Le harcèlement sexuel dans l’Union débattu au Parlement en session plénière 

 
 

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Les députés ont débattu sur le harcèlement sexuel aujourd’hui suite à l’affaire Weinstein mais également aux allégations de la presse concernant le harcèlement sexuel au Parlement européen.

Les intervenantes du débat sur le harcèlement sexuel dans l'Union  

L’affaire Weinstein et la campagne #MeToo via laquelle de nombreuses femmes se sont exprimées sur le harcèlement et les abus sexuels qu’elles ont subis ont provoqué une prise de conscience mondiale sur un sujet trop souvent et systématiquement sous-déclaré, en raison de la vulnérabilité des victimes. Le Parlement européen est également conscient de sérieuses allégations faites par la presse sur ce sujet et a décidé de débattre rapidement avec la Commissaire Cecilia Malström des mesures déjà en place et des mesures à prendre par l’Union européenne pour prévenir et combattre le harcèlement et les abus sexuels.

 

Le harcèlement sexuel dans l’Union européenne

 

Selon un sondage mené par la FRA (L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne) paru en mars 2014, 55% de femmes ont déjà été victimes d’une ou de plusieurs formes de harcèlement sexuel au cours de leur vie et 33% ont été victimes d’agression physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans. Une femme sur 5 sait ce qu’est être traquée.

 

Le débat

 

Le Parlement européen est particulièrement sensible à de telles accusations, dans la société en général ou concernant ses propres députés et employés. Lors du débat aujourd’hui, les députés n’ont pas uniquement condamné ces comportements mais ont également demandé la mise en place de mesures et d’inclure les hommes dans la solution au problème.

 

Le problème est encore sous-évalué, comme beaucoup de victimes ont peur ou sont honteuses d’en parler. « L’unique responsable est celui qui attaque ou qui harcèle », a dit Iratxe García Perez, députée démocrate socialiste espagnole. Nous devons « soutenir et être du côté des victimes, afin qu’elles ne soient pas honteuses, qu’elles n’aient pas peur de perdre leur travail et qu’elles cessent de se sentir coupables. »

 

« Nous avons atteint les limites de la patience et le silence a été brisé », a dit Agnieszka Kozłowska-Rajewicz, députée démocrate-chrétienne polonaise. « Les victimes ont commencé à parler et leurs voix ont été entendues », a-t-elle ajouté.

 

Certains députés ont également abordé le sujet du harcèlement au sein du Parlement européen. Jadwiga Wiśniewska, députée conservatrice et réformiste polonaise, a affirmé qu’« ici, au coeur de la démocratie européenne, des femmes sont agressées et harcelées. Le débat d’aujourd’hui devrait donner la force aux femmes d’oser en parler.»

 

« Malheureusement, (...) le Parlement européen n’est pas exempté de ce type de conduite déplorable », a dit Daniela Aiuto, députée italienne du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe.  « La même tolérance zéro (...) devrait être appliquée au sein du Parlement européen avec la même vigueur et sur un pied d’égalité dans tous les lieux de travail du secteur public ou privé »

 

Malin Björk, députée suédoise membre de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique, a déclaré que « nous avons besoin que les hommes prennent leurs responsabilités. S’ils font partie du problème, ils font partie de la solution. »

 

Terry Reintke, députée verte allemande, qui dit avoir elle-même été harcelée, en appelle aux hommes : « Oui, c’est une histoire de femmes, mais ça n’est pas un problème de femme. Nous avons besoin que les hommes se fassent entendre. Nous devons nous battre ensemble. »

 

La commissaire Cecilia Malmström a qualifié les mouvements récents d’« indignation féministe de partout dans le monde de femmes qui en ont assez ». Elle a également annoncé que la Commission européenne allait lancer un nouveau sondage sur les violences sexistes.

 

Pour Angelika Mlinar, députée démocrate libérale autrichienne,  « les abus sexuels sont des abus de pouvoir ».

 

Mylène Troszczynski, députée française membre du groupe Europe des nations et des libertés, a mis en garde contre le fait que la situation se retourne. « Nous ne devrions pas penser que chaque homme ou garçon est un agresseur potentiel », a-t-elle déclaré.

 

Les débats et les résolutions jusqu’à maintenant

 

Ce n’était pas la première fois que les députés débattaient sur le harcèlement sexuel. Le dernier débat en session plénière datait de février 2016. Le Parlement avait également déjà adopté plusieurs résolutions.

 

Déjà en 2001, les députés avaient soulevé que l’insécurité d’emploi croissante créait un environnement propice au harcèlement et ont appelé tous les États membres à enrichir leur législation existante afin de combattre le problème. Une autre résolution annonce que la fin du harcèlement sexuel est une obligation afin que les femmes et les hommes soient égaux  et pour l’émancipation économique des femmes. Le problème est également mentionné dans la convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe, qui demande à ses signataires de prendre toutes les mesures nécessaires pour punir le harcèlement sexuel. Le Parlement était en faveur que l’Union européenne y adhère.

 

 

Mesures internes du Parlement européen contre le harcèlement sexuel

 

Le Parlement a également mis en place plusieurs mécanismes lui permettant de faire face à des comportements inappropriés de la part de ses députés et de ses employés.

 

L’article 12 du règlement du personnel de l’Union européenne prévoit que les personnes travaillant dans les institutions européennes doivent « s’abstenir de toute forme de harcèlement moral et sexuel », le harcèlement sexuel étant définit plus loin comme  « comportement à connotation sexuelle non désiré par la personne à l'égard de laquelle il s'exerce et ayant pour but ou pour effet de l'atteindre dans sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, offensant ou embarrassant. »

 

Le Parlement a mis en place deux comités consultatifs spéciaux pour la prévention du harcèlement. Il existe également un autre comité consultatif qui traite les plaintes déposées contre les députés par des assistants parlementaires présidé par Elisabeth Morin-Chartier, députée française démocrate chrétienne et questeur au Parlement européen. Fin de l’année dernière, ce comité a entamé une campagne de sensibilisation dans les locaux du Parlement européen afin d’être visible et d’ouvrir les yeux sur le problème. Un guide détaillant ce qui est considéré comme attitude appropriée ou pas a été distribué bien avant les récents événements.

 

Il est conseillé aux députés d’utiliser un langage correct et civilisé, de s’abstenir d’insulter ou de commenter l’apparence des employés. Ils doivent respecter la vie privée des employés, parler des problèmes et intervenir immédiatement s’ils remarquent le moindre comportement inapproprié dans leur équipe tels que des blagues sexistes ou des actes vulgaires.  Un document similaire est en cours de rédaction pour les assistants.