Conférence de Copenhague : encore du chemin à parcourir
« Ce qui ressort du Conseil européen n'est pas suffisant ». L'Allemand Jo Leinen, qui mènera la délégation du Parlement européen à la Conférence de Copenhague, attend plus d'engagements de la part de l'Union européenne. De retour de Washington, où il a rencontré ses homologues américains, il explique les deux points de blocage qui risquent de faire achopper les négociations en décembre.
Vous venez de rentrer de Washington où vous avez rencontré des membres du Congrès. Est-ce que les Etats-Unis sont prêts à prendre des engagements ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 ? Est-ce qu'un marché transatlantique du carbone va être créé ?
Jo Leinen : L'administration Obama est très ambitieuse en matière de protection du climat, mais les Américains sont quelque peu en retard. Ils sont loin derrière l'Union européenne et d'après ce que j'ai entendu, pour Copenhague, le Congrès n'aura pas adopté la législation sur la protection du climat.
Il reste ainsi beaucoup de questions sur l'engagement à court terme pour Copenhague. A moyen et long terme, je suis sûr qu'il y aura un changement de mentalité aussi bien dans la politique que dans l'industrie des technologies des Etats-Unis. Si les Américains s'engagent dans ce domaine, ils voudront être les leaders. Ils seront en compétition sur le plan technologique avec les Européens.
Citation.
L'administration Obama est très ambitieuse mais les Américains sont quelque peu en retard.Jo Leinen
Il y a de nombreux dossiers sur la table pour la conférence de Copenhague : les objectifs, le financement, les transferts de technologie etc. Qu'est-ce qui pourrait bloquer les négociations ?
JL : Il y a deux questions qui pourraient bloquer les négociations. La première concerne les engagements concrets des pays industrialisés en matière de réduction des émissions de CO2. Je pense que les pays en voie de développement et les pays émergents veulent voir des engagements concrets et contraignants de la part des nations industrialisées, qui polluent l'atmosphère depuis 200 ans.
La deuxième question qui pourrait bloquer les négociations, c'est le financement de l'adaptation des pays en voie de développement aux défis du changement climatique. Ainsi l'Europe, les Etats-Unis et le Japon doivent mettre sur la table des propositions concrètes d'aide financière aux pays en voie de développement, pour que ceux-ci se joignent à l'accord qui sera proposé.
La semaine dernière, les dirigeants de l'UE ont proposé une « offre conditionnelle » nettement moins ambitieuse que ce qui avait été proposé par la commission de l'environnement du Parlement européen. Est-ce que l'UE aura une position forte dans les négociations à Copenhague ?
JL : L'UE est jusqu'à présent la seule dans le monde à proposer des objectifs concrets de réduction des émissions de CO2 et des aides financières aux pays en voie de développement.
Ce qui ressort du Conseil européen n'est pas suffisant, c'est trop faible et trop timide. Il faut un engagement plus fort d'ici la conférence de Copenhague pour permettre une véritable solidarité entre les pays riches et le pays pauvres.