Partager cette page: 

Images prises d'un ancien site après qu'il ait été piégé avec des explosifs par le groupe militant État islamique, au nord de l'Irak ©BELGAIMAGE/AFP/W.NINEVEH 

Un génocide culturel et la classification comme crimes de guerre des destructions délibérées, du pillage des sites archéologiques et du trafic illicite d'objets d'art dans les zones en guerre ont été invoqués lundi après-midi lors d'une audition publique de la commission de la culture et de l'éducation du Parlement européen. Les députés et les experts participants ont rappelé l'urgence d'une législation internationale harmonisée dans ce domaine.

Ce type de menaces nécessite une réaction et une coopération renforcée de toutes les organisations internationales, ont souligné les députés. "Grâce à cette réunion, nous avons finalement posé les fondations pour la planification d'une stratégie européenne visant à lutter contre la destruction de l'héritage culturel par l'EIIL/Daesh et à limiter le commerce illégal - le représentant de la Cour pénale internationale ayant confirmé que des conditions juridiques existent pour considérer la destruction intentionnelle comme un crime contre l'humanité et inclure les casques bleus de l'ONU dans ce domaine", a déclaré Silvia Costa (S&D, IT).


"Le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM) et Interpol ont souligné la nécessité d'une législation européenne sur les importations d'objets culturels ainsi que le renforcement de la base de données Psyche tout comme une coordination plus étroite entre des organisations internationales comme l'Unesco et Icom PE dans le cadre de la diplomatie culturelle de l'UE", a ajouté Mme Costa.

 

Combattre le marché noir des objets culturels - une source importante de financement du terrorisme


Les récents cas de pillage culturel des zones historiques du Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Irak, par des organisations comme l'État Islamique (EI), et l'ampleur de la contrebande d'objets d'art de ces zones, utilisée pour financer des actions terroristes, nécessitent une réaction urgente, selon les députés.


L'exemple de récentes restitutions volontaires d'objets d'art inventoriés comme ayant une provenance illicite pourrait encourager les États européens à ratifier rapidement les conventions internationales existantes et à mieux mettre en œuvre cette législation, avec des sanctions sévères contre les trafiquants, ont soutenu les experts présents lundi en commission de la culture. Ils proposent aussi la participation de l'Europe à la création de "safe havens" (refuges de biens culturels) comme moyen temporaire pour protéger les objets culturels et contrôler le marché noir de tels objets.


La coopération internationale, une urgence pour prévenir les attaques contre le patrimoine

 

Les experts de l'UNESCO, d'Interpol, de la Cour pénale internationale, des universités de Sienne et de Genève ou encore du Centre international pour l'étude de la préservation et de la restauration des propriétés culturelles ont tous montré que des instruments d'intervention pour prévenir de tels actes existent et peuvent être activés. La base de données des objets d'art volés mise en ligne par Interpol et directement accessible au public, la coopération des policiers et des douanes pour l'identification et la saisie des objets illégalement importés ou vendus sur le marché, les formations pour que les experts puissent identifier et inventorier les sites et les objets culturels, y compris des "équipes de sauvetage" en cas de catastrophe de guerre ou naturelle, fonctionnent déjà et visent, à plus long terme, une réduction importante des actes de pillage.


Toutes ces actions sont malheureusement très limitées par la législation fragmentée et la faible coopération judiciaire ou politique au niveau international, ont souligné les experts. Il est également urgent de renforcer la coopération non seulement au niveau étatique mais aussi entre les diverses organisations internationales, les universités, les autres parties prenantes, expliquent les députés européens.


Future règlementation européenne possible?

 

Les appels à l'action des députés européens ne resteront pas sans effets. Les représentants de la Commission européenne, présents à l'audition, ont confirmé qu'une étude serait bientôt réalisée au sujet du trafic illicite des objets d'art sur le territoire de l'UE, en se concentrant sur leur importation, afin d'établir dans quelle mesure une législation harmonisée plus détaillée dans ce domaine est nécessaire.



#CulturalHeritage #unite4heritage