Accès direct à la navigation principale (appuyer sur "Entrée")
Accès aux contenus de la page (appuyer sur "Entrée")
Accès direct aux autres sites (appuyer sur "Entrée")

Danjean: "L'UE s'impose comme le bon niveau pour concevoir une approche commune efficace"

Autres Article - Institutions04-04-2014 - 09:27
 
Photo du député Arnaud Danjean   Arnaud Danjean, député démocrate-chrétien français ©European Union 2014- European Parliament

Les récents événements en Ukraine ont souligné la pertinence d’une politique extérieure commune et cohérente de l’Union européenne (UE). Le SEAE (Service européen pour l’action extérieure) a pour objectif d’aider l’UE à avoir une politique extérieure structurée et coordonnée. Mais est-ce que ça fonctionne bien ? Arnaud Danjean, député démocrate-chrétien français, a écrit un rapport concernant des recommandations adopté par les députés le 3 avril. Nous l'avons interrogé à ce sujet.


Monsieur Danjean, comment avoir une politique extérieure commune et cohérente quand les intérêts des États membres se diversifient tellement ?


Il n'est pas anormal et illégitime que les Etats-Membres de l'UE n'aient pas spontanément la même approche sur toutes les crises internationales. Mais cela ne signifie pas pour autant que les différences sont insurmontables. Nous constatons de plus en plus que les Etats-Membres partagent des visions communes et une philosophie commune de l'action internationale. Avant d'unifier, il y a donc nécessité de mieux coordonner. C'est le rôle de la Politique Extérieure et de Sécurité Commune, avec sa Haute-Représentante et le Service Européen d'Action Extérieure. Les défis de notre époque sont de plus en plus globaux, de plus en plus complexes, et il est rare qu'un Etat-Membre dispose, seul, des ressources diplomatiques, financières, militaires pour y faire face. L'UE s'impose donc comme le bon niveau pour concevoir une approche commune efficace. Mais même l'UE n'a pas les moyens d'agir partout et tout le temps, il est donc primordial que nous recadrions la PESC selon des priorités clairement définies. Il faut également un leadership politique plus affirmé pour amener à ces convergences. Cela vaut à la fois pour l'exécutif européen (et notamment avec un renforcement du rôle de la Haute Représentant/Vice-présidente de la commission), mais aussi pour les États membres, qui restent, bien sûr, les acteurs clefs.


Dans la résolution, vous dites que les faiblesses institutionnelles ont largement empêché l'Union d'entreprendre des actions extérieures cohérentes. Est-ce que vous avez des exemples récents ? Comment les résoudre ?


Lors de chaque déclenchement de missions de l'Union Européenne au titre de la Politique de Sécurité et de Défense Commune, on note les mêmes difficultés et contraintes dans la coordination/planification en amont, dans l'appui logistique et dans la cohérence des directives. Au-delà de ces missions, les lacunes de coordination pèsent sur la mise en œuvre des stratégies de l'UE dans certaines régions. Ainsi, au Sahel, l'UE avait établi une excellente stratégie globale combinant développement et sécurité. Pour autant, les différents acteurs en charge de cette stratégie au sein de la Commission et du Service d'Action Extérieure ne se sont pas suffisamment coordonnés, et ce n'est qu'après le conflit militaire de 2013 que les choses se sont améliorées.

Dès lors que plusieurs acteurs sont concernés -et cela est inévitable dans l'approche globale- la clef réside dans la coordination. On peut espérer qu'elle se fasse le moins formellement possible, comme un réflexe naturel, mais il ne faut pas rêver. Chaque institution a tendance à défendre son autonomie. La coordination doit donc être imposée, un leadership plus clair établi et des rôles mieux définis. De mon point de vue, c'est le Haut-Représentant, également vice-Président de la Commission, qui doit jouer le rôle moteur.


Trouvez-vous que la médiation et le dialogue en tant qu'outils dans la prévention et la résolution pacifique des conflits ont été fructueux dans des situations comme la crise en Ukraine?


Pour être très franc, je ne suis pas totalement convaincu par l'action diplomatique européenne dans des cas comme la crise en Ukraine. Il y a d'abord eu une grave sous-estimation des difficultés liées à l'accord d'association, puis une période de médiation sans grand impact politique. Ce n'est véritablement qu'avec l'entrée en scène des ministres des affaires étrangères que l'action de l'UE a été plus identifiée et plus efficace. Ceci illustre bien la prééminence qui reste largement aux Etats dans la conduite de la politique extérieure, même si les efforts du SEAE et de la haute-Représentante sont utiles. Mais ils ne font qu'accompagner des décisions et des médiations dans lesquelles les Etats-Membres ont le rôle principal. Il faut aussi comprendre que la médiation et la prévention n'ont de sens et de poids que si l'UE est aussi capable d'être crédible dans la menace et la sanction. Trop souvent, l'UE se focalise sur la médiation parce qu'elle est réticente à envisager des politiques plus coercitives. Pourtant, si vous n'avez pas de pouvoir crédible de sanction, votre médiation elle-même n'est pas crédible.... C'est une des leçons (réussie) de la crise du nucléaire iranien, c'est une des leçons (moins réussie) de la crise ukrainienne !

REF. : 20140401STO41416