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Roberto Bertollini, scientifique en chef à l'OMS : l'Europe est prête à faire face au virus Zika

Autres Article - Santé publique18-02-2016 - 12:36
 
Portrait de Roberto Bertollini   Roberto Bertollini est scientifique en chef et représentant de l'Organisation mondiale de la Santé auprès de l'UE

Le virus Zika, accusé de causer des malformations congénitales, soulève des inquiétudes croissantes en Europe. Mercredi 17 février, les députés de la commission de l'environnement et de la santé publique ont débattu de cette épidémie avec des représentants de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Nous avons rencontré à l'issue de la réunion Roberto Bertollini, scientifique en chef et représentant de l'OMS auprès de l'Union européenne.


Ce virus est connu depuis 1947 : comment expliquer qu'aucun vaccin n'ait été développé jusqu'ici ?


Zika fait partie de ces nombreuses maladies que nous connaissons mais pour lesquelles nous ne disposons pas de vaccin, soit parce que le virus reste confiné dans certaines zones, soit parce qu'il est bénin, comme c'est le cas ici. Ce n'est que récemment que la sonnette d'alarme a été tirée, lorsque les premiers cas de microcéphalie ont été observés en Polynésie française en 2013-2014. La situation est désormais bien plus sérieuse. L'opinion publique et les gouvernements demandent de plus en plus d'études autour de ces vaccins.

 

Comment de temps faudra-t-il pour développer un vaccin ? Quelle est la probabilité de réussite ?


Je pense que ce sera un succès. Nous avons acquis beaucoup d'expérience avec le virus Ébola : nous sommes parvenus à développer en très peu de temps un vaccin quasi complet. Nous sommes plutôt optimistes concernant le développement dans les 15 à 18 mois prochains d'au moins un pré-vaccin destiné à l'expérimentation. Nous avons beaucoup appris avec Ébola, et il y a eu un véritable changement dans les comportements.

 

Y-a-t-il un risque que le virus se propage en Europe ? Quel est le pire et le meilleur des scénarios possibles ? Sommes-nous prêts à y faire face ?


Dans le pire des cas, les moustiques arriveraient en Europe et piqueraient les gens, propageant ainsi la maladie. Il est aussi possible que la propagation se fasse par certains moustiques déjà endémiques dans certains pays du sud de l'Europe.


Dans le meilleur des scénarios, et c'est à mon avis le plus probable, notre système de santé publique très fort nous permettrait, maintenant que nous connaissons le problème, de le détecter très rapidement, d'isoler la zone, d'éliminer les moustiques et donc d'enrayer l'infection.


Sommes-nous certains que la microcéphalie soit causée par des moustiques et par Zika ? D'autres facteurs pourraient-ils en être responsables ?


Le virus a été isolé chez des bébés souffrant de malformations : l'association entre les deux éléments est donc très forte. Pourtant, nous ne pouvons pas exclure d'autres facteurs, tels que des facteurs génétiques, d'autres virus, etc.

 

Certains avancent que la microcéphalie pourrait être causée par des pesticides présents dans l'eau potable…

 

Il s'agit d'un pesticide largement utilisé depuis plus de 20 ans et aucune malformation n'a été observée jusqu'à maintenant. Ce pesticide est d'ailleurs considéré comme tellement sûr qu'il est utilisé pour désinfecter l'eau potable. Pour le moment, je ne pense pas qu'il y ait matière à ces allégations.

 

Pensez-vous que les programmes d'éradication des moustiques se montreront efficaces ? Que pensez-vous de l'idée d'utiliser des moustiques génétiquement modifiés ou des bactéries Wolbachia ?


Les vecteurs se montrent désormais résistants à beaucoup d'insecticides. Nous avons donc besoin de nouvelles armes et il y a trois possibilités : les moustiques génétiquement modifiés qui ne transmettent pas la maladie, la stérilisation des moustiques mâles à travers la radiation et l'utilisation d'une bactérie rendant les moustiques mâles infertiles. Je pense que ces possibilités peuvent s'avérer extrêmement efficaces et qu'elles sont préférables à l'utilisation de tonnes de pesticides auxquels les moustiques deviennent de plus en plus résistants.

 

L'Organisation mondiale de la Santé vient d'annoncer qu'elle aura besoin de millions de dollars pour financer la recherche. Attendez-vous de l'Union européenne qu'elle fournisse des fonds ?


Oui, environ 53 millions de dollars ont été promis, mais seuls 25 à 28 millions devraient revenir à l'OMS. D'autres organismes sont également bénéficiaires, tel que l'UNICEF par exemple.

REF. : 20160218STO14809
Mis à jour le: ( 18-02-2016 - 17:11)