Défense : l'Union européenne crée-t-elle une armée européenne ? 

 
 

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Bien qu'il n'y ait pas d'armée européenne et que la défense reste une prérogative nationale, l'Union européenne a pris des mesures pour renforcer la coopération en matière de défense.

Photo de l'Agence Européenne de la Défense 

Depuis 2016, des progrès significatifs ont été accomplis dans le domaine de la sécurité et de la défense européenne.  Plusieurs initiatives concrètes de l'Union européenne pour améliorer la coopération et renforcer la capacité de l'Europe à se défendre ont vu le jour. Apprenez-en plus sur ces nouvelles mesures.


Des attentes élevées à l'égard de la défense de l'Union européenne.

Les Européens attendent de l'UE qu'elle garantisse la sécurité et la paix. Les trois quarts (75%) sont favorables à une politique de défense et de sécurité commune selon un Eurobaromètre sur la sécurité et la défense publié en 2017 et une majorité (55%) est favorable à la création d'une armée européenne. Plus récemment, 68 % des Européens ont déclaré qu'ils souhaiteraient que l'Union européenne fasse davantage dans le domaine de la défense (sondage Eurobaromètre de mars 2018).

Les dirigeants européens ont compris qu'aucun État membre ne peut résoudre seul les questions sécuritaires. Ainsi, en 2017, le président français Emmanuel Macron a appelé de ses voeux un projet militaire européen commun, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré dans son discours devant le Parlement européen en novembre 2018 que « nous devrions travailler pour créer un jour une véritable armée européenne ». L'une des priorités de la Commission européenne sous le mandat de Jean-Claude Juncker a été d'avancer vers une union de la sécurité et de la défense.




68 % des Européens pensent que l'UE devrait en faire plus en matière de défense (Source Eurobaromètre 2018) 

Actions récentes de l'Union européenne visant à renforcer la coopération en matière de défense


Une politique de défense commune de l'Union européenne est prévue par le traité de Lisbonne (article 42, paragraphe 2). Cependant, le traité énonce aussi clairement la primauté de la politique de défense nationale; par exemple le choix d'adhérer à l'OTAN ou de rester neutre.

Ces dernières années, l'Union européenne a progressivement mis en oeuvre des initiatives ambitieuses pour débloquer davantage de moyens et faciliter la coopération :


- la coopération structurée permanente (PESCO) a été lancée en décembre 2017 et, depuis juin 2019, 25 États membres y participent. 34 projets concrets comportant des engagements contraignants, dont un commandement médical européen, un système de surveillance maritime, une assistance mutuelle pour les équipes de cybersécurité et d'intervention rapide, ainsi qu'une école commune de renseignement de l'UE sont déjà mis en place.


- le Fonds européen de défense (FED) a été lancé en juin 2017. C'est la première fois que le budget européen est utilisé pour cofinancer la coopération en matière de défense et ce fonds devrait faire partie du prochain budget européen (2021 - 2027). Le FED complètera les investissements nationaux et fournira des incitations pratiques et financières à la recherche collaborative, au développement conjoint et à l'acquisition d'équipements et de technologies de défense.

- l'Union européenne a renforcé sa coopération avec l'OTAN dans 74 domaines, notamment la cybersécurité et la lutte contre le terrorisme.

- un plan visant à faciliter la mobilité militaire à l'intérieur de l'Union, d'un pays à l'autre pour permettre au personnel et aux équipements militaires de réagir plus rapidement en cas de crise.

- améliorer l'efficacitée du financement des missions et opérations civiles et militaires. L'Union européenne compte actuellement 16 missions de ce type sur trois continents, avec un large éventail de mandats. Plus de 6 000 personnes, civils et militaires, sont déployées.

- depuis juin 2017, une nouvelle structure de commandement et de contrôle (MPCC) pour améliorer la gestion des crises par l'UE est en place.



Dépenser plus, dépenser mieux, dépenser ensemble


En 2014, lors du sommet de l'OTAN au Pays de Galles, les pays membres de l'Union et de l'OTAN se sont engagés à consacrer 2% du PIB à la défense d'ici 2024. Le Parlement européen a appelé les États membres à respecter ces engagements.

Selon les estimations de l'OTAN pour 2019, seuls six pays (Grèce, Estonie, Royaume-Uni, Lettonie, Pologne et Lituanie) consacrent 2 % de leur PIB à la défense.

Toutefois, le renforcement de la défense européenne ne consiste pas seulement à dépenser davantage, mais aussi à dépenser plus efficacement.

Les États membres sont collectivement le deuxième acheteur d'instruments de défense au monde après les États-Unis. Cependant, on estime que 26,4 milliards d'euros sont gaspillés chaque année en raison des doubles emplois, de la surcapacité et des obstacles aux achats. De ce fait, l'Europe utilise plus de six fois plus de systèmes de défense qu'aux Etats-Unis. C'est dans ce domaine que l'Union peut fournir des cadres et des incitations aux États membres pour qu'ils collaborent.

Si l'Europe veut être compétitive au niveau mondial, elle devra mettre en commun ses efforts. En effet, on estime que d'ici 2025, la Chine deviendra le deuxième pays du monde en termes de dépenses de défense après les États-Unis.


Défense: faire plus avec moins 

La position du Parlement européen


Le Parlement européen a demandé à plusieurs reprises que le potentiel des dispositions du Traité de Lisbonne soit pleinement exploité pour œuvrer en faveur d'une Union européenne de la défense. Il soutient constamment une coopération accrue, de nouveaux investissements et la mise en commun des ressources pour créer des synergies à l'échelle européenne afin de mieux protéger les Européens.


Les futurs enjeux


Outre les défis pratiques, l'Union européenne doit concilier différentes traditions et différentes cultures stratégiques. Le Parlement européen estime qu'un Livre blanc sur la défense serait un moyen efficace d'y parvenir et de soutenir le développement de la future politique de défense de l'Union européenne.