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Session plénière du 6 au 9 septembre 2010

L'avenir de l'Europe en débat lors du discours sur l'état de l'Union

 
 
José Manuel Barroso dans l'hémicycle le 7 septembre 2010.   José Manuel Barroso dans l'hémicycle le 7 septembre 2010.

L'avenir de l'Europe a été débattu mardi 7 septembre, lors du premier discours sur l'état de l'Union (européenne) du Président de la Commission européenne. José Manuel Barroso a annoncé qu'il ferait de la lutte contre le chômage - notamment aux moyens d'emplois « verts » -, du renforcement de la gouvernance économique et de la révision du budget européen ses priorités. Les députés européens ont regretté l'absence de véritable ambition pour l'Union européenne.


José Manuel Barroso a détaillé ses priorités pour les années à venir, au nombre de cinq.


Tout d'abord, il a appelé à une meilleure gouvernance économique pour sortir de la crise et empêcher la survenue de crises futures. Le 29 septembre, la Commission européenne devrait rendre publiques des propositions pour un meilleur contrôle des budgets nationaux.


Il a ensuite promis de restaurer la croissance et l'emploi (stratégie Europe 2020). Le développement durable et le soutien aux emplois « verts » pourraient permettre de créer 3 millions d'emplois. Pour relancer l'innovation, il compte demander aux Etats membres de se mettre d'accord sur un brevet européen. Enfin il a promis de diminuer la bureaucratie pour les entreprises, permettant une économie de 38 milliards d'euros.


L'exploitation des immigrants illégaux, le terrorisme et le crime organisé font également partie des préoccupations de la Commission européenne. « Chacun en Europe doit respecter la loi et les gouvernements doivent respecter les droits de l'homme », a martelé le Portugais dans une allusion à peine voilée à la situation des Roms expulsés de France. « Le racisme et la xénophobie n'ont pas de place en Europe, ils ressuscitent les fantômes du passé ».


Concernant le budget européen, José Manuel Barroso a réitéré sa volonté de mettre en place un impôt européen, permettant à l'Union de disposer de ressources propres et de ne pas dépendre des Etats membres. Une proposition en ce sens devrait être faite le mois prochain. Le budget pluriannuel pourrait également être adopté tous les dix ans, avec une révision à mi-parcours, au lieu des sept ans actuels.


Le Président de la Commission a enfin demandé à ce que l'Europe parle et se comporte de façon homogène sur la scène internationale. « Si nous n'agissons pas ensemble, l'Europe ne sera pas puissante et le monde continuera sans nous : sans l'Europe et sans ses Etats membres ». La Commission devrait débloquer un milliard d'euros supplémentaires pour les Objectifs du millénaire pour le développement. Lors des tragédies comme les inondations au Pakistan, un mécanisme européen de réponse aux crises permettrait de regrouper et rendre plus efficaces les aides nationales. Une proposition en ce sens devrait prochainement être mise sur la table.


Réactions des députés européens


Au nom du Parti populaire européen, Joseph Daul s'est réjoui de l'idée d'une taxe européenne. Le Français a souligné la nécessité de « briser le tabou ». Il ne s'agit pas d'ajouter une nouvelle taxe pour les contribuables mais plutôt de transférer directement une taxe actuelle dans le porte-monnaie européen. Cela permettrait de réaliser des économies d'échelle.


L'Allemand Martin Schulz n'a quand a lui « pas aimé » le discours de José Manuel Barroso. Le leader des socialistes et démocrates a affirmé que « l'état de l'Union n'est pas bon » et a accusé la Commission européenne de ne pas jouer le rôle que lui donnent les traités. Il a promis de soutenir les efforts de la Commission pour défendre la méthode communautaires face aux tendances intergouvernementales. Il a enfin condamné la « chasse aux sorcières » dont sont victimes les Roms.


S'exprimant au nom de l'Alliance des libéraux et des démocrates, Guy Verhofstadt a rappelé que lors des dernières années, « les problèmes étaient immenses et l'unité bien petite ». Il faisait bien sûr allusion à la Grèce. L'ancien Premier ministre belge a appelé à une authentique gouvernance économique et à des mesures concrètes, notamment concernant les produits dérivés.


Daniel Cohn-Bendit a pointé du doigt l'attitude de la France dans l'affaire des expulsions de Roms. Le chef de file des Verts l'a accusée de « contredire les traités européens », citant Albert Camus : « La démocratie, c'est la défense des minorités, non pas exécuter la volonté simplement des majorités ». Il a également expliqué que l'Europe se trouvait à un carrefour, entre méthode communautaire et intergouvernementalisme - sans que cela soit reconnu officiellement.


S'appuyant sur cela, le Polonais Michał Tomasz Kamiński (Conservateurs et réformateurs européens) a affirmé qu'il fallait « rechercher un équilibre [entre les deux aspects] », « les Etats membres étant là et étant élus par les citoyens ».


« Les millions dépensés pour secourir les banques n'ont pas été dépensés pour les besoins les plus urgents de la société », a violemment critiqué Lothar Bisky. L'Allemand, à la tête de la Gauche unitaire européenne, a également fustigé le traitement des Roms en France : « Les valeurs qui s'appliquent à tout le monde dans l'Union européenne s'appliquent également aux Roms ».


Enfin, le Britannique Nigel Farage (Europe de la liberté et de la démocratie) a critiqué le Président de la Commission qui « ignore complètement l'état de l'Union ». « Plus il y a de politiques communes, moins de personnes aiment l'UE », a ajouté l'habituel pourfendeur de l'idée européenne.