Afghanistan : « Le terrorisme peut uniquement être combattu avec des gouvernements crédibles »
Après l'annulation du second tour des élections afghanes, le président sortant Hamid Karzaï a été reconduit pour un second mandat la semaine dernière. A son retour d'Afghanistan, le Néerlandais Thijs Berman, qui a mené la délégation du Parlement européen dans ce pays, nous parle des immenses défis à relever, soulignant que « les Afghans ont perdu confiance dans leur gouvernement ».
La semaine dernière, le rival d'Hamid Karzaï, Abdullah Abdullah, se retirait de la course à la présidence, invoquant des fraudes électorales. Le président sortant - crédité de 49,67 % des votes après recomptage - a ainsi été reconduit pour un second mandat. La tâche s'annonce cependant extrêmement difficile, dans un pays miné par la corruption et l'insécurité.
« Le plus grand défi du nouveau gouvernement sera de retrouver la confiance de ses citoyens, qui a été mise à mal par des années de promesses non tenues, ainsi que dernièrement par les fraudes massives lors du premier tour des élections », explique le Néerlandais Thijs Berman (Socialistes et démocrates, S&D), président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l'Afghanistan.
Terrorisme et drogue en Afghanistan
- Octobre 2001 : Les Etats-Unis et leurs alliés attaquent l'Afghanistan pour expulser les talibans, accusés de soutenir le terrorisme international.
- Décembre 2004 : Hamid Karzaï devient le premier président afghan élu démocratiquement. L'Assemblée nationale est inaugurée en décembre de l'année suivante.
- 2007 : Un rapport dénonce l'industrie de la drogue, accusée de représenter plus de la moitié de l'économie du pays, et en pleine expansion depuis la chute des talibans.
- Octobre 2009 : Un rapport des Nations unies accuse l'opium afghan de financer le terrorisme mondial et de tuer 100 000 personnes chaque année. En Afghanistan, l'espérance de vie ne dépasse pas 44 ans.
Politique interne et enjeux internationaux intimement mêlés
La stratégie de la communauté internationale en Afghanistan est régulièrement au centre des critiques. Faut-il envoyer de nouvelles troupes ? « Seul un gouvernement afghan crédible pourrait stabiliser le pays et prendre la suite de la communauté internationale », défend Thijs Berman, qui ne se montre pas tendre à l'heure de tirer le bilan du gouvernement sortant. « [Il] a été hypocrite, fermant les yeux sur la corruption et la reprise du trafic d'opium. Cela a été accepté au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais le terrorisme ne peut pas être combattu par des armées ; cela ne sert à rien d'envoyer plus de troupes en Afghanistan », explique le député européen.
Que faire alors ? Selon lui, « le terrorisme peut uniquement être combattu avec des gouvernements crédibles (…). Les gouvernements corrompus alimentent le terrorisme ». Le nouveau gouvernement sera jugé à l'aune de ses actes et la délégation du Parlement européen prévoit de retourner en Afghanistan en avril 2010, juste avant les élections législatives.
Quelles priorités pour la communauté internationale ?
Le Président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a salué la décision d'Hamid Karzaï de former un gouvernement qui « reflète la diversité politique et régionale du [pays] et consolide la réconciliation nationale ». Il a également souligné les enjeux majeurs sur lesquels l'Union européenne doit concentrer ses efforts : « la mise en place d'institution stables, la démocratie, l'Etat de droit, le respect des droits de l'homme, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la drogue et l'entraînement des forces de sécurité ».