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Les pays européens inégaux face au virus du sida

Santé publique - 12-04-2007 - 16:23
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Ruban rouge symbolisant la lutte contre le sida

La lutte continue

Malgré l’apparition de médicaments qui ont allongé la durée de vie des malades, le sida continue de tuer, et l’épidémie de progresser. En 2006 dans le monde, 4,3 millions de personnes ont été contaminées. L’Europe n’est pas épargnée : la propagation du sida s’accélère, en particulier dans les nouveaux pays membres de l’UE et les pays voisins. Selon les députés européens, il faut cibler la prévention sur les groupes à risques, et accentuer la lutte en Europe centrale et de l’Est.

Il reste encore un certain nombre d’idées reçues sur le virus du sida. Ainsi, selon un sondage Eurobaromètre de février 2006, 54% des citoyens de l’Europe des 25 (avant l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie) pensent que le virus peut se transmettre par le baiser, et 45% sont convaincus que boire dans le même verre qu’un séropositif peut les contaminer.
 
Mieux connaître les modes de transmission pour mieux se protéger
 
Diagnostiqué pour la première fois en 1981, le virus du sida ne se transmet pourtant pas par des contacts quotidiens, sur le lieu de travail, dans les piscines ou chez le dentiste. Le virus peut contaminer une personne séronégative si celle-ci entre en contact avec un « liquide corporel » d’une personne séronégative, que ce soit le sang, le lait maternel, le sperme ou les sécrétions vaginales. Il est donc nécessaire de se protéger lors de rapports sexuels et d’éviter, pour les usagers de drogues, le partage de seringues.
 
Les consommateurs de drogues par voie intraveineuse, par exemple les héroïnomanes, font justement partie des « groupes à haut risque » répertoriés par les députés européens dans un projet de rapport sur l’épidémie, qui devrait être adopté au mois d’avril. Les hommes ayant des relations homosexuelles, les prostitués, les migrants, les prisonniers et les jeunes de moins de 25 ans, font eux aussi partie des groupes à risque.
 
Des mesures spécifiques pour les groupes à risques
 
Comment agir, par exemple, sur les groupes des migrants ? Un rapport de l'ONUSIDA 2006 révèle que, en Europe occidentale et centrale, environ les trois quarts des personnes ayant contracté le VIH par voie hétérosexuelle sont des immigrés ou des migrants. Face à ce constat alarmant, les députés européens  demandent à la Commission, dans leur rapport, « d'envisager des mesures appropriées afin de toucher les populations migrantes et immigrées dans l'Union européenne, (...) afin de ralentir le rythme alarmant des nouvelles infections par le VIH au sein de ces groupes ». Information, sensibilisation et prévention sont les maîtres-mots.
 
L’OMC estime que le second groupe à haut risque, les usagers de drogues par intraveineuse, ont pour moins de 5 % d’entre eux accès à la prévention, à un traitement et à des soins efficaces contre le VIH.  Il faudra donc promouvoir « la mise en oeuvre de mesures de prévention et de réduction des effets dommageables, notamment l'utilisation de préservatifs, les traitements de substitution à la drogue, l'accès au dépistage volontaire, la fourniture d'aiguilles et de seringues stériles, et les conseils apportés aux groupes considérés comme vulnérables ou aux séropositifs », selon les députés.
 
Les pays européens inégaux face à l’épidémie
 
Mais tous les Etats-membres de l’UE, et leurs voisins, ne sont pas égaux face à l’épidémie. « Les pays d'Europe de l'Est doivent faire face à de nouveaux taux élevés d'infection par le VIH », souligne ainsi le rapporteur, le député européen Georgs Andrejevs (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe). D’autant que  dans certains pays, le nombre estimé de personnes infectées par le VIH est presque trois fois plus élevé que les chiffres officiels.
 
Ainsi, selon le Centre européen pour la Surveillance Epidémiologique du Sida (EuroHIV), la plupart des nouveaux cas de VIH en 2005 ont été déclarés dans des pays d’Europe de l’Est, comme la Russie ou l’Ukraine (186 cas par million d’habitants) : « ce taux représente plus de deux fois le taux observé en Europe de l’Ouest (82 par million) et vingt fois celui d’Europe centrale (9,4 par million) », selon le centre.
 
Les députés européens appellent donc « à l’utilisation de tous les instruments disponibles, tels que la Politique de voisinage, la Dimension nordique et TACIS, pour toucher les groupes de population vulnérables dans les pays voisins », et pourquoi pas à étudier « les possibilités de création de partenariats public-privé avec les pays voisins afin de promouvoir d'autres moyens de combattre le VIH/sida ».
 
Faciliter l’accès aux traitements antirétroviraux dans les nouveaux Etats-membres
 
Grâce au développement des médicaments antirétroviraux, les personnes atteintes du sida ont vu leur espérance de vie s’accroître. Si ces médicaments sont relativement accessibles dans l’Europe des 15, ils le sont beaucoup moins dans les nouveaux pays membres de l’UE, comme l’explique le rapporteur Georgs Andrejevs : « Depuis leur adhésion à l'Union, ces États doivent payer les antirétroviraux aux prix en vigueur en Europe de l'Ouest. Ils éprouvent de grandes difficultés à financer l'accès général aux antirétroviraux pour toutes les personnes qui en ont besoin. »
 
Pour aider davantage les pays voisins à combattre l’épidémie, il suggère donc des mesures de soutien en faveur des systèmes de santé confrontés à la difficulté de fournir un accès universel à des traitements coûteux. « Afin d'alléger la charge qui pèse sur ces systèmes, en particulier dans les pays voisins, il serait essentiel de développer de nouvelles façons de travailler avec, par exemple, le secteur pharmaceutique et d'autres entreprises privées, sous la forme de partenariats public-privé. »
 
Pour Georg Andrejevs, le sida ne peut être combattu que grâce à une approche globale qui aborde plusieurs aspects politiques, sociaux, institutionnels et économiques. Car comme il l’affirme dans son rapport : « le VIH/sida ne connaît pas de frontières ».
 
 
REF.: 20070329STO04905