Le Parlement européen soutient les droits de l'homme

Le respect des droits de l'homme est l'une des valeurs fondamentales de l'Union européenne. Toute violation de ces droits met à mal les principes démocratiques sur lesquels est fondée notre société, qu'elle soit commise dans l'Union européenne ou en dehors de l'Union. Le Parlement européen lutte contre ces violations au travers d'initiatives législatives, y compris de l'observation des élections et des débats sur les droits de l'homme qui ont lieu chaque mois à Strasbourg, ainsi qu'en intégrant les droits de l'homme dans les accords de commerce extérieur.

Le Parlement européen soutient également les droits de l'homme en décernant chaque année le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, créé en 1988. Le prix est décerné à des personnes qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l'homme dans le monde, et attire l'attention sur les violations des droits de l'homme tout en apportant un soutien aux lauréats ainsi qu'aux causes pour lesquelles ils se battent.

LA PRESSE DOIT RESTER LIBRE. PEU IMPORTE QUI CHERCHE À LA BÂILLONNER.

Tous les jours, les droits de l'homme sont bafoués. Mais il est vrai qu'en dépit de la sévérité avec laquelle nous condamnons ces actes, plus ils se produisent loin de notre vie quotidienne, plus nous avons tendance à les oublier. Une démocratie dynamique repose sur la participation pluraliste de tous les secteurs de la société, journalistes compris. Le Parlement européen est intimement convaincu qu'une presse libre est la condition sine qua non d'une vraie démocratie: les journalistes sont alors en mesure de fournir aux citoyens l'information objective et indépendante dont ils ont besoin pour prendre position sur des sujets économiques, sociaux et politiques en connaissance de cause. Depuis 1988, le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit a récompensé de nombreux défenseurs de la liberté de la presse.

Au fil de l'année 2014, alors que nous lisions nos journaux ou que nous regardions le journal télévisé, 65 journalistes étaient assassinés et 266, jetés en prison.

Célébrée tous les ans le 3 mai, la journée mondiale de la liberté de la presse ne constitue pas seulement un hommage aux journalistes qui ont perdu la vie en accomplissant leur devoir, mais aussi un rappel qu'il faut, jour après jour, soutenir et défendre la liberté de la presse. Ses deux principaux ennemis sont, par nature, très différents. Il s'agit des autorités nationales et des organisations terroristes.

L'attaque contre Charlie Hebdo est un exemple récent de l'existence de cet ennemi terroriste. En effet, deux hommes armés ont pénétré dans les locaux du magazine satirique et ont assassiné 12 personnes dans le but de réduire la presse au silence. Après l'attentat, le slogan «Je suis Charlie» a été adopté par les défenseurs de la liberté d'expression et a résonné dans les rues du monde entier à l'occasion de marches de solidarité. Le Parlement européen a fermement condamné ces attaques et a lancé un message de tolérance et de respect mutuel de par le monde.
Cependant, comme nous l'a montré l'affaire Ali Ferzat, très célèbre satiriste politique syrien, également lauréat du prix Sakharov 2011, les terroristes ne sont pas les seuls à craindre le poids des mots. Des dizaines d'années durant, il a ridiculisé des dictateurs dans ses caricatures, ce qui lui a valu de nombreuses menaces de mort et une tentative d'assassinat. Malgré les risques qu'il prenait, Ali Ferzat a continué à critiquer l'abus de pouvoir au travers de ses dessins. Comme il l'affirme lui-même: «Mes caricatures sont là pour servir les idéaux contemporains que sont la liberté, la démocratie, l'amour et la paix. Je les ai confrontés aux maux d'aujourd'hui, à savoir l'injustice, la répression, la dictature et le terrorisme (...)»
Journaliste algérienne et lauréate du prix Sakharov 1997, Salima Ghezali a été victime de pressions à la fois de la part de l'État et de groupes terroristes.
En 1994, en pleine guerre civile algérienne, elle n'a cessé de soulever des questions autour de la censure et des droits de l'homme dans son pays. Par la suite, elle est devenue la cible de critiques de la part des autorités algériennes et des islamistes radicaux. Plusieurs fois, elle a été arrêtée et mise en détention. Son journal, La Nation, a été interdit de publication en 1996.
Toutefois, Salima Ghezali continue de lutter pour la démocratisation et le respect des droits de l'homme en Algérie.

En tant que réseau mondial d'ONG, Reporters sans frontières (RSF) se bat pour la liberté de la presse partout dans le monde. RSF surveille et dénonce les attaques contre la liberté d'information. De plus, il offre une aide psychologique et financière aux journalistes persécutés et assure la sécurité des correspondants de guerre. En 2005, le Parlement européen a salué les efforts constants de RSF en lui décernant le prix Sakharov.

Autant d'anciens lauréats du prix Sakharov luttant sans relâche pour la liberté d'expression montre l'importance qu'attachent les eurodéputés à cette problématique. Ce n'est que très récemment que le Parlement européen a réaffirmé que l'Union européenne (UE) devrait «prendre des mesures pour assurer la protection de la "libre parole", qu'elle soit orale ou postée sur l'internet, et la protection de l'information, qu'elle soit photographiée ou le résultat de recherches».

C'est dans cet esprit que les eurodéputés élaborent et publient un rapport annuel sur les droits de l'homme. Lors de chaque séance plénière à Strasbourg, ils participent à des débats sur les droits de l'homme et adoptent des résolutions. Par exemple, dans la résolution adoptée le 21 mai 2013, le Parlement européen appelle le service de l'UE de contrôle des législations nationales sur les médias à protéger la liberté et le pluralisme.

Pour le Parlement européen, la liberté de la presse constitue un pilier important de la démocratie. C'est la raison pour laquelle il soutient les droits de l'homme non seulement en remettant, chaque année, le prix Sakharov, mais également en aidant les lauréats après leur nomination par le biais du réseau Sakharov. Celui-ci a pour rôle de tirer la sonnette d'alarme sur les violations des droits de l'homme dans les pays des lauréats et contribue à intensifier la pression internationale sur les oppresseurs.

Citoyens déterminés, journalistes dévoués, tels que Salima Ghezali ou Ali Ferzat, et organisations engagées, comme Reporters sans frontières ou l'Association des journalistes de Biélorussie, tous risquent très gros pour défendre leur droit d'expression et surtout pour pouvoir diffuser une information objective.
       
Alors qu'ils écrivent pour nous, nous pouvons leur rendre la pareille en lisant et en partageant leurs histoires.
Lorsque la pression vient d'en haut, nous pouvons tous ensemble pousser dans l'autre sens en relayant leur parole.
 

Laura Rawas - Nous méritons la liberté, tout comme vous

L'auteur est la nièce de Razan Zaitouneh, lauréate syrienne du prix Sakharov 2011, qui a été enlevée le 9 décembre 2013 à Douma, dans une zone de Syrie contrôlée par les rebelles. Avocate, journaliste et citoyenne engagée, Razan Zaitouneh a courageusement dénoncé les violations des droits de l'homme commises par toutes les parties au conflit syrien jusqu'à ce qu'elle soit enlevée en même temps que son mari, Wael Hamada, et que deux de ses collègues, Nazem Hamadi et Samira Khalil, dans le bureau du Centre de documentation des violations qu'elle a fondé. Les "quatre" de Douma sont toujours portés disparus; à ce jour, il n'y a aucune nouvelle d'eux.

"NOUS MÉRITONS LA LIBERTÉ, TOUT COMME VOUS!". Voilà les mots qu'elle a tapés en majuscules la première fois que je l'ai interviewée pour l'école. J'avais alors quinze ans. Nous avions lu dans mon cours de français un livre - dont j'ai oublié le titre - et nous devions ensuite préparer un devoir qui consistait à décrire en détail une personne remarquable. Sans hésiter, mon choix s'est porté sur ma tante, Razan Zaitouneh.

Elle m'a parlé de son enfance, de ses sources d'inspiration, de ses convictions et de son parcours professionnel. Elle m'a aussi décrit certaines des lois arbitraires auxquelles étaient soumis les citoyens en Syrie et les conséquences d'avoir une opinion, notamment l'emprisonnement politique, la torture, les procès iniques et les disparitions forcées.

Même si nous avons réalisé l'entretien à l'aide d'un système de messagerie instantanée, sa passion transparaissait dans les mots affichés à l'écran. Je ressentais sa douleur et sa colère alors qu'elle me racontait, une fois encore, l'histoire de son très cher ami récemment décédé qui, relâché après 29 années d'incarcération illégale, s'était vu refuser le droit de sortir du pays pour recevoir le traitement médical dont il avait besoin. D'après ma tante, il avait quitté une petite prison pour mourir dans une plus grande.

"Ils ont peur des mots, disait-elle pour expliquer le comportement oppressif du gouvernement, ils ont peur de leur propre peuple". J'avais conscience du pouvoir des mots, mais pas de la même façon qu'aujourd'hui, et certainement pas comme elle. Il lui avait été interdit de quitter la Syrie, parce que le gouvernement avait peur de ceux qui luttaient pour la justice, de ceux qui avaient recours aux mots pour révéler au monde à quels caprices le peuple syrien était livré. Les gens étaient punis pour oser montrer leur intelligence, pour oser s'exprimer.

Je suis née et j'ai grandi au Canada, un pays qui se dit fièrement "libre". Jamais je n'ai eu à craindre de m'exprimer; de fait, je l'ai fait ouvertement à toutes les occasions possibles, que ce soit par la chanson ou le discours. Jamais je n'ai eu à craindre d'être illégalement incarcérée ou battue. On m'a appris que la police était tenue de respecter la loi, une loi destinée à me protéger, et que ses agents eux-mêmes n'hésiteraient pas à risquer leur vie pour me protéger. Ma tante ne connaissait pas cela. Elle n'avait pas le droit de s'exprimer, ce qui ne l'empêchait pas de se battre chaque jour pour ce droit. Et les autorités n'avaient pas pour but de la protéger, mais bien de l'opprimer, de la réduire au silence. Déterminée à révéler au grand jour les injustices dont elle était témoin, elle devait pour cela faire preuve de prudence. Sa vie était constamment en danger - même ses chats adorés ont parfois été la cible d'attaques - mais elle ne s'est jamais découragée. Au contraire, sa détermination s'en est trouvée renforcée. Elle s'est battue plus farouchement; elle a dévoilé encore plus de récits d'injustice. Et même si un grand nombre de ces récits ont dû être publiés sous le couvert de l'anonymat, sa voix a commencé à porter et sa cause a recueilli davantage de soutien.

Il me paraissait inconcevable que nos vies puissent être si différentes. Il me paraît toujours inconcevable aujourd'hui qu'autant de droits de l'homme fondamentaux soient violés chaque jour de par le monde.

À l'époque déjà, je la considérais comme une héroïne. Puis, quand la révolution a éclaté en 2011, j'ai vu son cœur, son courage et sa force grandir encore. Mon admiration pour elle a alors atteint des proportions que je croyais impossibles. De cette femme que j'avais connue toute ma vie mais avec qui je n'interagissais principalement que par téléphone et sur internet, j'ai appris ce qu'était vraiment l'espoir. Ma tante, qui m'a encouragée à réaliser mes rêves, quels que soient les obstacles que je devrais surmonter. Une femme, avec qui je partage l'amour de la musique, des chats et de la justice. Une personne irremplaçable, incomparable dans ma vie, mais qui en est absente depuis plus d'un an.

J'ai toujours eu conscience du danger auquel l'exposait son travail et que, quoi qu'il arrive, elle continuerait de se battre pour et avec ceux qui avaient besoin d'elle. Pourtant, jamais je n'avais imaginé une vie où je passerais chaque minute de chaque jour à me demander où elle se trouve.

Le concept de disparition forcée m'était inconnu à l'époque. Aujourd'hui, je ne le connais que trop bien.

Le 9 décembre 2013, ma tante Razan, son mari - mon oncle - Wael Hamada, et deux de leurs collègues et amis, Samera Al Khalil et Nazem Al Hamadi, ont été enlevés par des lâches armés jusqu'aux dents, parce qu'ils avaient choisi de révéler au grand jour les violations des droits de l'homme commises dans leur pays. Depuis, nous n'avons aucune nouvelle d'eux.

Les oppresseurs connaissent le pouvoir des mots; c'est pourquoi ils condamnent la liberté d'expression et réduisent la population au silence. Si nous voulons un jour vivre dans un monde qui accorde à chaque personne la dignité et la liberté qu'elle mérite, nous devons briser le silence, nous devons vaincre nos peurs. Après tout, ce sont le silence et la peur qui encouragent la tyrannie. Ce n'est pas par la violence que les opprimés regagneront le pouvoir, mais par la résistance pacifique et le recours aux mots.

Ainsi que Razan le disait souvent, "nous voulons la justice, sans haine et sans vengeance".

#FreeRazan

© Razan Zaitouneh

Le 9 décembre 2013, la militante syrienne des droits de l'homme Razan Zaitouneh a été enlevée à son domicile à Douma, près de Damas. Cette journaliste et juriste spécialiste des droits de l'homme fait partie des militants civils qui ont joué un rôle de premier plan dans la révolution syrienne. Un an après son enlèvement, elle est toujours portée disparue. Le réseau du prix Sakharov ainsi que le Parlement européen et les anciens lauréats du prix Sakharov appellent à sa libération. #FreeRazan #Sakharov

Les violations des droits de l’homme sont une injustice. Peu importe où elles se produisent.

Lauréat 2014

© Courtesy of Stichting Vluchteling

Denis Mukwege est un médecin congolais qui consacre sa vie à réparer le corps et à reconstruire la vie de dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles congolaises victimes de viols collectifs et de violences sexuelles lors du conflit qui fait rage en République démocratique du Congo. Denis Mukwege est un expert mondialement reconnu dans le domaine du traitement des troubles pathologiques et psycho-sociaux résultant de violences sexuelles.

Comment le lauréat est-il choisi?

Chaque année, au mois de septembre, les députés au Parlement européen peuvent nommer des candidats au prix Sakharov. Chaque candidat doit recueillir le soutien d'au moins 40 députés et chaque député ne peut soutenir qu'un seul candidat. Les nominations ayant recueilli des signatures, accompagnées des pièces justificatives, sont ensuite évaluées lors d'une réunion conjointe de la commission des affaires étrangères et de la commission du développement. Une liste de trois finalistes est alors dressée et soumise à la Conférence des présidents pour un vote final. Le lauréat est habituellement annoncé en octobre.

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