M. Trichet a informé les membres de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen que l’évolution du prix du pétrole incite la BCE à revoir à la hausse sa prévision de taux d’inflation annuelle dans la zone euro, qu’elle estime maintenant entre 2,10 % et 2,30 % en 2005 et 1,40 % et 2,4 % en 2006.
Selon lui, le risque principal d’un dérapage de l’inflation tient aux « effets secondaires d’une politique de fixation des prix et des salaires qu’une hausse continue du prix du pétrole pourrait amener. »
La présidente de la commission parlementaire, Pervenche Berès (France, PSE), a suggéré qu’en raison de l’impact de la hausse du prix du pétrole sur l’économie des pays de l’Union, il serait souhaitable de formuler une réponse coordonnée plutôt que de voir chaque État membre « mettre en place une politique individuelle et se battre dans son coin. » Il appartient aux ministres de l’Union de prendre une telle décision, dit M. Trichet. Et d'ajouter que la réduction de la taxe sur les produits pétroliers n’est pas la meilleure solution. Il lui paraît important en effet que soient évitées les erreurs commises après le premier choc pétrolier au début des années soixante-dix. « Ne faites pas porter le fardeau de la hausse du coût du pétrole au seul secteur de la production, vous affaibliriez l’économie de l’Union pour de nombreuses années. », a-t-il prévenu.
Entrée dans la zone euro
M. Trichet a fait part en outre de son inquiétude face au niveau du déficit budgétaire de certains États membres, notamment en raison « des délais relativement généreux » qui leur furent accordés pour ramener leur déficit en-deçà de la limite de 3 % prévue par le droit européen.
Un certain nombre de députés se sont inquiété de l’entrée des nouveaux membres dans la zone euro. Ils ont tous l’obligation d’adopter la monnaie unique dès lors qu’ils satisfont aux critères économiques prévus par l’accord de Maastricht en matière de dette publique et de déficit budgétaire, d’inflation, de taux d’intérêt et de stabilité de la monnaie pendant deux ans. Certains pays souhaitent entrer dans la zone euro en 2007, d’autres en 2010, d’autres plus tard encore sans qu’une date ait été fixée. À la question d’Alexander Radwan (PPE-DE, Allemagne) concernant le degré de préparation des nouveaux États membres et la procédure d’admission, M. Trichet a répondu que toutes les règles et tous les critères seront « rigoureusement appliqués et observés » et appelé tous les pays, y compris ceux qui sont déjà dans la zone euro, à faire de même. Dariusz Rosati (Pologne, PSE) a lui fait part de ses inquiétudes quant au risque de problèmes monétaires que pourraient engendrer, dans les nouveaux États membres, les efforts de réduction, au niveau prévu par les critères de la zone euro, d’une inflation généralement plus élevée. Selon M. Trichet, ces effets pourraient être facilement absorbés.
Les taux d’intérêt de la zone euro devraient rester stables.
A la question de M. Rosati sur les taux d’intérêts, M. Trichet a répondu qu’il ne « préparait le marché ni à une augmentation ni à une diminution des taux, mais qu’il fallait rester vigilant. » Il a ajouté qu’eu égard à la conjoncture, « les taux actuels étaient à un niveau approprié ». Il lui paraît important de maintenir la stabilité des prix, « condition nécessaire à la croissance. »
Tribut à la mémoire de Wim Duisenberg.
La commission parlementaire a souhaité rendre hommage à la mémoire de Wim Duisenberg, le premier président de la BCE, décédé cet été. Mme Berés fit observer une minute de silence et rendit hommage au « rôle central joué par M. Duisenberg pour asseoir la crédibilité de la BCE […] et mettre en place son contrôle démocratique. »