Tanja Fajon : « Si nous perdons Schengen, nous perdons le projet européen » 

 
 

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Des contrôles temporaires aux frontières de Schengen ont été prolongés durant plus de trois ans. Les députés exigent que cette mesure ne soit utilisée qu’en ultime recours.

Interview avec Tania Fajon 

Des contrôles aux frontières intérieures sont exceptionnellement effectués depuis 2015 dans cinq États membres de l’Union européenne. Leur limite est pourtant fixée à deux ans. Le 4 avril, le Parlement européen a insisté sur l'importance de ne recourir à ce genre de pratiques qu'en ultime ressort.  Les députés ont également appelé à une révision des règles actuelles. Ils ont donc demandé que les contrôles aux frontières ne soient possibles que pendant 2 mois (6 mois précédemment) et que l'extension ne soit renouvelable qu'un an contre les 2 possibles actuellement.  


La responsable du rapport, la députée démocrate socialiste slovène Tanja Fajon, nous en dit plus dans son interview.


Les règles de Schengen sont temporairement suspendues dans plusieurs pays depuis plus de trois ans, malgré le fait que la limite soit fixée à deux ans. Comment peut-on expliquer cela ?

Six pays de l’espace Schengen ont prolongé les contrôles aux frontières intérieures et cela depuis plus de trois ans. Ils utilisent différents fondements juridiques pour les étendre, je dirais qu’il y a des zones d’ombre dans la législation actuelle.


Les mesures actuelles sont très ambiguës. Quels aspects du code frontières Schengen devraient être adaptés selon vous ? Et pourquoi ?

Comme dit dans le rapport, nous avons besoin de conditions plus claires concernant les circonstances dans lesquelles les pays peuvent introduire à nouveau les contrôles aux frontières dans le futur. Nous avons également besoin de garanties qui assurent que ces contrôles soient une mesure de dernier recours.


Quelles circonstances justifient les contrôles aux frontières intérieures ?

Les situations extraordinaires, les événements sportifs importants ou les grands flux migratoires par exemple. Actuellement et malgré ce que plusieurs gouvernements de l’Union européenne affirment, il n’y a pas de menace sérieuse prévisible qui puisse justifier des contrôles aux frontières intérieures.


Les six pays de l’espace Schengen (Autriche, Allemagne, Danemark, Suède, Norvège et France) qui appliquent les contrôles intérieurs ont affirmé qu’ils les prolongeraient. Est-ce justifié ?

Ces prolongations ne sont pas justifiées et rien ne prouve qu’elles le soient. Ces dernières années, les gouvernements nationaux ont repoussé les limites des règles actuelles et ont étendu les contrôles pour des raisons politiques et non pas par nécessité.


Quels sont les points de désaccord avec le Conseil et la Commission ? 

Le Conseil est resté inflexible pendant les négociations et n'a accepté aucun compromis. Malgrè l'accord trouvé, nous divergeons encore sur qui doit exercer le contrôle des frontières et les conditions de la prolongation possible. Je pense que certains pays faisant partie de Schengen ne souhaitent pas réformer les règles puisque le status quo actuel leur convient. C'est très dangereux. Si nous perdons Schengen, nous perdons le projet européen. La situation actuelle porte préjudice à nos économies et rend nos vies moins confortables.

Cette interview a été publiée en novembre 2018 et actualisée en avril 2019