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Session plénière du 14 au 17 juin

« Aujourd'hui, la notation de crédit n'évalue plus le risque mais elle le crée » - Jürgen Klute

 
 

Avec leurs évaluations suivies de près par les investisseurs, les agences de notation de crédit jouent un rôle-clé dans le système économique et financier. Les taux d'intérêt des dettes publiques dépendent d'elles en grande partie : une mauvaise note signifie immédiatement la montée des taux d'intérêts, compliquant d'autant le retour à l'équilibre des budgets publics. Faut-il réformer leur fonctionnement ? Réponse de Jürgen Klute (Gauche unitaire européenne).


Quel a été le rôle des agences de notation de crédit dans le déclenchement de la crise financière ? Peut-on parler d'un conflit d'intérêt, ces agences étant payées par les entreprises dont elles notent les produits ?


Jürgen Klute : Les agences de notation de crédit ont échoué dans les crises des années 1990, elles ont échoué à nouveau lors de l'affaire Enron au début des années 2000, elles ont mal évalué les produits financiers basés sur les prêts hypothécaires américains en 2007 et elles ont continué à bien noter Lehman Brothers alors que la banque d'investissement vacillait déjà.


Les trois grandes agences de notation - Standard & Poor's, Moody's et Fitch - sont des compagnies privées. Elles jouent le rôle d'arbitre quand, dans le même temps, elles sont actrices sur les marchés financiers, cherchant le meilleur profit.


Aujourd'hui, les entreprises qui émettent des titres payent pour la notation de ces actions, obligations et autres produits financiers qu'elles souhaitent vendre aux investisseurs. Il faudrait que ce soient les investisseurs, pas les émetteurs, qui payent pour les faire noter. Ce serait plus juste.


Ces dernières semaines, on a pu observer comment la dégradation des notes de certains pays - comme la Grèce - peut faire bondir les taux d'intérêts de la dette publique. Est-ce bien aux agences de notation de détenir un tel pouvoir ?


JK : Il ne faut pas confondre les Etats et les entreprises. Les Etats organisent et décident de la façon dont les sociétés vivent ensemble. Concernant l'actuelle crise de la zone euro, le problème n'est pas que les agences de notation confondent Etats et entreprises. J'ai l'impression qu'elles propagent artificiellement la panique en évoquant une invraisemblable défaillance des Etats du sud de l'Europe, encourageant la spéculation.


Les taux d'intérêts élevés de la Grèce aident sans doute la recapitalisation des banques internationales, mais les agences dilapident leur crédibilité. Aujourd'hui, la notation de crédit n'évalue plus le risque mais elle le crée.


A votre avis, que faire pour que la notation de crédit réponde à ce dont l'économie a véritablement besoin ?


JK : Même la Commission européenne a finalement avoué que l'on a besoin d'un contrôle public et que les agences de notation devraient se tenir à de nouvelles règles très strictes. Elles ont abusé de leur influence sur la vie publique, il faut maintenant limiter cette influence.


Je doute que cela soit suffisant. Avec la privatisation des banques publiques, le problème constitutif de la plupart des pays européens est leur dépendance vis-à-vis des marchés financiers. La Banque centrale européenne doit réévaluer ses politiques et apprendre de ses voisins.


Faire d'une bonne notation une condition pour acheter des obligations souveraines de la zone euro a conféré aux agences un rôle officiel qu'elles ne méritent pas. De plus, nous avons besoin d'eurobonds (obligations en euros, ndlr) créant un environnement dans lequel il serait plus difficile de spéculer contre les pays membres de la zone euro.


L'interview a été réalisée en anglais.

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