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Journée internationale de la femme : « Faire bouger les choses »

« La loi défend les femmes mais elles ne sont pas défendues par la société » - Edite Estrela

 
 
Edite Estrela est vice-présidente de la commission parlementaire des droits des femmes.   Edite Estrela est vice-présidente de la commission parlementaire des droits des femmes.

La Portugaise Edite Estrela (Socialistes et démocrates) a été l'auteur d'un rapport largement médiatisé du Parlement européen sur la protection des femmes enceintes, accouchées ou allaitantes. Le Parlement souhaite en effet renforcer leurs droits sur le marché du travail. Le dossier est maintenant entre les mains des Etats membres et la vice-présidente de la commission des droits des femmes se dit prête à négocier - à condition que les grandes lignes de la décision du Parlement soient respectées. Interview.


Quel est votre message pour la Journée internationale de la femme?


Edite Estrela : C'est un message d'espoir mais aussi de grande responsabilité. Le fait que la loi défende les femmes ne signifie pas qu'elles sont défendues par la société, parce que la société a toujours un temps de retard sur la loi. On ne change pas les mentalités par décret, mais la législation aide beaucoup dans la formation de l'opinion et nous devons être conscients que nous ne pouvons rien tenir pour acquis. Je crois que nous parviendrons à une société d'égalité entre les deux sexes, au moins en Europe, quand il n'y aura pas un écart salarial de 18 %, chose absolument inacceptable.


La directive proposée est maintenant devant les Etats membres. Quels obstacles s'opposent à son approbation par les gouvernements européens ?


EE : Les crises financières et économiques que nous vivons sont utilisées comme un alibi quand il n'y a pas de volonté politique. Nous voyons qu'il y a un soutien pour les banques et les entreprises, mais quand il s'agit d'aider les familles, en particulier dans des domaines fondamentaux comme l'aide aux personnes ayant des enfants, nous comprenons que la crise est utilisée comme un alibi. Je vois ici une certaine incohérence voire de l'hypocrisie.


Beaucoup d'entre nous se plaignent. Il y a des études et des rapports exprimant une inquiétude face au vieillissement de la population et au faible taux de natalité qui mettent en péril la viabilité des systèmes de sécurité sociale et ont des conséquences très négatives pour le développement économique.


Mon rapport est une incitation à relancer le taux de natalité ainsi que les soins prénataux. Il y a une grande disponibilité pour commencer un processus de négociation [avec les gouvernements des pays européens] afin de parvenir à un résultat équilibré et acceptable. Il ne devrait pas aller à l'encontre des grandes lignes décidées par le Parlement mais nous pouvons travailler et trouver des mesures qui peuvent être mises en œuvre les unes après les autres.


Quelles solutions concrètes proposez-vous?


EE : Traditionnellement, la société donne aux femmes la responsabilité de s'occuper de la famille, des enfants (éducation et santé) et d'autres personnes comme les personnes âgées et alitées. Ces responsabilités doivent être partagées : il n'est pas acceptable que les femmes se sentent coupables quand elle réussissent professionnellement ni qu'elles soient obligées de choisir entre être une mère ou une directrice.


Pourquoi est-ce que la société a la perception que les femmes sont des « travailleurs peu commode », comme elles ont été appelées, qu'elles sont un second choix ou qu'il y a un risque à les embaucher ? C'est justement parce que les responsabilités familiales ne sont pas partagées avec les hommes. C'est un cercle vicieux parce que comme l'écart de rémunération est de 18 %, c'est plus cher d'avoir l'homme à la maison que la femme. Quand vient l'âge de la retraite, la pauvreté des femmes est encore plus importante qu'au cours de leur vie professionnelle. Elles touchent des retraites beaucoup plus faibles que les hommes parce qu'elles ont été femmes au foyer ou ont travaillé à temps partiel. L'une des priorités est d'adopter des mesures visant à concilier vie professionnelle et vie familiale - à la fois pour les hommes et pour les femmes.


L'interview a été réalisée en portugais.