Quel avenir européen pour la Serbie ? Interview du ministre serbe des affaires étrangères, Vuk Jeremić
« Nous souhaitons soumettre une demande d'adhésion à l'UE avant la fin de l'année ». Le ministre serbe des affaires étrangères, Vuk Jeremić, s'est montré résolument optimiste quant à l'avenir européen de son pays lors d'une interview exclusive pour Europarl. Il ne veut pas mélanger la question de l'indépendance du Kosovo et l'adhésion à l'UE et espère que de nouvelles opportunités s'ouvriront pour une nouvelle génération de Serbes.
A votre avis, quand est-ce que la Serbie deviendra membre de l'Union européenne (UE) ?
Vuk Jeremić : C'est très difficile à dire, mais je pense que ça pourrait prendre 5 à 7 ans. Cela semble d'autant plus réaliste depuis que les Balkans occidentaux se trouvent aux portes de l'accession, mais c'est aussi une décision politique de la part des Etats membres. La Serbie doit tout faire pour devenir membre de l'UE le plus vite possible.
Quand pensez-vous déposer votre demande de candidature ?
VJ : Nous souhaitons très fortement le faire avant la fin de l'année. Le débat national est terminé. Nous avons eu deux référendums l'an dernier et les deux ont dit « Oui » à un futur européen.
L'opinion publique en Serbie n'a pas toujours été favorable. Où en est-on maintenant ?
VJ : A la fin de l'année dernière et au début de cette année, nous avions atteint le niveau historique de 85 % [d'opinions favorables]. Maintenant environ 70 % de la population est favorable à une adhésion à l'UE.
Est-ce que l'opinion publique s'est retournée quand de nombreux pays de l'UE ont reconnu le Kosovo en 2008 ?
VJ : Disons que c'est quelque chose qui n'a pas été très positif. Nous avons réussi à cloisonner cette question [de celle de l'adhésion] avec nos partenaires européens qui ont reconnu le Kosovo. Nous maintenons une stricte séparation entre le processus d'intégration européenne et la détermination du futur statut du Kosovo. C'est la politique officielle de la Serbie et de l'Union européenne. Et il est essentiel de continuer comme cela.
Qu'est-ce que la Serbie peut apporter à l'UE ?
VJ : Sa plus grande contributions serait la paix et la stabilité. Par ailleurs, ce serait d'apporter notre patrimoine, notre héritage, notre culture, nos coutumes, enrichissant ainsi la diversité de l'UE.
Il est très très difficile d'imaginer une Europe stable et prospère avec un « trou noir » au milieu. Je suis optimiste et j'espère que l'ensemble des Balkans occidentaux va devenir membre de l'UE, et ce dans un futur proche.
Si la Serbie devient membre de l'UE, la décririez-vous comme une ancre de stabilité ou comme un pont entre l'Europe et la Russie ?
VJ : Dans le sens de la paix et de la stabilité des Balkans, la Serbie serait sans hésiter une ancre. Si vous regardez une carte, vous le voyez tout de suite.
Par ailleurs, la relation avec la Russie remonte à des siècles. Nous avons le même alphabet, nous partageons la même foi. Nous sommes culturellement très proches, nous avons été alliés dans les conflits mondiaux et aujourd'hui, la Russie est un soutien de taille quand il s'agit de défendre - diplomatiquement - notre territoire et notre souveraineté.
La Russie nous soutient également dans notre souhait d'adhérer à l'UE. La Russie est et restera une amie de la Serbie. Et j'espère qu'un jour, quand la Serbie deviendra membre de l'UE, elle pourra aider à améliorer les relations entre la Russie et l'UE.
D'ici quelques semaines, les Serbes devraient pouvoir voyager dans l'UE sans visa. Quels avantages en tireront les citoyens serbes, en particulier les jeunes générations ?
VJ : Cela sera un grand soulagement. Pour nous dans l'ancienne Yougoslavie, cela a été particulièrement frustrant car nous avions l'habitude de voyager librement partout dans le monde - à l'Est comme à l'Ouest. C'est vraiment une époque dont beaucoup de personnes se souviennent, et revenir à une telle situation montre que « nous sommes à nouveau normaux ».
Et c'est d'autant plus important pour les jeunes générations qu'elles ont grandi dans un certain isolement. Elles n'ont jamais eu la chance de voir à quoi ressemblait l'Europe.
Vous avez parlé au Président du Parlement européen, Jerzy Buzek. Dans quelle mesure pensez-vous que le Parlement européen peut aider la Serbie à intégrer l'UE ?
VJ : Le Parlement européen va être amené à jouer un rôle de plus en plus important en Europe avec le Traité de Lisbonne. Nous espérons travailler étroitement avec lui. La période qui s'ouvre promet d'être passionnante.
En savoir plus :
- Vuk Jeremić : la Serbie pourrait présenter sa candidature à l'UE avant fin 2009 - Article détaillé (05/11/2009)
- Une nouvelle génération aux manettes de la Serbie - Interview d'Oliver Dulić (16/10/2007)
- « L’avenir de la Serbie et du Kosovo ? L’Union européenne » - Interview de Jacek Saryusz-Wolski (05/02/2008)