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Lutter contre le terrorisme au mépris des droits de l'Homme ?

Autres Article - Droits de l'homme13-04-2012 - 15:54
 
La CIA a-t-elle mis en place des prisons secrètes sur le territoire européen? ©BELGA/PHOTOPQR/Y.Estivals   En prison ©BELGA/PHOTOPQR/Y.Estivals

Des prisons secrètes de la CIA sur le territoire des Etats européens ? Le Parlement européen incite les pays concernés à multiplier leurs efforts pour enquêter sur ces allégations, soigneusement démenties par les gouvernements américains et européens. Le 12 avril 2012, la sous-commission aux droits de l'Homme a organisé une audition publique sur ces détentions secrètes, insistant sur la protection des droits civils dans la lutte contre le terrorisme.


Premier reproche, à peine voilé, formulé par Barbara Lochbihler, députée européenne allemande membre des Verts : l'OTAN a refusé d'assister à cette audition parlementaire et de participer d'une manière constructive au débat. "Je ne comprends pas cette attitude : les forces de l'OTAN peuvent aussi être impliquées dans ces violations des droits de l'homme." Ainsi, comment les soldats allemands stationnés en Afghanistan pourraient-ils "livrer" des individus suspectés de terrorisme aux Américains s'ils savent qu'ils pourraient être torturés?


Richard Howitt, député européen britannique membre des socio-démocrates, a quant à lui salué "le travail des ONG et des parlementaires, à l'échelon national et européen, qui a permis de maintenir ce sujet dans l'actualité."


Selon Ana Gomes, députée européenne portugaise, membre des Sociaux-démocrates, la sous-commission parlementaire aux Droits de l'homme a rencontré beaucoup de difficultés et de résistance de la part des politiques et des services de renseignement. Conséquence : "nous devons inciter ceux qui prennent des décisions politiques à prendre leurs responsabilités et trouver ceux qui ont menti lors des enquêtes parlementaires."  


Juan Méndez, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, souligne par ailleurs qu' "aucune enquête judiciaire n'a été menée sur ces prisons secrètes et personne n'a été traduit en justice. Nombre de victimes d'actes de torture n'ont jamais reçu de réparation, réhabilitation ou compensation d'aucune sorte."


"La détention floue et arbitraire de personnes suspectées de terrorisme sans aucun procès est illégale, car opposée à nos valeurs communes. Elle donne également de fausses raisons d'agir aux terroristes," a ajouté Ben Emmerson, également émissaire des Nations unies.


Pour autant, "ni la Commission européenne, ni le Parlement n'ont la capacité ou l'autorité de mener l'enquête. C'est aux Etats membres de faire toute la lumière sur ce qui s'est produit," selon les mots d'Antoine Buchet, de la Direction Justice, liberté et sécurité de la Commission européenne.


"L'obligation de ne pas torturer s'applique à chacun, qu'il soit terroriste ou non," a martelé Gerald Staberock, secrétaire général de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Aux yeux d'Hélène Flautre, des Verts, "nous avons des personnes emprisonnées légalement à vie, ce qui n'est pas acceptable."


"De telles habitudes sont couvertes par la nécessité de prendre des mesures contre le terrorisme, sans aucun respect pour les droits de l'homme," a notamment insisté Vytautas Landsbergis, député européen lituanien, membre du Parti populaire. 


Pour Sarah Ludford, Britannique membre de l'Alliance des libéraux et démocrates, il faut résister au dogme selon lequel "nous devons sacrifier notre liberté pour assurer notre sécurité."


Clive Stafford Smith, fondateur et directeur de "Reprieve", une organisation consacrée aux droits des prisonniers, juge que cette situation d'absence de justice peut s'avérer très risquée. "Nous rendons notre monde plus dangereux, lorsque nous trahissons nos valeurs. La meilleure arme contre la violence et le terrorisme reste le renforcement des droits de l'homme."  


REF. : 20120410STO42634