Article
 

La guerre de la vodka n’aura pas lieu

Consommateurs - 19-06-2007 - 11:06
Partager
Bouteilles vides sur une chaîne d'usine ©BELGA/ITARTASS/Lystseva Marina

Quelle sorte de vodka sortira du vote des députés ?

Quelle vodka buvez-vous le plus volontiers ? Celle que l'on obtient après distillation de céréales ou de pommes de terre, ou plutôt la vodka à base de betterave, raisins ou autre fruit ? Et dans quel cas peut-on parler de vraie vodka ? Voilà la question qui divise les producteurs européens, au point que l’on parle de véritable « guerre de la vodka ». Une guerre qui pourrait trouver une issue pacifique, grâce à un savoureux cocktail de compromis, proposé cette semaine par les députés européens.

Le rapport du député allemand Horst Schnellhardt (PPE-DE) sur les boissons spiritueuses, qui sera voté mardi dans l'hémicycle, pourrait réconcilier tous les pays producteurs du célèbre alcool. Il traite spécifiquement de la « vodka » et de son appellation.
 
La vodka, dont le nom provient du mot « eau » en langues slaves, est apparue au 15ème siècle en Russie et en Pologne. Elle peut être produite à partir de tout produit agricole qui fermente - la fermentation est ensuite distillée en alcool, et de l’eau y est ajoutée. Le produit de base varie selon les pays : par exemple en Pologne, la vodka est faite à base de pommes de terre ou de seigle, en Finlande d’orge, en Suède de blé, et dans d’autres pays européens, de raisins ou de betterave.
 
La vodka, pour l’amour du goût...et pas seulement
 
Et c’est bien là ce qui oppose les pays ayant une forte tradition de production de vodka (comme la Pologne, la Suède, la Finlande, ou les pays baltes) et les autres.  Pour le premier groupe de pays, les « traditionnalistes », la vodka ne peut être produite qu’à partir des céréales, des pommes de terre ou pour certains aussi de la mélasse de betterave. Des ingrédients qui déterminent le goût de la vodka, facilement identifiable. Pour le second groupe d’Etats, les ingrédients n’affectent pas le goût de la vodka : pourquoi alors ne pas utiliser des fruits pour la produire ?
 
En fait, derrière ce débat se cache un enjeu économique et financier gigantesque : les ventes annuelles de vodka s’élèvent à 4,5 milliards de litres, soit quelques 12 milliards de dollars ! Les plus gros producteurs sont aussi les plus gros consommateurs : au sein de l’Union Européenne (UE), la Pologne, les pays scandinaves et les pays baltes comptent pour 70% de la production, et 64% de la consommation européenne. Au niveau mondial, c’est la Russie qui remporte la palme de la vodka, en absorbant 57% de la consommation totale.
 
Une législation enivrante sur les spiritueux 
 
Depuis des années, plusieurs Etats-membres de l’UE (comme la Finlande, la Suède ou la Grande-Bretagne) demandent une révision de la législation en vigueur sur les boissons spiritueuses, qui date de 1989. L’absence d’une définition claire sur la vodka est pour eux la preuve des manquements de cette législation -alors que pour d'autres alcools comme le whisky ou le rhum, la définition est précise.
 
En décembre 2005, la Commission européenne a donc présenté une proposition d’harmonisation des règles sur la définition, présentation et labellisation des spiritueux. Une proposition sur laquelle se prononce cette semaine le Parlement.
 
Déjà, le 30 janvier dernier, les membres de la commission Environnement du Parlement avaient adopté un compromis. Selon le rapport Schnellhardt adopté en commission, l’étiquette sur la bouteille pourra indiquer « vodka » si la vodka est produite à base de céréales, pommes de terre ou de mélasse. Si d’autres ingrédients sont utilisés, alors elle devra indiquer « vodka produite à partir de... », avec le nom du produit agricole utilisé.
 
Nouveau compromis entre Parlement et Etats-membres
 
Une solution acceptable aussi pour les Etats-membres ? Avant que le rapport adopté en commission ne parvienne en plénière, les négociations ont été longues entre parlementaires et représentants des Etats-membres au Conseil : co-législatrices en la matière, les deux institutions souhaitent une adoption rapide de la législation.
 
Et un compromis semble avoir été trouvé, selon lequel la vodka ne pourrait être produite qu'à partir de céréales ou de patates -et non de molasse de betterave. D'autres ingrédients ne pourraient être utilisés que si mentionnés sur l'étiquette de la bouteille. Un compromis que tous les députés européens ne soutiennent pas : certains membres, originaires de pays "traditionnalistes", ont déjà annoncé qu'ils s'y opposeraient et qu'ils présenteraient une définition plus stricte de la vodka.
 
Le compromis Schnellhardt sera-t-il distillé ou adopté en l'état ? Réponse lors du débat lundi, et surtout lors du vote, mardi. C'est à suivre en direct sur notre site, en cliquant sur le lien ci-dessous !
 
REF.: 20070131STO02626