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L'ancienne République yougoslave de Macédoine, bientôt dans l'Union Européenne ?
Elargissement - 12-06-2007 - 18:52
Son nom officiel, ARYM, ne vous dira peut-être rien ; pourtant, l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) pourrait prochainement ouvrir des négociations pour adhérer à l’Union Européenne. Pays de deux millions d’habitants, à la diversité ethnique et linguistique remarquable, l’ARYM fait l’objet d’un rapport qui sera voté en juillet au Parlement européen. Malgré quelques efforts à accomplir, les députés européens disent espérer une ouverture des négociations « le plus vite possible ».
L’ancienne République yougoslave de Macédoine est l’un des rares pays de la péninsule balkanique à s’être extraite pacifiquement de l’ancienne Yougoslavie, en 1991.
L’ARYM, pays de mélanges et de contrastes
Pourtant, elle aussi rassemble une grande palette d’ethnies, de cultures et de religions différentes. Parmi les macédoniens, 23% sont d’origine albanaise ; une importante minorité, dont la langue est reconnue comme seconde langue officielle -outre le macédonien- dans les régions où elle est parlée par plus de 20% de la population. Deux alphabets peuvent donc être utilisés dans ces région : le latin et le cyrillique. Mais on compte aussi dans le pays des minorités Roms, des Turcs, des Roumains, des Serbes et des Bosniaques. Les orthodoxes y vivent leur foi aux côtés des musulmans et des catholiques.
Cette diversité a cependant déjà conduit à de graves tensions internes, comme en 2001. La crise entre albanais séparatistes et gouvernement de l’ARYM a pu être résolue, à l’époque, grâce à l’intervention et à la médiation de l’Union Européenne (UE). Contrairement à ses échecs précédents dans les Balkans, l’UE a ainsi su jouer un rôle clé, en coopération avec l’OTAN, pour pacifier le pays et parvenir à un accord de paix.
Depuis, l’ARYM s’est clairement tournée vers l’Europe et a été officiellement déclarée pays candidat, en décembre 2005. Toutefois, les négociations préalables à son adhésion n’ont pas encore été ouvertes (elles sont en cours avec un autre pays des Balkans, la Croatie).
La querelle sur le nom de l’ARYM peut-elle bloquer l’ouverture des négociations ?
Le nom inscrit dans sa Constitution est « République de Macédoine » ; mais il est l'objet d'une intense querelle avec son pays voisin, la Grèce, dont certaines provinces sont également appelées « Macédoine ». Dans l'attente d'un accord entre les deux pays, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a provisoirement décidé d'intégrer ce pays des Balkans sous le nom d’ « ancienne République yougoslave de Macédoine » (ARYM). Depuis, et alors que l'accord se fait toujours attendre, l’UE et l’ONU utilisent cette appellation. Les Etats-Unis, la Chine et la Russie préfèrent, eux, parler de « République de Macédoine ».
A l’heure où l’ARYM frappe à la porte de l’Europe et sachant que la Grèce est un pays membre, certains s’interrogent : la querelle sur le nom de l’ARYM peut-elle bloquer l’ouverture des négociations avec l’UE ?
Le projet de rapport du député néerlandais Erik Meijer (GUE/NGL), qui sera débattu lors de la session plénière de juillet, précise : « Pour susciter une confiance réciproque, il est essentiel qu'avant l'adhésion à l'Union européenne, les deux États concernés concluent un accord bilatéral sur l'utilisation des noms dans leurs relations mutuelles et sur l'élimination des malentendus ou susceptibilités subsistant encore en ce qui concerne les symboles et les revendications territoriales. ».
Dès lors, le projet de rapport voté en commission est d’avis qu’en aucun cas, « la question du nom ne doit être utilisée comme obstacle à l’ouverture des négociations et à l’adhésion à l’UE ». Reste à savoir si la plénière en décidera de même.
Représentation des minorités : s’inspirer du modèle européen !
Parlant devant la commission des affaires étrangères qui a adopté son rapport, le député Erik Meijer a appelé à ouvrir les négociations le plus vite possible avec l’ancienne République yougoslave de Macédoine. Cependant, il a également incité la République à « reconnaître comme égale la valeur des langues parlées par ses habitants ».
C’est justement la question linguistique qui avait participé au déclenchement des hostilités entre locuteurs macédoniens et albanais, en 2001. L’accord conclu grâce à la médiation de l’UE avait permis de faire adopter une loi sur les minorités (jugée « exemplaire » par la députée allemande Doris Pack, présidente de la Délégation pour les relations avec les pays de l'Europe du Sud-Est). Dans l'administration et l'enseignement, le principe de représentation des langues minoritaires largement utilisées dans le pays, avait aussi été mis sur pied.
Les députés de la commission des Affaires Etrangères ont jugé que des efforts devaient encore être accomplis dans ce domaine : ils recommandent « de s'inspirer des exemples de la Belgique, de l'Espagne, de l'Italie et de la Suisse, qui ont réussi à mettre en place un système d'administration et d'enseignement tenant compte d'importantes différences linguistiques régionales »; ils espèrent également que « les fonctions publiques seront de plus en plus exercées par des membres de tous les groupes de la population, et ce sur une base proportionnelle ».
Le « pays le plus ensoleillé d’Europe » bientôt dans l’UE ?
C’est Antonio Milososki, le ministre macédonien des affaires étrangères, qui l’affirme : 90% de la population est favorable à l’adhésion du pays à l’UE. L’adhésion de l’ARYM, qu’il a qualifié de « pays le plus ensoleillé d’Europe », est donc selon lui une nécessité. Pour répondre aux conditions d’adhésion à la famille européenne, le gouvernement macédonien a récemment affirmé avoir engagé des discussions sur une législation sur les langues et il travaille à une représentation plus équitable des minorités au sein de l’administration publique.
Alors que les négociations d’adhésion ne sont pas encore ouvertes, les députés européens de la commission affaires étrangères semblent avoir répondu à ces efforts : ils estiment, dans le projet de rapport, que « l'ancienne République yougoslave de Macédoine est le pays qui a le plus de chance d'être le premier, après la Croatie, à adhérer à l'Union européenne ».
REF.: 20070611STO07711

