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L’argent de la reconstruction post-tsunami a-t-il été bien dépensé ?
Aide humanitaire - 08-06-2007 - 13:36
A gauche : peu après la vague, à droite : un après.  ©BELGA/AFP/Prakash Singh

Reconstruction d'une ligne de chemin de fer après le tsunami, en Indonésie

Le 26 décembre 2004, une vague géante a déferlé sur 12 pays asiatiques, coûtant la vie à plus de 200 000 personnes et dévastant des milliers de villages côtiers. Le tsunami a ému l’opinion publique internationale, qui s’est massivement mobilisée pour financer la reconstruction. Trois ans après, le Parlement est revenu sur la manière dont les fonds ont été dépensés au Sri Lanka et en Indonésie, avec les ONG et les représentants des gouvernements concernés.

Le député européen Nirj Deva était au Sri Lanka lorsque le tsunami a heurté ses côtes : ouvrant l’audition organisée par la Commission du développement, le 5 juin dernier, il a évoqué cette vague qui a laissé une « marque indélébile » dans sa conscience.
 
Sri Lanka : des systèmes d’alertes anti-tsunami sont en place
 
Le bilan du tsunami pour le seul Sri Lanka démontre l’ampleur de la catastrophe : 35 000 tués, 100 000 maisons détruites et 400 000 personnes qui ont perdu leur outil de travail, et donc de subsistance.
 
Présent lors de l’audition, le représentant de l’agence pour la reconstruction sri-lankaise, Jayantha Samarasinghe, a présenté les efforts déjà réalisés dans son pays. Il a expliqué que 134 des 183 écoles endommagées par la vague ont été rouvertes, 75% du secteur de la pêche rétabli, et 50 tours d’alerte anti-tsunami ont été installées par le gouvernement hollandais sur les côtes sri-lankaises en 2007.
 
Répondant à une question de Margrete Auken (Verts/ALE) sur d’éventuelles discriminations de castes dans la répartition de l’aide, Jayantha Samarasinghe a assuré que « tout le monde a aidé tout le monde ». Le socialiste néerlandais Max van den Berg a acquiescé, affirmant avoir vu les efforts de reconstruction en Inde, et avoir été « très impressionné » par la façon dont autorités nationales et société civile avaient travaillé ensemble.
 
Certains ont été beaucoup plus critiques, comme le britannique Robert Atkins : selon lui, la reconstruction au Sri Lanka a été « un cauchemar bureaucratique ».
 
Indonésie : quand le tsunami favorise le processus de paix
 
Les 2/3 de l’aide de l’Union Européenne ont servi à la reconstruction en Indonésie. L’ambassadeur indonésien Nadjob Kesoema Riphat a souligné qu’à la fin 2006, 623 écoles avaient été reconstruites (sur 2000 détruites par la vague), un système d’alerte avait été installé et les côtes protégées.
 
Paradoxalement, l’ambassadeur a affirmé que le tsunami avait contribué au processus de paix dans le pays, amenant les autorités et les rebelles à Aceh à négocier.
 
Organisations Non Gouvernementales : appel à un rôle renforcé des Nations Unies
 
Presque 8,9 milliards d’euros ont été attribués aux pays touchés par le tsunami, l’aide provenant de l’Union Européenne, des Nations Unies, des gouvernements et des citoyens sensibilisés. Mais comment cette énorme somme d’argent a-t-elle été dépensée ? Les fonds sont-ils bien parvenus à destination ?
 
Hans van den Hoogen, représentant du Fonds de Gestion du Tsunami pour Oxfam International, a expliqué lors de l’audition que pour allouer efficacement les fonds, trois éléments étaient fondamentaux :
  • la présence d’organisations locales ;
  • une responsabilisation des gestionnaires de fonds vis-à-vis des donateurs
  • la flexibilité dans la répartition et la planification de l’aide.
Le représentant d’Action contre la Faim, François Danel, a renchérit, appelant à ce que l’ONU coordonne l’attribution de l’aide. Selon lui, il faut également prendre garde au fait que les populations peuvent devenir dépendantes de cette aide.
 
Pour le député Anders Wijkman du PPE-DE, les ONG devraient répondre à des standards très stricts dans leur gestion de l’aide : « Pour parler crûment : les victimes ont le droit d’être protégées de l’incompétence ! ».
 
Concluant l’audition, Nirj Deva a lancé : « Sommes nous pleinement satisfaits de tout ce qui s’est passé ? Peut-être pas, mais de manière générale, on peut dire que l’argent a été bien dépensé ».
 
Une deuxième audition sur les droits de l’homme au Sri Lanka
 
Le conflit vieux de 35 ans entre le gouvernement de la capitale sri-lankaise, Colombo, et les Tigres tamouls, a retardé l’attribution de l’aide après le tsunami. Un débat qui a poussé les députés européens à débattre, dans une seconde audition, des droits de l’homme au Sri Lanka. Le conflit a déjà causé la mort de 60 000 personnes et des accusations de graves violations des droits de l’homme ont été portées contre chacun des deux camps.
 
Le député européen Geoffrey Van Orden a affirmé que « la première cible des Tigres Tamouls, ce sont les tamouls eux-mêmes ». Il a appelé le gouvernement sri-lankais à poursuivre en justice les auteurs de l’assassinat de 17 volontaires humanitaires d’Action contre la faim, en août 2006. Un meurtre dont François Danel, d’Action contre la Faim (ACF), a ensuite parlé avec beaucoup d’émotion.
 
Max van den Berg a rappelé que « la logique de détruire son ennemi ne conduit à rien », citant en exemple l’Irlande du Nord et l’Espagne. Parallèle repris par le britannique Robert Evans, affirmant qu’ « une solution militaire était impossible ».
 
« En 1956, le Sri Lanka avait le plus haut revenu par habitant de toute l’Asie, à part le Japon », a rappelé le député Nirj Deva. « Pourquoi les Tigres tamouls ne peuvent-ils pas revenir à la table des négociations et discuter de la paix ? Le gouvernement ne peut pas se parler à lui-même ! », a-t-il demandé.
 
L’ambassadrice sri-lankaise en Autriche, Aruni Wijewardane, a répondu aux députés et ONG, en affirmant que les Tigres tamouls eux-mêmes avaient refusé de négocier, alors que le gouvernement de Colombo était prêt à offrir un modèle d’autonomie à la région tamoule. Elle a également confirmé la volonté du gouvernement de poursuivre les auteurs de l’assassinat des volontaires d’ACF.


REF.: 20070601STO07342

En savoir plus :Résolution du Parlement européen sur le Sri Lanka (septembre 2006)
Site de la commission développement au Parlement
Coalition non-gouvernementale d'évaluation de l'aide humanitaire post-tsunami (en anglais)
Nouvelles sur le tsunami (site de l'ONU, en anglais)
Dernière mise à jour: 7 décembre 2007Avis juridique