"Vous avez pris vos fonctions dans une période riche en événements", mais "vous avez relevé les défis de la crise Géorgie et de la crise financière", a déclaré en introduction le Président du PE, Hans-Gert Pöttering. Il a remercié le Président Sarkozy pour "l'importance" qu'il a "accordée au Parlement européen", notamment en venant s'exprimer 3 fois dans l'hémicycle, en recevant les chefs des groupes politiques à l'Elysée à plusieurs reprises et en invitant des représentants de l'Assemblée pour les cérémonies du 14 juillet et du 11 novembre.
Président Nicolas Sarkozy
"Lorsque la France a commencé à exercer sa Présidence la situation en Europe était marquée par l'interruption du processus de ratification du Traité de Lisbonne" à la suite du "non" exprimé par les Irlandais lors de leur référendum. "Et on n'imaginait pas à l'époque qu'une guerre éclaterait entre la Russie et la Géorgie", "ni la violence de la crise financière à venir", a indiqué le Président français, Nicolas Sarkozy.
"La France a bâti sa Présidence autour de 2 convictions: le monde a besoin d'une Europe forte et il ne peut pas y avoir d'Europe forte si l'Europe est désunie", a-t-il déclaré. "Cette Présidence s'est déroulée au rythme d'événements internationaux qui ont bousculé nos travaux", mais "l'Europe a su rester unie" sur les grandes questions tout au long du semestre, selon Nicolas Sarkozy.
Crise géorgienne
"Quand le 8 août s'est présentée la crise géorgienne, nous avons eu une obsession: arrêter la guerre pour éviter ce qui s'est passé en Bosnie", où l'Europe avait été "absente": "nous avons négocié le cessez-le-feu du 12 août puis le retrait russe du 12 septembre", a-t-il souligné.
"Finalement la guerre a été évitée, les troupes se sont retirées et l'Europe est restée unie", ce qui "n'était pas évident", surtout pour ceux des Européens qui ont vécu "si longtemps derrière le rideau de fer" et qui ont "une sensibilité différente" à l'égard de la Russie, a déclaré le Président français. "L'Europe a répondu présent sans pour autant s'engager dans une politique agressive avec nos voisins russes". "La Russie est un grand pays mais elle doit apprendre à respecter nos valeurs", a-t-il encore ajouté.
Crise financière et plan de relance économique
Est arrivée la crise financière, qui a commencé "lorsque les Américains ont accepté la faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008", a poursuivi Nicolas Sarkozy. "Nous sommes entrés dans une crise financière inédite dans le monde" avec des conséquences différentes d'un pays à l'autre mais l'Europe a réussi à réunir ses chefs d'Etat et de gouvernement et "nous avons adopté un plan de redressement des banques européennes". "Au bout d'un mois, toute l'Europe était réunie derrière ce plan unique de soutien aux banques", tandis que les Etats-Unis ont eu besoin de "trois plans Paulson et le troisième n'est rien d'autre que l'inspiration du Plan européen Un", a-t-il relevé. Le Président français a souligné que la crise aurait pu conduire à la faillite de certains Etats membres comme la Hongrie ou du système bancaire européen "si les institutions européennes n'avaient pas pris à l'époque leurs responsabilités". "Dans la crise financière, l'Europe a été unie", c'est elle qui a été à l'initiative des grandes réunions internationales, et qui a demandé la réforme et la moralisation du système financier, a-t-il insisté.
Nicolas Sarkozy a ajouté que l'Europe avait réussi à définir une politique commune face à la crise économique qui a suivi la tempête financière. "Notre culture, notre identité économique n'est pas la même mais à l'arrivée, tout le monde a accepté un plan de relance concerté autour de 1.5% du PIB", ce qui n'était pas facile, avec 27 gouvernements pressés par diverses contraintes électorales.
Union pour la Méditerranée
Nicolas Sarkozy a souligné ensuite l'importance de l'Union pour la Méditerranée (UPM) créée à l'initiative de la France, notamment pour le règlement du conflit au Moyen-Orient. "Il n'y a pas un seul pays au monde qui soit capable de favoriser la paix entre Israéliens et Arabes, l'Europe doit jouer un rôle frontal", elle "doit cesser d'être uniquement un bailleur de fonds, elle doit avoir des convictions et exiger la paix", a-t-il déclaré, soulignant que "les Palestiniens ont droit à un Etat tout comme Israël a droit à la sécurité". Le Président français a souligné qu'un "représentant israélien sera présent au Conseil exécutif de l'UPM, c'est la première fois dans l'histoire. En échange, Israël a accepté que la Ligue arabe participe aux travaux".
Paquet énergie-climat
"La bataille fut fameuse", a commenté Nicolas Sarkozy a propos du compromis trouvé la semaine précédente sur le Paquet énergie-climat, et qui doit être soumis au vote du Parlement européen en première lecture ce mercredi, "pour les uns on demande trop à l'industrie, pour les autres pas assez". La présidence allemande avait fixé l'objectif du "triple 20" (20% d'émissions en moins, 20% d'économie d'énergies et 20% d'énergies renouvelables pour 2020), "au final l'accord respecte les objectifs que vous vous étiez donnés", a déclaré le Président français aux députés.
"Il eut été insensé, au moment où le futur président US fixe des objectifs ambitieux en matière d'environnement, que l'Europe renonce aux siens", a-t-il souligné. "Pour y arriver, il a fallu convaincre, trouver des voies de compromis", a déclaré Nicolas Sarkozy, justifiant les concessions faites aux nouveaux Etats membres comme la Pologne "dont l'industrie lourde a été sacrifiée par le passage du système communiste à économie de marché. Mais ces pays ont accepté que l'on garde comme référence l'année 2005 plutôt que l'année 1990 qui leur aurait été plus favorable", a-t-il ajouté. "J'ai voulu que le volontarisme en matière environnementale ne se fasse pas au détriment d'une politique sociale. La question était de ne pas mettre ces pays en situation d'explosion sociale pour ne pas qu'ils aient à choisir entre croissance et protection de l'environnement", a-t-il encore souligné.
Nicolas Sarkozy a indiqué avoir finalement "accepté l'unanimité" sur ce dossier, en laissant aux chefs d'Etat et de gouvernement (qui prennent les décisions de manière unanime), plutôt qu'aux ministres de l'environnement (qui décident à la majorité qualifiée) la responsabilité de trancher parce que "le choix de l'Europe en matière d'environnement ne doit pas être subi, il doit être revendiqué" et parce que cette unanimité "assurera le respect des engagements pris". "La présence vigilante d'un PE déterminé" dans le cadre de la procédure de codécision entre les députés européens et le Conseil qui prévaut sur ce dossier, "a été un puissant facteur de mobilisation des chefs d'Etat et de gouvernement sur le paquet", a-t-il ajouté.
Immigration, politique de défense et de sécurité
"Vous le Parlement européen, avez beaucoup contribué à apaiser un débat sur l'immigration", a ensuite déclaré le Président français, "nous avons maintenant les bases d'une politique commune à l'unanimité". Faisant allusion au prochain sommet de l'OTAN, Nicolas Sarkozy a souligné que "les 27 doivent désormais comprendre que la politique de défense et de sécurité de l'UE est complémentaire à celle de l'OTAN".
Réforme institutionnelle et ratification du Traité de Lisbonne
Rappelant qu'il s'était rendu à Dublin dès le début de sa Présidence et avait indiqué à l'époque que "la seule solution serait peut-être que les Irlandais revotent", Nicolas Sarkozy a justifié la décision du Sommet européen de demander un nouveau referendum en Irlande pour pouvoir poursuivre la ratification du Traité de Lisbonne. "Est-ce qu'il n'est pas respectueux de demander à un peuple de s'exprimer à nouveau?", a-t-il demandé, soulignant que 25 Etats membres l'ont ratifié et que le premier ministre tchèque Mirek Topolanek, "a dit courageusement que le Traité peut être ratifié" suite au feu vert de la Cour constitutionnelle de ce pays.
"Je sais que la décision de conserver un commissaire par Etat membre est un effort pour certains", a-t-il ajouté, "mais si on veut des institutions fortes et durables, on ne le peut que si les Irlandais disent oui", a-t-il justifié à propos de cette concession accordée à Dublin.
Le Président du Conseil européen a souligné que les changements apportés au Traité par le "protocole irlandais" ne nécessiteraient pas de nouvelle ratification par les Etats membres qui l'ont déjà fait. En revanche, ce protocole sera ajouté au traité d'adhésion de la Croatie qui pourrait être signé en 2010-2011 et qui devra être ratifié par tous les Etats membres. "Sur cette base, le gouvernement irlandais s'est engagé à consulter à nouveau ses concitoyens avant la fin de l'année 2009. Le Traité entrerait ainsi dans les faits avec une année de retard seulement" sur le schéma original, a relevé le Président Sarkozy, ajoutant : "ce ne fut pas chose facile, mais l'esprit européen, c'est avant tout un esprit de compromis".
"Vouloir construire l'Europe contre les nations serait une erreur"
"Ce fut pour la Présidence très facile, très agréable et très utile d'entretenir des contacts nombreux avec tous les groupes politiques du Parlement européen", a dit en guise de conclusion Nicolas Sarkozy. "Tous, vous avez montré à votre manière votre volonté de faire progresser l'Europe", a-t-il souligné devant les députés, ajoutant que "cela a été plus facile de travailler avec le PE qu'avec tel ou tel autre interlocuteur". Qualifiant sa relation avec le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso de "tandem", il a souligné le rôle joué par les chefs d'Etat et de gouvernement pendant la Présidence française. "L'Europe n'est pas l'ennemie des Nations", "vouloir construire Europe contre les nations serait une erreur", a-t-il déclaré.
"Cette présidence m'a beaucoup appris, j'ai beaucoup aimé ce travail et je comprends que les parlementaires européens soient passionnés par ce qu'ils font. On gagne en tolérance et en ouverture d'esprit, et on comprend mieux les positions des uns et des autres", a dit Nicolas Sarkozy. "J'ai essayé de bouger l'Europe mais l'Europe m'a changé ; chaque chef d'Etat et de gouvernement gagnerait à exercer cette responsabilité. Au-delà de ce qui nous différencie, tant de choses nous rapprochent". "L'Europe doit rester ambitieuse", a-t-il déclaré pour finir, "car il est plus facile de faire aboutir des grands projets que des petits projets": je "fais confiance à la présidence tchèque pour assurer le continuum".
Commission européenne
D'après José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, "le bilan du dernier Conseil européen restera dans l'histoire de l'Union", car rarement ont été prises autant de décisions sur des sujets aussi fondamentaux. Cela a prouvé que "l'Europe est capable du meilleur".
Sur le traité de Lisbonne, "nous avons toujours eu raison de penser qu'en prenant le temps d'écouter les préoccupations de nos amis irlandais, nous trouverions une solution", a estimé le Président Barroso.
D'après lui, l'accord sur le paquet énergie/climat (1,5% du PIB de l'Union, comme la Commission l'avait préconisé) va permettre à l'Europe "d'investir dans nos économies pour les adapter aux défis de demain, et d'investir davantage dans l'Europe sociale et l'Europe des réformes". Les Etats membres ont unanimement pris l'engagement de transformer l'Europe en une économie verte. Cette décision "historique", si elle est confirmée demain au PE, sera une "victoire de l'Europe partenaire".
La présidence française du Conseil a traversé des circonstances politiques (crise économique, guerre en Géorgie) "d'une exceptionnelle intensité". Aux yeux du Président de la Commission, elle a fait face à ces évènements "avec maestria et panache". Dans la réussite de l'Europe partenaire, "je suis fier du rôle central joué par la Commission, par sa solide préparation technique et la pertinence de ses propositions. Elle s'est révélée un levier indispensable pour transformer des inspirations politiques en des propositions concrètes", a-t-il tenu à souligner. C'est autour des propositions de la Commission du 29 octobre et du 26 novembre que les Etats membres se sont mis d'accord autour d'un plan de relance, a-t-il en outre rappelé aux députés. Et sans l'engagement politique de la présidence, il serait impossible d'aboutir à ces engagements : "Je le dis après avoir travaillé avec 9 présidents du Conseil européen", a précisé le Président de la Commission.
Il a tenu à mentionner le travail "remarquable" du Parlement, notamment sur le paquet climat. "Le compromis final porte à l'évidence la marque de cet engagement". Il a entre autres qualifié le paquet climat de "contribution aux efforts mondiaux et de pierre angulaire de notre stratégie pour Copenhague". Faisant référence au vote qui interviendra mercredi, il s'est adressé aux députés en leur déclarant : "Vous détenez la dernière clé qui va ouvrir la dernière porte qui va permettre à l'Europe du 21ème siècle de prendre son envol". Il a considéré que ce vote serait "un message très fort à nos partenaires, notamment américains". Et d'ajouter : "Nous pouvons dire à nos amis américains : yes, you can!".
"Soyons clairs", a-t-il ajouté, "il reste beaucoup à faire en faveur du climat, nous devons tourner notre attention vers Copenhague. En matière de finance, nous devons préparer le sommet du G20 à Londres. Une coopération continue et étroite entre institutions communautaires est essentielle".
Il est important que l'ambition manifestée par le Conseil soit reconnue à tous les niveaux du processus décisionnel. La proposition d'une exonération de 2 ans au titre des aides d'Etat "ne doit pas servir de prétexte pour suspendre les règles en matière de concurrence, une des réussites de l'Europe, avec l'euro, les plus importantes", a-t-il précisé. "En maintenant une Europe de partenariat, nous réussirons pour le bien de tous les Européens", a-t-il conclu.
Groupes politiques
Joseph Daul (PPE-DE, FR) a salué l'action menée par la présidence du Conseil, "qui s'est affirmée face à la Russie et a rendu possible le G20". Il s'est réjoui de voir émerger une Europe "qui prend le leadership des négociations internationales sur le climat et prend des décisions pragmatiques et rationnelles". Face à la crise financière, l'action de l'Europe "a permis d'éviter des réactions en chaîne et des milliers de pertes d'emplois en Europe". Pour le président du groupe PPE-DE, "ces derniers mois ont montré que seul notre modèle de société, l'économie sociale de marché, peut établir un bon équilibre entre les salariés et les entrepreneurs". Sur le paquet climat-énergie, l'Europe est "pionnière", avec un texte "qui concilie l'urgence du défi climatique et nos intérêts économiques et sociaux". Il a enfin formulé "un vœu pour l'année 2009 : le même engagement de la prochaine présidence".
Martin Schulz (PSE, DE) a estimé "que l'on peut faire un bilan positif de la présidence française"; jugeant le paquet climatique "un grand succès". Il a cependant relativisé le rôle de la Présidence en soulignant que la directive sur les émissions de CO2 par les automobiles, "c'est un peu de Sarkozy, mais beaucoup de Sacconi", en référence au rôle joué par le rapporteur du Parlement. Il a prévenu que les inégalités sociales en Europe sont "une bombe à retardement". Sur la question institutionnelle, il a estimé que "vos concessions ne serviront à rien si en Irlande, un gouvernement courageux ne dit pas aux Irlandais de quelle solidarité les autres gouvernements ont fait preuve vis à vis d'eux, et qu'ils doivent faire preuve, à leur tour, de solidarité. Sinon, nous sommes tributaires d'un certain nombre de démagogues" a-t-il déclaré. "Vous vous êtes conduit en partisan de l'Europe (...) si la prochaine présidence fait de même, j'en serai heureux" a-t-il conclu.
Graham Watson (ADLE, UK) a salué "une présidence de conte de fées", qui a montré "le pouvoir de la solidarité européenne". Sur la question environnementale, il a appelé le Conseil à réduire la TVA sur les équipements économes en énergie "afin d'aider l'industrie". Sur le traité de Lisbonne, citant Henri IV, il a estimé que "si Paris vaut bien une messe, Dublin vaut bien un Commissaire", en allusion à la concession faite à l'Irlande de maintenir un commissaire par Etat membre. "C'est sur le changement climatique que l'on vous jugera peut-être plus durement" a-t-il estimé. Il a en outre invité la Présidence à "laisser l'Euro à Jean-Claude Trichet".
Daniel Cohn Bendit (Verts/ALE, DE) a reconnu le "volontarisme" de la présidence du Conseil, qui a "voulu faire avancer l'Europe", dénonçant cependant que la Présidence ait soutenu la procédure de décision à l'unanimité au Conseil sur le paquet énergie-climat. Il a en outre estimé que le Président du Conseil "réduit le Parlement au rôle de viagra pour les gouvernements, ce qui n'est pas notre rôle". Il a en outre estimé que "personne n'a dit ici que nous voulions faire une Europe contre les nations". Sur les relations avec la Chine, il a déclaré que "les Chinois vous ont humilié", et s'est dit "fier que le Parlement ait décerné le prix Sakharov à un dissident".
Christiana Muscardini (UEN, IT) a dit avoir "apprécié" les propos du Président, celui-ci ayant "démontré que l'on peut avoir un projet européen et remettre la politique au cœur du débat, il suffit d'en avoir le courage". Elle a estimé que le paquet énergie-climat est "un espoir pour l'avenir", de même que l'Union pour la Méditerranée. Elle a cependant soulevé "une série de points qui doivent être résolus, notamment l'égalité salariale entre hommes et femmes".
Pour Francis Wurtz (GUE/NGL, FR) "on retiendra cette présidence du fait de la gravité des événements et de la portée des dossiers inscrits à son agenda, mais aussi pour le style et les méthodes iconoclastes du Président en exercice; ce qui n'est pas pour me déplaire". Sur le paquet énergie-climat, il a estimé que l'accord "ne fait pas de l'Union un modèle pour autant", car n'étant "pas à la hauteur des attentes et des besoins". Sur le plan de relance de l'économie, il s'est interrogé : "c'est une relance pour qui ? Et qui va payer cette nouvelle valse des milliards ? (...) et pourquoi les Etats qui renflouent les banques n'en prennent pas systématiquement le contrôle ?" Sur le traité de Lisbonne, il a estimé que "les attentes de changement du peuple Irlandais sont beaucoup plus profondes que celles que vous avez évoquées".
Nigel Farage (IND/DEM, UK) a reconnu à la Présidence "énergie et dynamisme", mais reproché au Président de "vouloir plus de pouvoir pour l'UE avec le traité de Lisbonne". Il a déclaré que "l'UE méprise la démocratie et ne peut pas accepter la contradiction".
Pour Bruno Gollnish (NI, FR) le récent sommet du G20 est "la preuve que l'Union est un espace trop étriqué pour résoudre les problèmes qui se posent à nous". Il a estimé que "le paquet énergie-climat a été vidé de sa substance" et que le pacte sur l'immigration, "à peine signé, a été violé par le gouvernement Italien qui a soutenu la régularisation de 170.000 immigrants illégaux. Où iront-ils ?" a-t-il déclaré.
Réponse du Président Sarkozy
Réagissant aux interventions des groupes politiques, le Président Sarkozy a indiqué qu'"il faut du courage pour accepter de parler avec quelqu'un qui n'appartient pas à votre famille politique et il faut beaucoup plus de courage pour faire un pas vers l'autre que pour faire l'imprécateur". En outre, il a précisé notamment que :
- les nombreux voyages de la présidence ont permis de rapprocher l'Europe des citoyens, pour que les Européens mettent un visage sur les institutions"; ce sont des idées "de bon sens" qui permettront de donner du concret à tous ceux qui veulent "une Europe qui protège, qui prépare l'avenir, et non pas une Europe qui inquiète et qui est frileuse" ;
- à propos de la TVA, sujet dont il avait omis de parler dans son discours : il est "étrange que lorsqu'un pays veut baisser le taux de tous les produits, il puisse le faire par une décision solitaire et que lorsqu'un pays veuille la baisser sur une seule catégorie de produits, il doive attendre l'accord de tous les autres. Cette règle de l'unanimité ne pourra pas durer, elle doit être la même pour chacun". Après trois ans de discussions sur les problèmes de TVA à taux réduit, "on a décidé, en accord avec la chancelière, Mme Merkel, qu'on arrête d'en parler et qu'on prendra une décision au mois de mars prochain, au cours de l'Ecofin". Cela pourrait concerner les produits "propres", les produits culturels et les services à création d'emplois ;
- sur le nombre de commissaires : "que la Commission ait 24 commissaires, 27, demain 33, ne change rien à l'affaire, il conviendra surtout de renforcer le pouvoir du Président de la Commission". Il semblait "peu raisonnable d'expliquer aux États membres qu'on aura un Président élu pour 2 ans et demi et donc une présidence du Conseil tous les six mois virtuelle et qu'en même temps, on leur retire un commissaire" ;
- à propos du traité de Lisbonne : un pays l'a refusé et il faut entendre ce refus, essayer de le comprendre et d'y apporter des réponses. Mais "un seul pays ne peut imposer aux 26 autres une situation, une politique qu'ils ne voudraient pas". L'objectif est d'amener les 27 sur le traité de Lisbonne. Avec Lisbonne, contrairement à Nice, les Irlandais auront un commissaire européen comme tout le monde. "Il me semble important que les Irlandais revotent, je me battrai de toutes mes forces aux côtés du gouvernement irlandais pour qu'ils disent oui" ;
- à propos de la Tchéquie, "le Président Pöttering a eu une attitude courageuse et raisonnable avec le président Klaus. (…). Pour être respecté, encore faut il respecter les autres (…) et pour les Européens qui sont ici, on a été blessés quand on a vu que tous les drapeaux européens étaient strictement retirés des édifices publics dans ce grand pays qu'est la Tchéquie. (…) On ne traite pas les symboles de l'Europe ainsi " ;
- à propos de la crise : "si chacun de son côté avait voulu s'en sortir tout seul", c'est "l'ensemble du système qui aurait été emporté sans aucune chance de réussite". Mais, "c'est aux États de prendre les décisions parce que c'e sont les États qui font voter leur budget mais ces décisions, on a dû les prendre de façon coordonnée".
Et de conclure ce premier tour des groupes politiques : "l'Europe est forte quand elle s'appuie sur des États responsables et forts et parce que ces États sont forts, ils acceptent de faire des compromis au nom de l'intérêt européen. (…) Cela veut dire que les grands pays de l'Europe n'ont pas plus de droits que les plus petits pays mais ils ont peut être plus de responsabilités. Je le dis parce que je le pense au plus profond de mes convictions européennes".
Réponse de la Commission
José Manuel Barroso a déclaré que, malgré certaines concessions sur les objectifs, "nous avons réussi, et on doit s'en féliciter, à conserver l'ambition en ce qui concerne les objectifs 20% pour 2020". Cette décision a d'ailleurs été saluée par le Secrétaire général des Nations unies. "Nous sommes les leaders mondiaux dans ce domaine. Personne n'a rien fait de semblable", s'est-il félicité. Cet accord est "un exemple pour le reste du monde".
Sur la question de la relance économique, le Président de la Commission a tenu à rappeler que "les Américains n'ont rien présenté jusqu'à présent". De plus, la politique budgétaire américaine a été "irréaliste". Un peu de prudence serait donc utile. Une meilleure coordination avec les Etats-Unis est également nécessaire.
Sur le rôle de la Commission dans les institutions, "je suis de ceux qui pensent qu'en Europe, on n'est pas plus forts parce que les autres sont plus faibles", a-t-il déclaré. Le rôle de la Commission ne souffre donc pas d'une présidence forte du Conseil. "C'est une vision mesquine, je n'y souscris pas", a-t-il ajouté. L'UE est d'une telle complexité, que "c'est seulement avec un esprit de partenariat, où chacun se renforce mutuellement, que nous pouvons arriver à des résultats".
Il a conclu sur la question soulevée par plusieurs députés sur le différend qui oppose les autorités tchèques à certains députés : "quand quelqu'un fait la comparaison entre l'Union soviétique et l'UE, celui-là montre qu'il ne comprend pas ce qu'a été l'Union soviétique, ni ce qu'est l'UE, ni ce qu'est la démocratie, notamment la solidarité et nos valeurs européennes".
Députés francophones
Pour Bernard Poignant (PSE, FR), "ça serait abusif de trouver la présidence française parfaite mais malhonnête de la trouver ratée". Il s'est déclaré "très heureux" de voir que ce ne sont pas les 35 heures qui sont à la source de nos problèmes, mais les banques. D'après lui, la relation franco-allemande aurait été "ébranlée" pendant cette présidence, notamment sur la question de l'Union pour la Méditerranée et la crise financière, "on lui demande encore de payer". Il a donc appelé de ses vœux le rétablissement de ce lien. Il a en outre suggéré que la réussite de cette présidence tenait à la présence de deux socialistes aux côtés du Président Sarkozy : Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes.
Marielle de Sarnez (ALDE, FR) a souligné que "l'agenda du monde a bousculé la présidence française", et qu'elle a su y répondre. Toutefois, les réponses à ces crises "doivent être le plus complètes possible", en "posant les premières pierres d'un système de gouvernance mondiale". Et d'ajouter : "Il nous faut un régulateur européen, comme il nous faudra un jour un Parquet européen", a-t-elle ajouté. Une meilleure cohérence monétaire et financière aidera d'après la députée "à lever les malentendus entre la France et l'Allemagne". Elle a appelé à un recentrage du rôle de la Commission : celle-ci ne doit en aucun cas abandonner son droit d'initiative. Elle a en outre formé le vœu que "l'Europe demain soit à la hauteur de l'attente de nos concitoyens".
Pour Jean-Marie Cavada (ALDE, FR), "l'histoire et ses violences sont maintenant de retour" : crise en Géorgie, crise financière. "La volonté européenne doit être à la hauteur de cette histoire et de ces nouvelles violences", estime-t-il. Il a également qualifié le plan climat de "virage historique". Même si tout n'est pas satisfaisant, "l'Europe devient incontestablement leader". Elle a, d'après le député, "besoin d'un sursaut politique régulier et de haut niveau, au dessus des droites, au dessus des gauches, au dessus des extrêmes centres pour combattre des menaces qui reviennent avec une violence que nous avons déjà connues". Il a conclu par cette phrase : "Cette crise nous a rappelé que ce sont les hommes qui font l'histoire et non pas l'histoire qui fait les hommes".
Margie Sudre (PPE-DE, FR) s'est réjouie que "les Vingt-sept soient parvenus à une série de décisions exemplaires". Sur le paquet énergie/climat, l'Europe a désormais les moyens d'assumer sa responsabilité environnementale sans toutefois sacrifier son économie. Elle peut dorénavant "entraîner les autres continents sur la voie d'un développement durable". Elle a remercié l'Irlande d'avoir proposé un scénario pour sortir de son isolement car "les crises actuelles démontrent que l'Union a plus que jamais besoin de meilleurs outils institutionnels pour être efficace". La députée a salué l'adoption d'un plan de relance économique massif et coordonné. Elle a insisté pour que les ministres de l'économie et des finances européens parviennent à régler d'ici mars prochain la question des taux de TVA réduits dans les secteurs à forte intensité de main d'œuvre. Enfin, elle a exprimé sa reconnaissance au Président de la République d'avoir insufflé cette nouvelle dynamique : "grâce à son implication politique exceptionnelle, l'Europe a bel et bien changé de mentalité, d'envergure et de crédibilité".
Selon Robert Goebbels (PSE, LU), "l'économie mondiale n'a pas encore atteint le fond et la crise financière joue les prolongations". Il a dénoncé "l'incroyable légèreté des banquiers face à la soi-disante innovation financière". Alors que ces mêmes banquiers "redécouvrent toute leur rigueur sourcilleuse face aux demandes de crédit des entreprises et des consommateurs". Les Etats, qui viennent de renflouer leurs banques, devraient leur imposer de répercuter les baisses importantes du taux directeur de la BCE : "ce serait une mesure de relance, qui ne coûterait rien aux budgets nationaux". Selon le député, le plan de relance économique adopté par le Conseil européen est insatisfaisant. L'Europe paie très cher l'absence d'une politique macroéconomique véritablement commune. "La frilosité de la BCE et des Etats de l'Euro-zone nous empêche de financer une politique de relance économique plus efficace par l'émission d'euro-obligations, garanties par une Union européenne, dont la capacité de financement reste intacte".
"Gouverner c'est prévoir", a déclaré Pervenche Berès (PSE, FR). "Tout le monde sait que c'est en août 2007", et non pas le 15 septembre lors de la chute de Lehmann Brothers, "que tous les clignotants se sont allumés et qu'il était temps à ce moment là de faire de la question de la supervision des marchés financiers, de la gestion de cette crise, une des priorités de la Présidence française". Elle a regretté qu'il ait fallu attendre ce moment pour que le Président Nicolas Sarkozy se saisisse de ce dossier "pour sauter de sommet en sommet". Le plan de soutien proposé soutient les banques "sans condition, avec en appui, une politique monétaire aujourd'hui, accommodante". "Des banques qui plutôt que de faire leur métier, c'est-à-dire de financer l'économie et l'investissement utiles, reconstituent leur marge, ce n'est pas ce dont l'Europe a besoin", a ajouté la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires. Elle a enfin exprimé des doutes sur la solidité des bases du plan proposé.
"Cette présidence fera date, réussir à faire parler l'Europe d'une seule voix ce n'est pas rien, mais dans le domaine des droits de l'homme, vous avez déçu, vous avez choqué", a estimé Véronique De Keyser (PSE, BE). Et d'ajouter : "le dernier reniement concerne la politique d'Israël menée en toute célérité au Conseil". Soulignant qu'à Gaza l'aide européenne ne parvenait plus, elle a cité le commissaire Michel : "une punition collective". Des centaines de mails sont parvenus au Parlement européen l'adjurant de conditionner son accord au respect du droit international par Israël. Alors que le Parlement a repoussé son vote, le Conseil a forcé le "oui" sans condition; avec une justification, "nous aurons ainsi plus d'influence sur Israël". Depuis juillet, Israël a bénéficié d'un accord de principe et de la vice présidence de l'Union pour la Méditerranée sans pour autant "geler les colonies, réduire les checkpoints ou desserrer l'étranglement de Gaza". Estimant que cette attitude conforte les extrémistes des deux camps, la députée a conclu "ce n'est plus de la Realpolitik, Monsieur le Ministre, c'est un aveuglement ou alors c'est un cynisme inacceptable".
Conseil
Le Président Sarkozy a rappelé "combien nous avons besoin que le parti conservateur britannique soit engagé dans la construction européenne". "Nul, en Europe, ne peut réussir seul", a-t-il ajouté. Il a déclaré avoir toujours été convaincu que la Grande-Bretagne avait un rôle particulier à jouer en Europe. "Mais regardez ce qu'il lui a coûté à avoir été trop financièrement engagée envers les Etats-Unis". Il en a conclu que la Grande-Bretagne avait besoin de l'Europe.
Le Président français a d'autre part précisé qu'il n'y avait pas eu de désaccord structurel entre la France et l'Allemagne. "L'amitié entre nos deux pays n'est pas un choix mais un devoir absolu", a-t-il tenu à souligner, "à l'endroit du monde et de l'Europe". Mais ce lien ne peut pas être le même dans une Europe à 27. "C'est pour ça que j'ai appelé à une refondation de ce lien, qui n'est pas exclusif d'autres accords". Il a aussi expliqué que la structure des deux Etats n'est pas la même, ce qui explique "le temps des décisions". La France et l'Allemagne "n'ont pas plus de droits que les autres, elles ont plus de responsabilités", a-t-il conclu.
Il a convenu avec les députés qu'il restait beaucoup à accomplir. Un régulateur européen est d'après lui effectivement nécessaire, mais un certain nombre de petits pays estiment qu'être privés d'un régulateur national les prive de leur souveraineté. L'idée d'un procureur européen implique "une meilleure collaboration". Sur la question des grands projets, 5 milliards d'euros ont été débloqués par la Commission, qui s'est montrée beaucoup plus ambitieuse que certains Etats. Il s'est déclaré "stupéfait", au sommet de Doha, d'être le seul chef d'Etat occidental présent autour de la table. Il a ajouté à ce propos que "la crise ne doit pas servir de prétexte à faire des pays les plus pauvres ceux qui payent le prix le plus cher de la crise".
"Personne autour de la table du Conseil n'oublie d'où il vient", a ajouté le Président en exercice du Conseil. "Mais nous devons mettre toute notre énergie au service de l'unité".
Il a en outre précisé qu'il fallait "rassurer et convaincre" les Irlandais. On va assez loin de promettre un protocole au traité d'adhésion dans deux ans, a-t-il ajouté. Toujours sur le traité de Lisbonne, la Pologne doit comprendre qu'elle a des devoirs en tant que grand pays d'Europe.
Le Président français n'était d'autre part "pas choqué que l'Allemagne défende son industrie". "Nous ne voulons pas que l'Europe devienne un désert industriel. Défendre l'industrie, c'est l'obliger à se moderniser".
Il a rappelé aux députés que "pour l'instant aux Etats-Unis, ce ne sont que des annonces". "Ne soyons pas ceux qui ne croient pas au plan qu'on met en œuvre", a-t-il conclu.
Pour Bruno Le Maire, Secrétaire d'Etat français chargé des Affaires européennes fraîchement désigné en remplacement de Jean-Pierre Jouyet, "c'est un grand honneur de s'exprimer pour la première fois devant le Parlement européen, temple de la démocratie européenne".
Il a concentré son propos sur quatre points essentiels : l'économie, le paquet énergie/climat, les questions de politique internationale et le traité de Lisbonne.
A l'occasion de la crise économique et financière, "l'UE a montré qu'elle était capable de prendre ses responsabilités. Nous devons exprimer la solidarité entre les Etats européens". Sur la réponse strictement financière, il a estimé que "la crise financière n'est pas derrière nous et rien ne sera réglé tant que tout ne sera pas réglé".
A propos du paquet climat, ce plan est d'après lui "le plus important depuis Kyoto".
"Tout n'est pas réglé" pour la Russie et la Géorgie, "mais c'est beaucoup demander à l'UE". "L'essentiel c'est la paix", a ajouté le nouveau Secrétaire d'Etat. Sur la question de la défense européenne, de bons résultats ont été obtenus : "des résultats concrets, ce sont des soldats qui sont sur le terrain pour garantir la stabilité de territoires, en bonne et étroite coordination avec l'OTAN". Sur la Turquie, il a déclaré que le processus se poursuit "naturellement".
Abordant la question du traité de Lisbonne, il a déclaré que nous devons "redonner une chance à l'expression démocratique" en Irlande. L'Europe aura besoin de "progresser avec beaucoup de méthode et de dialogue". La question la plus importante est, pour lui, que chaque nation ait le sentiment d'être correctement représentée au sein de la Commission. Il s'est aussi prononcé en faveur d'un président fort, "garantie de la légitimité de la Commission".