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Sánchez Presedo : mettre le marché du crédit au service de l'économie réelle

Affaires économiques et monétaires 01-09-2011 - 08:01
 
 
Antolín Sánchez Presedo (Socialistes et démocrates) lors de notre interview.   Antolín Sánchez Presedo (Socialistes et démocrates) lors de notre interview.

Les mauvaises pratiques régnant sur le marché du crédit font partie des nombreuses causes avancées pour expliquer la crise financière. Un rapport de l'Espagnol Antolín Sánchez Presedo (Socialistes et démocrates) étudie les moyens de mieux protéger les emprunteurs et de reconstruire l'industrie financière européenne sur des bases plus solides. Il a été présenté devant la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires mercredi 31 août.


L'attribution de prêts bancaires dans des conditions trop laxistes est un des facteurs qui a mené à la crise financière en 2008. Le risque existe-t-il encore ?


Antolín Sánchez Presedo : Le surendettement est toujours au cœur de la crise et la réglementation du marché du crédit serait un pas important pour le combattre.


L'étape suivante sera de s'assurer que les pratiques irresponsables ne portent pas préjudice aux épargnants et aux contribuables, et qu'elles ne causent pas une nouvelle crise.


Votre rapport se saisit d'une proposition de la Commission européenne, mais en élargissant beaucoup sa portée. Qu'est-ce qui manquait, à votre avis ?


ASP : Nous avons inséré trois nouveaux chapitres. L'un traite de l'« éducation financière », c'est-à-dire de ce que les gens doivent savoir avant de prendre un prêt. Ensuite, nous nous sommes penchés sur ce qui se passe une fois que les gens ont pris un crédit. C'est ce que nous appelons la « bonne exécution des contrats de crédit ».


Le dernier chapitre ajouté se penche sur la transparence des marchés. L'idée est de faciliter la traçabilité de chaque crédit en créant, par exemple, un registre des emprunts. Quand vous les regroupez afin de créer des instruments financiers, vous pouvez savoir à tout moment quel type de crédits sont dans la balance. Cela rendrait les marchés beaucoup plus stables.


Certaines pratiques de prêt devraient-elles être interdites ?


ASP : Il faut mettre en place des normes pour éviter les mauvaises pratiques. Il faut absolument des marchés plus transparents et plus stables. Je souhaite identifier les produits à risque et donner aux autorités de supervision le pouvoir d'imposer des mesures comme des avertissements aux consommateurs ou de plus stricts appels à la prudence. Ainsi, ceux qui veulent prendre des risques devront en mesurer les conséquences potentielles.


Les marchés du crédit diffèrent grandement d'un pays à l'autre. Est-ce un problème ou une chance ?


ASP : Il faut voir la diversité comme un atout et préserver la subsidiarité et la proportionnalité, mais il faut aussi supprimer les barrières entre les marchés nationaux. Les systèmes qui fonctionnent et qui résultent de traditions légales et culturelles doivent être conservés. La diversité joue un rôle dans l'innovation et l'inclusion financière car elle permet des produits sur mesure.


C'est pour cela qu'il faut plus de concurrence. L'industrie financière est de plus en plus concentrée : la part de marché des cinq plus grands prêteurs dépasse 75 % dans chaque Etat membre. Plus de concurrence permettrait plus d'efficacité sur les marchés.


Réglementer le crédit n'est qu'un aspect du débat. Comment aider également les emprunteurs ?


ASP : L'éducation financière, l'information et les conseils des professionnels ont un rôle décisif à jouer. Nous avons besoin de pratiques saines lors de la souscription de crédits pour avoir des relations plus justes et plus équilibrées entre les parties en présence.


Par exemple, nous étudions la possibilité de contrats plus souples permettant de s'adapter à la situation de l'emprunteur et l'autorisant à rembourser l'emprunt avant échéance. Nous parlons aussi de la possibilité de changer de prêteur et de convertir un prêt dans une monnaie étrangère en un prêt dans votre propre monnaie.


[DICO]Citation.

Les aides sociales doivent être prises en compte lors de l'évaluation de la solvabilité d'un client.
Antolín Sánchez Presedo
Votre rapport prône l'accès au crédit de ceux qui en sont arbitrairement exclus. Comment cela pourrait-il fonctionner ?


ASP : Je crois que les produits financiers doivent être personnalisables pour prendre en compte la diversité des situations des consommateurs. Par exemple, nous considérons que les aides sociales doivent être prises en compte lors de l'évaluation de la solvabilité d'un client. Nous devons éviter l'exclusion causée par des informations erronées et des décisions basées sur des évaluations automatiques.


Comme le compromis adopté par le G20 mentionne, le système financier doit servir les besoins des familles et des entreprises, les besoins de l'économie réelle. Pour cela il nous faut plus de flexibilité, plus d'inclusion, plus de stabilité et plus de concurrence.


L'interview a été réalisée en anglais. Le vote en commission parlementaire pourrait avoir lieu début 2012. Le vote final en session plénière pourrait intervenir au printemps 2012.

REF. : 20110826STO25374