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Comment est financé le budget communautaire ?

Budget - 19-02-2007 - 16:18
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Alors que les dépenses font déjà l'objet d'une réorientation vers de nouvelles politiques, les recettes reposent sur un système de "ressources propres" qui n'a pas été revu depuis plus de vingt ans. Le Parlement européen s'est emparé de la question et proposera, avec le vote sur le rapport d'Alain Lamassoure, des pistes pour l'avenir et la révision du budget prévue pour 2008-2009.

Dans l'esprit des pères fondateurs de l'UE, les recettes communautaires devaient découler de l'activité des Communautés, par exemple les droits de douane imposés aux biens importés en Europe. Cependant, faute de révision appropriée, ces recettes se sont avérées insuffisantes et ont peu à peu laissé la place à de vraies contributions nationales, calculées en fonction de la richesse des Etats membres.
 
L'un des problèmes majeurs de ce système porte sur le fait que certains pays voudraient voir diminuer leur participation au "pot commun" qu'est le budget de l'UE, afin de ménager leurs finances publiques nationales.  Ces "préoccupations nationales" ont en outre considérablement retardé l'accord sur les dépenses de l'UE pour 2007-2013. Ces retards ont jeté une lumière nouvelle sur l'urgence de réformer le système de financement de l'UE.
 
Tant les dépenses que les recettes feront l'objet d'une proposition de révision en 2008-2009. Mais alors que les dépenses sont déjà réorientées vers des politiques européennes "prioritaires", l'exercice s'avère beaucoup plus complexe pour l'aspect "recettes": certains ont évoqué l'idée d'une taxe européenne, d'autres ne souhaitent pas voir le système actuel changer…
 
Le débat est ouvert au Parlement européen: la commission des budgets et le rapporteur "ressources propres", Alain Lamassoure (PPE-DE, FR), s'apprêtent à rendre leurs conclusions, par le biais d'un rapport sur le sujet adopté au printemps.
 
REF.: 20070219BKG03383

Les quatre types de recettes de l'UE

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Le budget de l'Union européenne est actuellement financé à partir de quatre grandes sources de recettes:
 
  • Les droits de douane sont perçus aux frontières extérieures sur les importations en vertu du tarif douanier commun. Le traité de Rome avait jadis désigné les droits de douane comme étant la principale ressource à allouer à la CEE pour le financement de ses dépenses.
  • Les prélèvements agricoles ont été instaurés en 1962 au titre de la Politique agricole commune. Ils frappent les échanges de produits agricoles avec des pays qui n'appartiennent pas à l'UE et varient en fonction des prix des marchés mondial et européen. Outre les prélèvements agricoles, on compte également les cotisations à la production et au stockage du sucre et de l’isoglucose (qui, contrairement aux taxes sur les importations agricoles, sont internes à la Communauté).
 
Les droits de douane et les prélèvements agricoles ont constitué les premières ressources propres. Ils sont qualifiés de "ressources propres traditionnelles", car il s’agit là de recettes perçues en vertu de politiques communautaires et non de recettes obtenues des États membres en tant que contributions nationales.
 
Face à l'insuffisance des ressources propres traditionnelles, deux ressources au fonctionnement plus complexes ont vu le jour.
 
  • Les ressources propres de la TVA ont été instaurées précisément pour combler le manque de recettes issu des ressources propres traditionnelles. Vu la nécessité d’harmoniser l’assiette de la TVA, cette ressource complexe n’a été appliquée pour la première fois qu’en 1980. Elle est obtenue en appliquant un taux donné à une assiette déterminée d’une manière uniforme. Elle n’est donc pas véritablement une ressource propre basée sur une taxe perçue au niveau national, mais seulement un moyen de calculer la contribution de chaque État membre.
  • La ressource propre basée sur le revenu national brut est obtenue en appliquant un taux fixé chaque année selon la procédure budgétaire à une assiette représentant la somme des produits nationaux bruts aux prix du marché. Elle est calculée par la différence entre les dépenses et le produit des autres ressources propres. Elle constitue la ressource "clé", dans la mesure où elle détermine l’écrêtement de l’assiette de la TVA, la répartition du coût de la compensation britannique et le plafonnement du montant global des ressources établi dans les perspectives financières.
 
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La ligne du temps des ressources propres

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1957: une période transitoire avec le Traité de Rome
 
Au commencement, avec le Traité de Rome en 1957, la CEE devait être financée par des contributions nationales pendant une période transitoire, avant de passer à un système de ressources propres.
 
Ce principe a été inscrit à l’article 201 du Traité, qui énonce: «Le budget est, sans préjudice des autres recettes, intégralement financé par des ressources propres».
 
En 1965, une première tentative de transfert des droits de douane et des prélèvements agricoles – les ressources propres «par nature» dérivant des politiques communautaires (l’union douanière et la politique agricole commune) – a échoué en raison de l’opposition française. La «crise» qui s’ensuivit a été résolue un an plus tard par le fameux compromis de Luxembourg, mais la date butoir de 1966, qui devait marquer le passage à un système de financement garantissant à la Communauté une certaine indépendance, n’a pas été respectée. Il faut attendre le sommet de La Haye, en 1969, pour voir les chefs d’État ou de gouvernement prendre finalement la décision de mettre ce changement à exécution afin de relancer la Communauté après quelques années difficiles.
 
1970: naissance des ressources propres traditionnelles
 
Le 21 avril 1970, le Conseil décide d’allouer à la Communauté des ressources propres pour faire face à l’ensemble de ses dépenses. Cette décision a mis fin aux contributions nationales, qui permettaient aux États membres de contrôler dans une certaine mesure les politiques menées par la Communauté, et a marqué le début d’un système de financement autonome par les ressources propres «traditionnelles» (prélèvements agricoles et droits de douane) et une ressource basée sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
 
La décision de 1970 sur les ressources propres a distingué la Communauté des autres organisations internationales, qui sont toutes financées par les contributions de leurs membres. 
 
1985: application de la correction en faveur du Royaume-Uni
 
En 1984, le Conseil européen de Fontainebleau décide d’instaurer une correction en faveur du Royaume-Uni (voire section ad hoc). Le financement de cette correction est réparti entre les autres États membres proportionnellement à leur part du PNB (à l’exception de l’Allemagne, dont la part est réduite d’un tiers).
 
1988: instauration d’une ressource basée sur le PNB et plafond global
 
Comme les dépenses de la PAC sont restées inchangées alors que les recettes des ressources propres traditionnelles continuaient à baisser, en 1988, le Conseil européen de Bruxelles a instauré une nouvelle ressource propre basée sur le PNB des États membres. Il a aussi fixé un plafond global de 1,14 % du PNB au montant total des ressources propres pouvant être appelées pour financer les dépenses de la Communauté.
 
1994: déduction des coûts de perception des ressources propres traditionnelles
 
Les ressources propres sont perçues par les États membres pour le compte de la Communauté. La décision de 1994 a ainsi permis aux États membres de retenir 10 % des ressources propres traditionnelles perçues par eux pour compenser leurs coûts de perception.
 
 
2005: la révision est décidée, mais le système se complexifie davantage
 
Le 16 décembre 2005, le Conseil européen aboutit à un accord politique sur les perspectives financières (le cadre financier à long terme de l'UE) 2007-2013. Un des éléments qui a permis de débloquer le sommet fut la proposition de réviser le budget de l'UE à l'horizon 2008-2009, tant pour les recettes que pour les dépenses.
 
Mais cette décision de révision a un contrepoids: le système des ressources propres est rendu encore plus compliqué qu'avant suite à ce que certains appelleront des "cadeaux de Noël": l'Allemagne, la Suède et des Pays-Bas voient leurs contributions au budget européen diminuées pour la période 2007-2013. Ces États membres bénéficieront de taux réduits d'appel de TVA et de réductions brutes de leurs contributions annuelles de RNB. Ces réductions brutes seraient financées par tous les États membres, y compris les bénéficiaires eux-mêmes.
 
La correction britannique  reste quant à elle intacte, sauf pour les dépenses dans les nouveaux États membres (qui seront exclues du montant total des dépenses servant au calcul de la correction britannique). Cependant, les dépenses de marché de la politique agricole commune dans les nouveaux États membres seront exclues de cette dérogation, à savoir qu'elles feront partie du montant total des dépenses utilisé pour calculer le rabais britannique.
 
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La correction britannique en bref

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Rendue célèbre par la déclaration de Margaret Thatcher ("I want my money back"), la correction britannique - ou "cheque britannique" ou encore "rabais britannique" - a été décidée par le Conseil européen de Fontainebleau en 1984.
 
Cette correction se "justifiait", à l'époque, par deux facteurs: les dépenses agricoles communautaires sont très faibles au Royaume-Uni (compte tenu de son secteur agricole relativement modeste) d'une part ; le Royaume-Uni paie une contribution nationale jugée trop élevé vis-à-vis de sa prospérité dans les années 1980.
 
En réalité, le "cheque" est une réduction de la contribution du Royaume-Uni au financement de l'UE. Il n'est donc pas un transfert de fonds vers Londres depuis les autres Etats membres de l'UE.
 
Le mode de calcul de la correction britannique est complexe.
 
D’après le mécanisme de compensation actuel, deux tiers (66 %) de la différence entre la part du Royaume-Uni dans la recette de la TVA et sa part dans les dépenses communautaires réparties, appliqués au total des dépenses réparties, reviennent au Royaume-Uni sous forme de réduction de l’assiette TVA britannique.
 
Depuis 1985, le Royaume-Uni bénéficie donc d’une réduction de sa contribution annuelle au budget, qui s’élève en moyenne à 4,6 milliards d’euros par an pour la période 1997 – 2003. 
 
Ce sont les autres États membres, en fonction de leur part respective dans la recette de la TVA, qui comblent le "trou" créé par le cheque britannique. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Suède ne paient qu’un quart de leur dû, suite à des accords ultérieurs.
 
Au fil des ans, il est apparu clairement que l’existence de la correction britannique a réduit sensiblement la corrélation souhaitée entre la capacité de chaque État membre de contribuer au budget de l’UE et ses paiements en termes de ressources propres.  Certains réclament la fin du cheque arguant du fait que le pays dispose désormais d'une des économies les plus performantes d'Europe - un fait qui ne justifie plus le "rabais" dont bénéficie le pays.
 
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L'évolution du financement du budget européen

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Un simple coup d'oeil au budget de l'UE indique que les ressources propres traditionnelles ne représentent plus qu'une fraction marginale des recettes de l'Union, fruit d'un déclin constant au fil des années.
 
Tandis que les recettes liées aux prélèvements agricoles sont traditionnellement faibles depuis vingt ans, c'est la recette TVA qui a chuté le plus fort,  proportionnellement aux autres (un rapport de 5 contre 1, de 57,2% en 1988 à 14% en 2004). Cette baisse s'explique par les réformes limitant l’assiette fiscale des États membres à 50 % de leur revenu national brut.
 
La recette douanière a elle-aussi suivi une tendance à la baisse, mais dans un rapport de 2 contre 1 (de 22.3% en 1988 à 10,2% en 2004). Le pourcentage que les États membres sont autorisés à conserver pour compenser leurs frais de perception, passé de 10 à 25 % le 1er janvier 2001, explique cette chute.
 
Logiquement, la ressource basée sur le RNB est devenue de plus en plus importante. Cela a certes entraîné une plus grande équité dans les contributions budgétaires brutes de la part des Etats membres. Cette évolution est en effet susceptible de donner lieu à une corrélation plus étroite entre la capacité des États membres et leur contribution réelle. Le "hic", c'est que ce déclin des ressources propres traditionnelles s’est traduit, pour l’Union européenne, par une perte d’autonomie financière.
 
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Qui paie quoi, qui reçoit combien?

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La solidarité est un élément fondamental du budget de l'Union européenne.  Les deux liens ci-dessous renvoient vers des données consultables en ligne. 
 
  • Le premier lien renvoie vers les données liées au budget 2005 pour ce qui est des contributions nationales, classées par Etats membres, selon les différents types de ressources propres.  
  • Le second lien porte sur une présentation de la Direction Générale des Budgets de la Commission européenne.  Ce document présente la ventilation des dépenses de l'UE par secteur d'activité et par pays bénéficiaire.
 
NB: l'exercice 2005, bien que représentatif vu qu'il porte sur une UE à 25 Etats membres, fait partie des perspectives financières précédentes ; certaines priorités et programmes ont changé depuis lors, avec l'adoption du cadre financier 2007-2013.
 
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