population : le luxembourgeois aide à entrer en conversation, à nouer des contacts, à se connaître, à surmonter les barrières.

De nos jours, le luxembourgeois est considéré comme une langue indépendante. Sa base est le francique mosellan qui fait partie de l'espace linguistique moyen-allemand. Le plus ancien monument littéraire et linguistique du Luxembourg et la poésie de Yolanda dans le Codex Mariendalensis de 1290. Par sa situation périphérique dans l'espace linguistique allemand, et, par voie de conséquence, l'assimilation de plusieurs vocables français, le luxembourgeois a suivi une évolution un peu différente des dialectes de l'Allemagne intérieure, et cette évolution s'est encore renforcée depuis. La production littéraire a connu une profonde évolution au cours des dernières décennies et a même abandonné le domaine classique de la littérature dialectale traditionnelle. En ce temps-là, on pouvait définir le luxembourgeois comme la langue vernaculaire que parlaient les Luxembourgeois entre eux, pour ainsi dire dans le cercle familial. Aujourd'hui c'est de plus en plus une langue écrite dans tous les domaines que l'on peut imaginer : littérature, presse, liturgie, correspondance, courrier électronique, publicité, internet. La langue connaît un succès grandissant auprès des nombreux étrangers résidant au Luxembourg. Eux, ont su reconnaître sa valeur d'intégration.

Guy Berg

Adresses pour apprendre le luxembourgeois
Centre de Langues Luxembourg (CLL) Tél. 40.39.41
Ville de Luxembourg (administration centrale), Tél. 4796-1

Matériel d'enseignement :
Centre de Langues, (SCIE), L wéi Lëtzebuerggesch, ISBN : 2495000027
Remus, Joscha, Lëtzebuergesch Wort für Wort (Kauderwelsch Band 104), Bielefeld 1997

Littérature :
Guy Berg, Mir wëlle bleiwe wat mir sin. Soziolinguistische und prachtypologische Betrachtungen zur luxemburgischen Mehrsprachigkeit.Tübingen 1993.
Robert Bruch, Précis populaire de grammaire luxembourgeoise. Luxemburger Grammatik in volkstümlichem Abriss. Luxemburg 1973.