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Le mécanisme européen de lutte contre la crise a besoin de véritable responsabilité démocratique et de canaux de responsabilités clairs. Il doit prendre davantage en compte les conséquences sociales et avoir la capacité de corriger les recommandations politiques lorsqu'elles se révèlent inadéquates. Telles sont les premières conclusions tirées par les députés lors du débat ce jeudi sur le projet de rapport concernant les opérations de la Troïka (BCE, FMI et Commission européenne).

Cette semaine, les députés de la commission des affaires économiques et monétaires, dirigés par les co-rapporteurs Othmar Karas (PPE, AT) et Liem Hoang Ngoc (S&D, FR), ont organisé des auditions avec les principaux acteurs de la Troïka et ont obtenu de nombreuses réponses aux questions envoyées aux institutions de la Troïka et aux autorités des pays participant au "programme" pour qui ces acteurs ont prodigué des conseils crise. Les parlementaires ont également effectué des missions d'enquête à Lisbonne et Nicosie et se rendront à Dublin dès aujourd'hui, et à Athènes à la fin du mois.


Le Parlement se prononcera sur les résultats finaux de l'enquête sur la Troïka lors d'un vote en avril.


La fin d'un système


Ouvrant le débat, M. Karas a souligné qu'il était nécessaire de garder à l'esprit le fait que l'UE avait été prise au dépourvu par la crise et qu'elle avait manqué de moyens financiers et d'expertise pour gérer les pays en difficulté. Par conséquent, aucune alternative n'aurait pu être trouvée à la Troïka à l'époque, mais "nous disposons désormais de fonds et de systèmes pour contrôler les budgets nationaux, nous devons donc faire entrer le système dans le processus européen ordinaire", a-t-il ajouté.


Selon M. Hoang Ngoc, le rôle du Mécanisme européen de stabilité, le fonds de renflouement de l'UE, devrait être renforcé, et le Parlement européen devrait être davantage impliqué dans la prise de décisions, en particulier en ce qui concerne la "conditionnalité" de l'aide financière. "Les différends entre la Commission et le FMI concernant le recours à la consolidation ou à la dévaluation budgétaire ont entrainé l'application des deux mesures, ce qui a provoqué d'importants dommages", a-t-il déclaré.


Cet avis a été partagé par de nombreux autres participants. Philippe Lamberts (Verts/ALE, BE) a, par exemple, proposé que le futur système permette au Parlement européen de donner à la Commission un mandat d'action, mais également le droit de renvoyer une feuille de route pour des réformes spécifiques (protocole d'accord) à la case départ si nécessaire.


Quid de la responsabilité?


Les députés ont regretté le fait qu'il était difficile de tenir un acteur spécifique d'une institution pour responsable. "Il est décevant que personne ne puisse présenter de mea culpa dans cette affaire", a commenté Olle Schmidt (ADLE, SV). D'autres ont fait remarquer qu'une structure démocratique normale devrait toujours permettre de définir le responsable, estimant que cela prouvait le manque de démocratie et de transparence de la Troïka.


D'aucuns ont critiqué l'empressement avec lequel certains dirigeants de la Troïka ont tenu les gouvernements responsables et ont semblé innocenter les entreprises privées, qui ont également joué un rôle important dans le basculement de l'UE dans la crise.


Erreurs


Les députés ont moins critiqué la Troïka pour les erreurs commises que pour son inaction à modifier ses recommandations lorsqu'elles se sont révélées inadéquates et néfastes. Le modèle alternatif ne doit pas uniquement se baser sur l'austérité, ont-ils affirmé.


Les considérations sociales doivent être prises en compte et il faut arrêter de faire payer aux citoyens ordinaires la majeure partie de la facture, a déclaré Marisa Matias (GUE/NGL, PT).