Grèce : les députés débattent de la situation du pays avec le Premier ministre Alexis Tsipras 

 
 

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De gauche à droit et de haut en bas : Donald Tusk, Jean-Claude Juncker, Alexis Tsipras, Manfred Weber, Gianni Pittella, Ryszard Legutko, Guy Verhofstadt, Gabriele Zimmer, Rebecca Harms, Nigel Farage, Marine Le Pen, Eleftherios Synadinos 

Un débat sur la Grèce et les pistes pour résoudre la crise actuelle s'est tenu aujourd'hui en session plénière en compagnie d'Alexis Tsipras. Certains députés européens ont pointé du doigt le manque de propositions concrètes faites par le Premier ministre grec. D'autres l'ont félicité, et quelques-uns lui ont même demandé de faire sortir son pays de la zone euro. Le débat prenait en considération les conclusions du dernier Conseil européen et celles du sommet de la zone euro qui s'est tenu hier.

Le Président du Conseil européen Donald Tusk a parlé d'une véritable « course contre la montre pour rétablir la confiance ». « Je ne discuterai pas du bien-fondé ou non du référendum grec. Chacun a ses propres perceptions. A ce stade, il est nécessaire d'avancer. Le passé est le passé. »


« A la lumière de la crise grecque, la réponse ne peut pas consister à se détourner de la nécessité d'aller plus loin dans l'union économique et monétaire » a estimé Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne.


Pour le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la crise grecque est une manifestation de l'incapacité de la zone euro à trouver une solution durable. Selon lui, l'aide financière de l'Union européenne n'est jamais parvenue au peuple grec, mais a servi à sauver les banques : c'est la raison pour laquelle les programmes d'austérité ne sont pas acceptés en Grèce. « Le fait est que nous devons faire face, et accepter que la majorité du peuple grec estime qu'il n'a pas d'autre choix que de demander que lui soit donné un moyen de sortir de cette impasse et de ce chemin sans issue », a-t-il ajouté. Pour Alexis Tsipras, la Grèce a été transformée en « laboratoire de l'austérité », mais cette expérience n'a pas été un succès : « la pauvreté a grimpé en flèche, ainsi que la dette publique ».


Les interventions des députés européens


Le député démocrate-chrétien allemand Manfred Weber a critiqué le manque de propositions de Tsipras qui empêche selon lui toute négociation : « Vous engagez la provocation, nous engageons le compromis. Vous cherchez l'échec, nous sommes à la recherche de la réussite. Vous n'aimez pas l'Europe, nous aimons l'Europe. » Il a également souligné les mensonges de Tsipras à son peuple : « Vous parlez de dignité, mais vous êtes constamment en train de ne pas dire la vérité à votre peuple. Cela n'est pas digne. » Manfred Weber a rappelé que cinq pays dans l'Union européenne ont actuellement des niveaux de vie plus bas que la Grèce : « Comment pouvez-vous dire à ces gens que la Grèce ne peut pas supporter plus de restrictions budgétaires ? ».


Gianni Pittella, député démocrate socialiste italien, a déclaré : « Je pense que les conditions sont réunies pour qu'un accord soit trouvé cette semaine. C'est maintenant au gouvernement de décider des réformes, de soutenir l'emploi, de combattre la corruption, l'évasion fiscale... Toutes ces mesures qui sont nécessaire non pas parce que l'Europe les imposerait, mais parce qu'elles bénéficieraient aux citoyens grecs. Et je pense qu'il est également juste de discuter d'une restructuration de la dette. »


Pour Ryszard Legutko, député conservateur polonais, « il y a quelque chose de pourri en Grèce, mais il y a aussi quelque chose de pourri dans l'Union européenne ». Selon lui, si ce « théâtre » se poursuit, nous ne saurons plus sur quoi nous concentrer : « Qui et quoi tentons-nous de sauver ? L'union monétaire, la société grecque, la crédibilité du gouvernement, les créanciers, la réputation d'Angela Merkel ou l'infaillibilité d'une union toujours plus étroite ? »


Guy Verhofstadt, député libéral belge, a souligné la nécessité d'établir une feuille de route claire et des propositions concrètes : « Depuis cinq ans, nous avons avancé en état de somnambulisme vers un Grexit avec l'aide et le soutien de l'extrême droite. Ces derniers mois, nous avons même couru vers un Grexit. » « Ce n'est pas vous ni nous qui allons payer la facture. Ce sont les citoyens grecs ordinaires qui payeront la facture d'un Grexit » a-t-il ajouté. Guy Verhofstadt a conclu en exhortant Tsipras à être « un véritable révolutionnaire ».


« Trouvons des solutions qui sont durables et qui perdureront, et pas seulement une satisfaction à court terme pour que nous puissions nous lever et demander des choses aux autres. Respectons le peuple et l'Europe, et respectons la décision prise dimanche » a déclaré la députée allemande Gabriele Zimmer du groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique.


Rebecca Harms, députée verte allemande, s'est adressée à Alexis Tsipras en disant qu'elle attendait des idées concrètes pour mettre en place des réformes et assurer un avenir meilleur, et pas seulement un discours appelant à mettre fin à la corruption et aux autres problèmes. Elle a également rappelé au Premier ministre grec que « tout devait être décidé cette semaine », ajoutant que « la démocratie et Poutine ne vont pas ensemble ».


Nigel Farage, député britannique du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe, a critiqué l'introduction de l'euro : « Si vous essayez de rassembler de force des personnes différentes ou des économies différentes sans d'abord demander à ces personnes leur consentement, il est peu probable que cela fonctionne. Le projet a échoué. Ce n'est pas seulement de la Grèce dont nous parlons aujourd'hui. L'ensemble de la Méditerranée possède maintenant la mauvaise monnaie. »


Marine Le Pen, députée française du groupe Europe des Nations et des Libertés, a déclaré que « l'euro et l'austérité sont des frères siamois. Votre peuple n'échappera pas à l'austérité sans sortir de l'euro ».


Eleftherios Synadinos, membre grec non-inscrit, a évoqué les millions de morts à la suite de l'occupation allemande de la Grèce au cours de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la dette due à la Grèce depuis cette période. « Pourquoi refusez-vous d'inclure cela à la question de la dette ? » a-t-il demandé, ajoutant que le peuple grec peut aussi exister et survivre en-dehors de la zone euro.


Remarques conclusives


Alexis Tsipras a déclaré que, contrairement aux accusations lancées par certains députés européens, la Grèce avait bel et bien fait des propositions de réformes et avait sévèrement réprimé l'évasion fiscale. « Les propositions incluent un engagement fort pour atteindre les objectifs budgétaires. Pourtant, nous avons un droit souverain de décider d'augmenter l'imposition sur les entreprises à but lucratif, et non sur les retraites » a-t-il ajouté. Tsipras a également rappelé que l'Allemagne avait été, après les deux guerres mondiales, du côté de ceux qui avaient bénéficié d'une grande solidarité ; en effet, en 1953, 60 % de sa dette avait été effacée. « Nous avons vu aujourd'hui un débat fructueux avec des points de vue contrastés, très politiques, mais pas sous la forme d'un État contre un autre. Le Parlement européen doit jouer un rôle plus actif » a-t-il également estimé. Expliquant son respect pour le droit européen, Tsipras a conclu son intervention en citant Sophocle : « Il y a des moments où la plus grande loi de toutes les lois humaines, c'est la justice pour les êtres humains ».


Pour Jean-Claude Juncker, c'était « une erreur de quitter la table des négociations ». « Si nous ne les avions pas suspendues, nous serions parvenus à un accord » a-t-il déclaré, ajoutant que « je me suis toujours dressé contre les coupes budgétaires dans les niveaux de pension qui affecteraient les plus pauvres ». « Nous devons décrire les choses comme elles le sont réellement derrière ces portes closes » estime-t-il.


Donald Tusk a quant à lui déclaré : « Aujourd'hui, nous avons besoin d'unité, non pas parce que l'unité est une belle idée, mais parce qu'elle est indispensable pour prendre des décisions concrètes. Sans unité sur la Grèce, nous nous réveillerons dans quatre jours dans une Europe différente. Ceci est vraiment et sincèrement la dernière sonnette d'alarme pour la Grèce, mais aussi pour nous. Notre dernière chance ».