Femmes et climat : une stratégie gagnant-gagnant' 

 
 

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Nicole Kiil-Nielsen dans l'hémicycle, lundi 17 avril. 

Allier lutte contre les discriminations des femmes et lutte contre le changement climatique : une idée qui peut paraître surprenante - mais découle en fait d'un raisonnement précis et concret. La députée verte française Nicole Kiil-Nielsen a rédigé un rapport sur le sujet et le présentera en session plénière le 20 avril. Entretien.

Pourquoi lier les changements climatiques à l'égalité des sexes ?


Nicole Kiil-Nielsen : A chaque crise, à chaque révolution, nous entendons qu'il faut d'abord résoudre le problème, et que les droits des femmes viendront... après. Ce raisonnement est daté et inopérant. Au contraire, les changements climatiques et la justice et l'égalité pour les femmes sont intrinsèquement liés. On ne peut pas proposer de solutions efficaces et innovantes si on n'élargit pas notre champ de vision. D'après une étude réalisée par la London School of Economics et l'Institut Max Planck,  les femmes auraient jusqu'à 14 fois plus de risque de mourir durant une catastrophe naturelle ou dans les suites de la catastrophe.


Avez-vous une anecdote à cet égard ?


NKN : En Tanzanie, dans le district du Kilombero, une ONG a lancé un programme pour creuser un puits pour un village. Au bout d'à peine deux ans, le puits s'est asséché. On a compris que la consultation de la population pour trouver le bon emplacement n'avait eu lieu qu'avec les hommes du village. Or, comme ce sont les femmes qui collectent l'eau, elles seules savaient où il fallait creuser. Après avoir compris l'erreur, le puits a été creusé à l'endroit indiqué par les femmes et ne s'est jamais réasséché.


Quelles mesures concrètes proposez-vous ?


NKN : Par exemple, l'introduction d'un quota minimal de 40 % de femmes dans les délégations européennes en charge des négociations climatiques. Il faut encourager une plus grande ouverture des instances techniques, politiques et financières en charge de ces questions.


Nous souhaitons en outre appréhender davantage la question du genre en demandant une collecte des données par sexe, lors des phases d'évaluation ou de lancement des projets en matière de changement climatique. Cela permettra de mieux adapter les politiques qui seront décidées.


Il ne s'agit pas de mettre en concurrence les politiques d'égalité femmes-hommes et les politiques climatiques, mais bien d'avancer conjointement sur ces sujets. Si la lutte contre le changement climatique prend en compte la dimension de genre, nous pouvons lutter contre les discriminations et en même temps générer des solutions plus efficaces pour l'environnement. C'est un raisonnement gagnant-gagnant. 

L'interview a été réalisée en français.