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Communiqué de presse
 

Implication italienne dans l'enlèvement perpétré par la CIA: le procureur Spataro expose ses vues aux députés

Droits fondamentaux - 10-10-2006 - 14:45
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Armando Spataro, procureur milanais, a exposé ce lundi aux députés européens les raisons pour lesquelles il avait inculpé 26 agents de la CIA et un officier des Carabinieri du chef d'enlèvement, ainsi que le patron des services italiens du renseignement militaire, le SISMI, du chef de complicité d'enlèvement dans l'affaire de l'enlèvement en février 2003 à Milan du religieux égyptien Abou Omar.

S'exprimant devant la commission temporaire sur les allégations d'activités illégales de la CIA en Europe, M. Spataro a déclaré qu'il eût été difficile d'imaginer que l'opération de la CIA à Milan ait été organisée "sans aucune complicité de la part des autorités italiennes".
 
Qui est impliqué ?
 
Il a tout d'abord exposé les préventions à l'égard de Luciano Pironi, officier des Carabinieri, qui a, a-t-il indiqué, participé à la préparation et à l'exécution de l'opération. "Il est apparu que son téléphone portable était sur les lieux au moment  de l'enlèvement", a indiqué le procureur. Ses "contacts fréquents" avec le responsable de bureau de la CIA, Robert Lady, constituent d'autres preuves de sa participation. Interrogé par les procureurs, il a "avoué avoir participé à l'enlèvement", en demandant à Abou Omar de produire ses papiers d'identité dans le but de l'attirer vers un véhicule à bord duquel l'ont tiré des agents avant de démarrer. Il a également déclaré au procureur que M. Lady lui avait assuré une "couverture gouvernementale", signifiant par là qu'il serait à l'abri de toute enquête.
 
Les services de M. Spataro ont ensuite été en mesure d'identifier les éléments probants concernant les enregistrements des appels téléphoniques de Gustavo Pignero, ex-général du SISMI et de son successeur Marco Mancini. En juin 2006, a expliqué M. Spataro, M. Mancini a dit craindre que le procureur soit à même d'identifier des personnes ayant, appliquant ses ordres, procédé à des contrôles d'Abou Omar, contrôles destinés à faciliter son enlèvement. Selon le procureur, M. Mancini a reconnu avoir organisé une réunion des chefs du SISMI de l'Italie du Nord lors de laquelle il a été décidé de soumettre Abou Omar à des contrôles. Cette décision a été prise, a rapporté M. Spataro aux députés, "faisait suite à un ordre venant d'en haut".
 
Sur ce point, M. Spataro a fait mention de l'aveu de M. Mancini selon lequel ce serait Nicolò Pollari - le chef du SISMI qui, auditionné par la commission d'enquête en mars dernier, avait nié toute implication dans l'enlèvement - qui lui aurait transmis une liste de noms "comportant celui d'Abou Omar" et l'aurait avisé qu'il faudrait suivre ce dernier durant la phase précédant l'enlèvement". Sil est formel quant à complicité du SISMI dans la préparation de l'opération, M. Spataro n'a en revanche découvert aucune preuve de la participation du SISMI à l'enlèvement proprement dit.
 
Réactions des députés
 
Pour M. Wolfgang Kreissl-Dörfler (PSE, DE), l'enquête de M. Spataro "démontre qu'il y a eu de graves violations du droit national, du droit international, mais également de la législation européenne et de la Convention européenne des droits de l'homme". Claudio Fava, rapporteur, a quant à lui déclaré: "Nous nous trouvons face à une grave affaire de complicité" de la part des services de renseignement d'un État membre. Nicolò Pollari, a-t-il ajouté, "a menti à cette commission d'enquête".
 
Jas Gawronski (PPE-DE, IT) a demandé à M. Spataro si Abou Omar avait été "complice" de son propre enlèvement. Et de citer un document relatif à l'interrogatoire de M. Pironi dans lequel ce dernier avait déclaré "qu'il s'était agi d'un simulacre d'enlèvement et que l'idée était de recruter Abou Omar en tant que collaborateur du SISMI et de la CIA".
 
"Il se peut que le but était de le recruter", a répondu M. Spataro, "mais cela ne signifie nullement que l'enlèvement ait été monté - ou mis en scène -avec l'assentiment d'Abou Omar. A Boguslaw Rogalski (IND/DEM, PL) qui était revenu sur ce point, M. Spataro a donné une réponse directe: "La théorie du faux enlèvement est un mensonge".
 
Lorsque Sarah Ludford (ADLE, UK) lui a demandé s'il "disposait d'indications selon lesquelles le gouvernement italien aurait organisé cet enlèvement", M. Spataro lui a répondu que "à ce stade", il ne détenait "aucune preuve de ce genre (...). Le chef du SISMI est l'échelon le plus haut auquel nous sommes parvenus".
 
09/10/2006
Commission temporaire sur l'utilisation alléguée de pays européens par la CIA pour le transport et la détention illégale de prisonniers
Présidence : Carlos COELHO (PPE-DE, PT)
REF.: 20061010IPR11511