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Procédure : 2006/2038(INI)
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Cycle relatif au document : A6-0308/2006

Textes déposés :

A6-0308/2006

Débats :

PV 25/10/2006 - 18
CRE 25/10/2006 - 18

Votes :

PV 26/10/2006 - 6.14
CRE 26/10/2006 - 6.14
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Textes adoptés :

P6_TA(2006)0463

Textes adoptés
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Jeudi 26 octobre 2006 - Strasbourg Edition définitive
Détachement des travailleurs
P6_TA(2006)0463A6-0308/2006

Résolution du Parlement européen sur l'application de la directive 96/71/CE concernant le détachement de travailleurs (2006/2038(INI))

Le Parlement européen ,

—  vu la directive 96/71/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 1996 concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de services(1) ,

—  vu la communication de la Commission portant sur la mise en œuvre de la directive 96/71/CE dans les États membres (COM(2003)0458),

—  vu la communication de la Commission intitulée "Orientations concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de services" (COM(2006)0159) ("orientations"),

—  vu le rapport des services de la Commission sur la mise en œuvre de la directive 96/71/CE concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de services (SEC(2006)0439),

—  vu sa résolution du 15 janvier 2004 sur la mise en œuvre de la directive 96/71/CE dans les États membres(2) ,

—  vu les articles 27 et 34 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

—  vu la convention C-143 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires),

—  vu la décision-cadre 2005/214/JAI du Conseil du 24 février 2005 concernant l'application du principe de reconnaissance mutuelle aux sanctions pécuniaires(3) ,

—  vu les arrêts de la Cour de justice des Communautés européennes du 9 août 1994 dans l'affaire C-43/93, Vander Elst (4) , du 23 novembre 1999 dans les affaires jointes C-369/96 et C-376/96, Arblade (5) , du 25 octobre 2001 dans les affaires jointes C-49/98, C-50/98, C-52/98, C-54/98, C-68/98 et C-71/98, Finalarte (6) , du 7 février 2002 dans l'affaire C-279/00, Commission/Italie (7) , du 12 octobre 2004 dans l'affaire C-60/03, Wolff & Müller GmbH (8) , du 21 octobre 2004 dans l'affaire C-445/03, Commission/Luxembourg (9) , et du 19 janvier 2006 dans l'affaire C-244/04, Commission/Allemagne (10) ,

—  vu la directive 91/533/CEE du Conseil du 14 octobre 1991 relative à l'obligation de l'employeur d'informer le travailleur des conditions applicables au contrat ou à la relation de travail(11) ,

—  vu l'article 45 de son règlement,

—  vu le rapport de la commission de l'emploi et des affaires sociales et l'avis de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (A6-0308/2006),

A.  considérant que la directive sur le détachement de travailleurs poursuit deux objectifs d'importance, à savoir garantir la libre circulation des personnes et des services et faire en sorte que les travailleurs détachés se voient appliquer les conditions de travail et d'emploi de l'État membre d'accueil, en ce qui concerne le salaire minimal et les conditions de travail, de santé et de sécurité, conformément à l'article 3 de ladite directive; considérant que c'est un outil important pour assurer un traitement équitable,

B.  considérant que les conditions de travail et d'emploi énoncées à l'article 3 de la directive sur le détachement de travailleurs ne doivent être considérées que comme des normes minimales; considérant d'ailleurs que le paragraphe 7 dudit article précise que les conditions énoncées aux paragraphes 1 à 6 ne font pas obstacle à l'application de conditions d'emploi et de travail plus favorables pour les travailleurs,

C.  considérant qu'aux termes de l'article 2, paragraphe 2, de la directive sur le détachement de travailleurs, il appartient au pays d'accueil de définir la notion de travailleur; observant que le rapport susmentionné des services de la Commission confirme que l'emploi occupé de fait dans le pays d'accueil est déterminant à cet égard,

D.  rappelant que, par la position adoptée le 16 février 2006(12) , il a supprimé les articles 24 et 25 de la proposition de directive relative aux services dans le marché intérieur,

E.  considérant, dans l'affaire Wolff & Müller , que la Cour de justice considère comme justifiées les mesures prises par le pays d'accueil pour prévenir la concurrence déloyale et garantir que les travailleurs détachés bénéficient des normes minimales visées à l'article 3 de la directive sur le détachement de travailleurs, et que les mesures de protection appropriées sont justifiées, même si elles restreignent la liberté de prestation de services,

F.  considérant, dans le même arrêt, que la Cour estime qu'il n'existe pas forcément d'opposition entre, d'une part, la liberté de prestation de services et le maintien d'une concurrence équitable et, d'autre part, la défense des travailleurs,

G.  considérant que le principe d'égalité de traitement consacré par la directive sur le détachement de travailleurs a un double effet: d'une part, il permet l'égalité de traitement des entreprises dans le cadre de la liberté des services; d'autre part, conformément à l'article 3, il permet l'égalité de traitement des travailleurs détachés en ce qui concerne les prescriptions minimales, applicables in situ , concernant les conditions de travail et d'emploi,

H.  considérant que les orientations proposées par la Commission invitent à prendre des mesures destinées à empêcher que les normes minimales de protection et les droits des travailleurs ne soient tournés au détriment des travailleurs détachés,

I.  considérant que le très petit nombre de plaintes reçues par la Commission concernant la mise en œuvre de la directive sur le détachement de travailleurs, et le nombre limité de procédures en infraction engagées par la Commission, montrent bien que les personnes ignorent les droits que leur confère la directive et que celle-ci n'atteint donc pas ses objectifs,

J.  considérant que les partenaires sociaux peuvent jouer un rôle essentiel pour la mise en œuvre réussie de la directive sur le détachement de travailleurs et que, de ce fait, le renforcement global des partenaires sociaux et une coopération transnationale accrue contribuent fortement à la réalisation souhaitée du principe d'égalité; reconnaissant toutefois que dans de nombreux pays, la plupart des travailleurs ne sont pas syndiqués et que ce sont souvent ces travailleurs-là qui sont le moins informés de leurs droits et obligations,

K.  estimant opportun que dans les États membres où la directive est mise en œuvre par voie de conventions collectives, les partenaires sociaux puissent directement accéder à l'information sur les entreprises détachées afin d'être en mesure d'exercer le contrôle qui, dans d'autres États membres, est dévolu aux pouvoirs publics qui ont de ce fait accès aux informations d'entreprises,

L.  considérant que là où des conventions bilatérales ou trilatérales entre États membres, ou entre partenaires sociaux, ont reconnu mutuellement les normes et conditions nationales de protection du travail, le contournement des normes nationales a pu être prévenu avec succès, amélioration obtenue également grâce à la coopération entre les bureaux de liaison et l'échange d'informations entre les syndicats,

M.  considérant que la directive sur le détachement de travailleurs reste nécessaire afin d'apporter une sécurité juridique aux travailleurs détachés et aux entreprises concernées et qu'une position active de la Commission est nécessaire pour rendre plus efficace et efficiente la coopération entre les États membres, leurs bureaux de liaison et les inspectorats du travail, notamment afin de combattre la concurrence déloyale et le dumping social,

N.  considérant que les Quinze se sont engagés, dans une clause préférentielle du traité d'adhésion, à ne pas traiter les ressortissants des dix nouveaux États membres, dans le cadre de la libre circulation, plus mal que les ressortissants de pays tiers; observant que cela n'est possible que si le séjour de ressortissants de pays tiers est connu des autorités compétentes; considérant les États membres d'accueil ne doivent pas imposer des conditions supplémentaires aux travailleurs détachés de pays tiers s'ils ont été employés légalement par un fournisseur de services établi dans un État membre,

1.  note que, dans ses orientations, la Commission reconnaît le rôle social de la directive sur le détachement de travailleurs, ainsi que la pleine responsabilité du pays d'accueil en ce qui concerne la réalisation de cet objectif, en garantissant protection et droits à tous les travailleurs salariés temporairement détachés à l'étranger; observe que la Commission invite les États membres à assumer leur responsabilité, tout en garantissant le droit des entreprises à fournir des services transfrontaliers conformément à l'article 49 du traité CE;

2.  souligne que les difficultés que soulève l'application de la directive sur le détachement de travailleurs sont liées en partie à son défaut de transposition par tous les États membres et invite la Commission à le tenir informé de l'avancement des procédures d'infraction contre les États membres en défaut; attire aussi l'attention sur le fait que les difficultés de mise en œuvre de la directive sur le détachement de travailleurs résultent de différences d'interprétation de certains concepts clés, tels que travailleur, salaire minimum ou sous-traitance, ainsi que de la difficulté d'accéder aux informations, tant pour les travailleurs que pour les petites entreprises, et de la difficulté de procéder au contrôle du respect de la directive;

3.  note que les orientations de la Commission visent à une meilleure application de la directive sur le détachement de travailleurs, en vue de réduire les barrières existantes qui, dans les États membres, font obstacle à un détachement efficace de travailleurs; constate néanmoins que, dans son interprétation juridique, la Commission va dans certains cas au-delà de ce qu'établit la jurisprudence de la Cour; observe que, dans les conclusions de ses orientations, la Commission admet la nécessité de mieux définir les mesures d'inspection et d'améliorer l'accès à l'information; espère toutefois que seront adoptées les mesures correctives à caractère contraignant propres à faire appliquer la directive;

4.  invite la Commission à présenter une proposition de directive relative aux conditions requises en ce qui concerne les équipages des navires assurant des services réguliers de passagers et de transport par transbordeur entre les États membres;

5.  observe qu'une des principales difficultés pratiques pour une mise en œuvre réussie de la directive sur le détachement de travailleurs est la question du double emploi; estime qu'une meilleure coordination entre États membres et des procédures de notification renforcées sont indispensables pour y remédier;

6.  prend acte que, selon les orientations de la Commission, en pratique la directive sur le détachement de travailleurs n'est pas mise en œuvre dans certains États membres et demande à la Commission de prendre les mesures appropriées à ce sujet;

Relations de travail et définition du "travailleur"

7.  rejoint l'analyse, dans les orientations de la Commission, selon laquelle la directive sur le détachement de travailleurs n'est pas le cadre approprié pour régler les problèmes liés à la situation juridique des travailleurs indépendants; conclut, au vu des rapports d'exécution, qu'une indépendance factice est la stratégie la plus couramment employée par les entreprises pour tourner les normes prévues à l'article 3, paragraphe 1er , de ladite directive;

8.  demande, au vu des résultats de l'étude Perulli intitulée "Travail économiquement dépendant / parasubordination: les aspects juridiques, sociaux et économiques", que les États membres adaptent leurs définitions de "travailleurs" de manière à pouvoir faire une claire distinction de statut entre les "entrepreneurs", d'une part, qui traitent d'affaires économiquement indépendantes en travaillant pour plusieurs entreprises mutuellement indépendantes, et les "travailleurs", d'autre part, qui travaillent dans une dépendance de fait, aussi bien organisationnelle qu'économique, sous surveillance et contre rémunération;

9.  note qu'à plusieurs reprises, la Cour a formulé des critères précis qui permettent de faire une distinction entre "travailleurs" et "indépendants"; estime qu'en tenant compte de la compétence des États membres pour déterminer le statut au regard du droit du travail, la Commission doit veiller à ce que cette distinction s'opère dans le respect des lignes directrices fixées par la Cour; demande à la Commission d'engager d'urgence des négociations avec les États membres, dans le but d'instaurer des critères transparents et cohérents pour la détermination du statut des "travailleurs" et des "indépendants" au regard du droit du travail;

10.  souligne qu'administrer la preuve qu'un faux indépendant est un salarié de fait est actuellement une procédure difficile et fastidieuse, et qu'il est possible, au moment où la preuve peut enfin être apportée, que le travailleur détaché ait achevé sa tâche et qu'il soit retourné dans son pays;

11.  demande à ce que soit favorisé les échanges entres les services de l'inspection du travail des États membres afin de pouvoir mener conjointement la traque aux faux indépendants, notamment par l'échange d'informations;

12.  constate que la jurisprudence existante reconnaît le droit de l'État membre d'accueil d'exiger les documents nécessaires pour pouvoir vérifier le respect des conditions d'emploi établies dans la directive sur le détachement de travailleurs; est d'avis que ces documents ne devraient pas être limités aux seuls relevés des heures de travail ou documents relatifs aux conditions de santé et de sécurité sur le lieu du travail, pourvu que ces exigences restent proportionnées; observe d'ailleurs que l'État membre ou l'entreprise opère normalement (l'État d'envoi) est tenu de fournir à l'État d'accueil le formulaire E 101, prouvant l'affiliation du travailleur détaché au régime de sécurité sociale de l'État d'envoi;

13.  note que des différences dans les conditions d'emploi peuvent se produire dans les États membres n'ayant pas introduit de dispositions conformes à l'article 3, paragraphe 9, de la directive sur le détachement de travailleurs afin de garantir que les travailleurs mis à disposition par une agence de travail intérimaire bénéficient des conditions applicables aux travailleurs intérimaires de l'État membre où le travail est effectué; engage les États membres concernés à prendre des mesures pour mettre fin à cette discrimination;

Garantie des conditions de travail et d'emploi (article 3 de la directive sur le détachement de travailleurs)

14.  répète que la directive sur le détachement de travailleurs prévoit les règles impératives minimales de protection de travail et d'emploi applicable aux travailleurs détachés sur leur territoire et qu' elle ne fait pas obstacle à l'imposition par les États membres des conditions de travail et d'emploi fixées dans des conventions collectives déclarées d'application générale ainsi qu' a l'imposition d'autres conditions de travail et d'emploi dans la mesure où il s'agit de dispositions d'ordre public; s'oppose à une interprétation limitative de la notion de "dispositions d'ordre public" par la Commission, consistant notamment à intégrer sous forme de règlement les dispositions de la Convention sur la loi applicable aux obligations contractuelles ouverte à la signature à Rome le 19 juin 1980 (COM(2005)0650);

15.  constate, dans nombre d'États membres, que les syndicats ont un rôle en tant que partenaires dans les négociations collectives; prend acte que dans une procédure devant la Cour de justice(13) , la Commission a déclaré que la forme particulière des conventions collectives suédoises était conforme au traité CE et à la directive sur le détachement de travailleurs;

16.  considère qu'il est nécessaire, pour assurer la bonne application de la directive sur le détachement de travailleurs, que soit disponible une personne pouvant agir en qualité de représentant de l'entreprise ayant détaché les travailleurs afin de pouvoir mettre en œuvreles dispositions et conditions de la directive sur le détachement de travailleurs;

17.  constate que, dans les cas où il n'existe pas de conventions collectives spécifiques, au sens de l'article 3, paragraphe 8, de la directive sur le détachement de travailleurs, ce sont les conditions de travail et d'emploi – notamment l'obligation de versement d'un salaire minimal – fixées par les dispositions législatives nationales qui sont en vigueur;

18.  note que toutes les mesures par lesquelles les travailleurs sont informés de leurs droits, notamment des salaires auxquels ils ont droit, contribuent à la bonne application de la directive sur le détachement de travailleurs; estime que l'information sur les droits et habilitations prévus par ladite directive, ainsi que la sensibilisation à ces droits et habilitations, doivent être améliorées d'urgence pour toutes les parties concernées; se félicite en conséquence de l'initiative de la Commission de consacrer au détachement de travailleurs un site internet qui propose des liens directs avec les législations nationales en la matière; insiste sur le fait que l'information doit être fournie dans des langues appropriées;

19.  est convaincu qu'une mise en œuvre efficace de la directive sur le détachement de travailleurs ne sera pas obtenue par une bureaucratie étendue, mais au contraire par l'amélioration de l'information et des procédures simples, de façon à ce que les gens apprennent à connaître leurs droits; invite par conséquent l'institut européen pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) de Dublin à définir des orientations de "meilleures pratiques" pour la préparation de l'information destinée aux travailleurs et aux employeurs;

20.  souligne qu'il importe de maintenir le droit, pour l'État membre d'accueil, de fixer le salaire minimal, conformément à l'article 3, paragraphe 1er , de la directive sur le détachement de travailleurs; invite néanmoins les États membres où les salaires minimaux sont fixés par convention collective à faciliter l'accès à l'information sur le niveau des salaires minimaux versés par les entreprises qui souhaitent s'établir dans un autre État membre;

21.  déplore la collaboration déficiente entre les différentes instances, tant au niveau européen que national, avec les partenaires sociaux sectoriels qui jouent un rôle très important; espère que la Commission stimulera la collaboration entre les bureaux de liaison nationaux et les partenaires sociaux sectoriels concernés; estime qu'à l'échelle européenne une collaboration s'impose sur le plan du contenu entre les services de la Commission, y compris le groupe d'experts et les partenaires sociaux sectoriels;

22.  demande que des mesures efficaces soient prises pour protéger les travailleurs qui font état de violations de leurs droits sur leur lieu de travail;

23.  constate que dans certains États membres, la cotisation aux caisses de congé en vertu de conventions collectives à portée générale apporte une protection supplémentaire aux travailleurs détachés et que le versement direct aux travailleurs est proportionné selon l'arrêt de la Cour dans l'affaire Finalarte , ce qui signifie que les entreprises détachant des travailleurs peuvent être obligées de cotiser à des caisses de congé, qui doivent également être ouvertes aux travailleurs détachés, afin que ceux-ci en bénéficient également; juge indispensable que les travailleurs détachés soient informés de façon approfondie de la réglementation concernant ces caisses de congé,

24.  prend acte du développement d'instruments d'information comportant, de la part des partenaires sociaux dans certains secteurs d'activité, des explications quant aux conditions applicables aux travailleurs détachés; invite les États membres à promouvoir la collecte de ces informations dans d'autres domaines de l'activité économique de façon à faciliter, pour les travailleurs et les employés, l'accès à cette information vitale et renforcer le respect des dispositions de la directive sur le détachement de travailleurs;

25.  souligne que les fiches analytiques par pays, qui enrichiront le contenu des orientations de la Commission, sont actuellement élaborées par des experts; recommande que les orientations de la Commission tiennent pleinement compte de ces contributions afin de combler le fossé de l'information;

26.  estime que les pouvoirs publics ont une responsabilité claire et doivent apporter une contribution précieuse à la lutte contre la concurrence déloyale en n'attribuant de contrats qu'aux entreprises qui respectent toutes les dispositions en vigueur dans le pays d'accueil concernant l'article 3 de la directive sur le détachement de travailleurs; rappelle à cet égard l'article 55 de la directive relative à la passation des marchés(14) , selon lequel les entités adjudicatrices peuvent demander des informations sur la protection du travail et les conditions d'emploi lorsque les offres sont anormalement basses par rapport aux prestations;

27.  estime que les entreprises qui détachent des travailleurs ainsi que les entreprises générales, lorsque des contrats sont confiés à des sous-traitants détachés, doivent être considérées comme conjointement responsables des conditions de vie des travailleurs détachés dans le pays d'accueil afin de s'assurer que celles-ci soient décentes;

28.  se réfère à l'arrêt de la Cour dans l'affaire Wolff & Müller qui énonce que le système légal de responsabilité générale de l'entrepreneur contribue à la protection du travailleur et constitue de ce fait un élément obligatoire de l'intérêt général; invite les États membres qui ne possèdent pas encore une législation nationale en ce sens, à combler rapidement cette lacune; invite la Commission à proposer un cadre législatif européen régissant la responsabilité conjointe et solidaire pour les entreprises générales ou principales afin de s'attaquer aux abus en matière de sous-traitance transfrontalière et d'instaurer pour toutes les entreprises un marché intérieur transparent et concurrentiel;

Garantir un contrôle efficace

29.  constate que, selon la jurisprudence existante, les autorités nationales peuvent prendre des mesures appropriées pour assurer le contrôle du respect des exigences minimales fixées à l'article 3 de la directive sur le détachement de travailleurs; soutient la conclusion de la Commission selon laquelle l'État membre d'accueil doit pouvoir exiger une déclaration préalable de la part du prestataire de services afin de lui permettre de vérifier le respect des conditions d'emploi;

30.  est d'avis qu'une approche commune du contrôle du respect de la règlementation présente , sur le plan administratif, d'importants avantages par rapport à des contacts bilatéraux entre États membres; invite de ce fait la Commission à coordonner les efforts des États membres pour contrôler le respect, par l'État membre d'accueil, des dispositions de la directive;

31.  estime que les mesures prévues par l'article 5 de la directive sur le détachement de travailleurs ne seront efficaces que si les sanctions sont effectives; souligne que cela suppose que les décisions de sanctions pécuniaires puissent être signifiées à un représentant de l'entreprise, habilité par le droit national: en effet, dans le cadre de la reconnaissance mutuelle des sanctions pécuniaires, celles-ci ne peuvent être suivies que si la procédure pénale a été régulièrement engagée dans le pays d'accueil;

32.  note l'observation de la Commission concernant l'inefficacité des bureaux de liaison nationaux; prend acte que l'objectif de rendre les bureaux de liaison nationaux opérationnels est une des priorités fondamentales de la Commission et des États membres; note aussi que le fonctionnement des bureaux de liaison nationaux est une responsabilité partagée de la Commission et des États membres;

33.  soutient fermement l'appel de la Commission invitant les États membres à prendre les mesures nécessaires pour doter leurs bureaux de liaison et les autorités de contrôle d'équipements et de ressources nécessaires afin de pouvoir répondre de manière efficace aux demandes d'information et de coopération; demande aux États membres de renforcer la coopération transfrontalière entre les autorités de contrôle et invite la Commission à soutenir activement cette coopération par l'amélioration de l'information disponible sur son site web et la création obligatoire d'un point de contact avec les partenaires sociaux du pays d'accueil à l'intention des travailleurs qui y sont détachés, puis celle d'une structure européenne permanente de coopération transfrontalière;

34.  note que la Commission adoptera, dans les 12 mois suivant leur adoption, un rapport décrivant la situation dans chaque État membre pour ce qui est de l'ensemble des aspects mentionnés dans ses orientations afin d'évaluer les progrès réalisés sur ces questions; insiste pour que ce rapport traite également des efforts entrepris pour résoudre les problèmes juridiques visés dans le rapport des services de la Commission sur la mise en œuvre de la directive sur le détachement de travailleurs; demande à être dûment consulté sur ce rapport, de façon à décider s'il convient ou non de réviser ladite directive;

35.  invite la Commission à présenter tous les deux ans au Parlement et au Conseil des données précises sur la transposition en droit national de la directive sur le détachement de travailleurs, en mettant l'accent sur les cas de violations de ses dispositions;

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o   o

36.  charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission ainsi qu'aux gouvernements des États membres et au Comité économique et social européen.

(1) JO L 18 du 21.1.1997, p.1.
(2) JO C 92 E du 16.4.2004, p. 404.
(3) JO L 76 du 22.3.2005, p.16.
(4) Recueil 1994, p. I-3803.
(5) Recueil 1999, p. I-8453.
(6) Recueil 2001, p. I-7831.
(7) Recueil 2002, p. I-1425.
(8) Recueil 2004, p. I-9553.
(9) Recueil 2004, p. I-10191.
(10) Recueil 2006, p. I-885.
(11) JO L 288 du 18.10.1991, p. 32.
(12) Textes adoptés de cette date, P6_TA(2006)0061.
(13) Affaire C-341/05, Laval, pendante.
(14) Directive 2004/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 31 mars 2004 relative à la coordination des procédures de passation des marchés publics de travaux, de fournitures et de services (JO L 134 du 30.4.2004, p. 114).

Dernière mise à jour: 15 mai 2007Avis juridique