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Entre musique et politique : portrait de la députée européenne Erna Hennicot-Schoepges

Institutions - 25-07-2007 - 08:00
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MEP Hennicot Schoepges in her office in the European Parliament in Brussels

Erna Hennicot Schoepges : "La culture est partout!"

Erna Hennicot-Schoeges est connue pour son style franc et direct. En politique, comme en musique. Cette pianiste professionnelle fait partie du paysage politique luxembourgeois depuis près de 30 ans ; désormais députée européenne, elle continue à suivre de près les questions culturelles. Ancienne ministre de la culture au Luxembourg, elle met toute son énergie à défendre les arts au plan européen. Rencontre.

Vous êtes impliquée en politique depuis 30 ans : est-ce difficile de passer d’un travail créatif à une vie de politicien ?
 
« Le monde politique est très créatif et dans cette perspective, il rejoint l’art. J’ai choisi de faire de la politique pour montrer qu’un musicien peut apporter beaucoup d’idées à ce monde. Et puis, comme aujourd’hui, il était important pour moi, en tant que femme au Luxembourg, d’agir pour l’égalité hommes-femmes et la combinaison travail-vie familiale. Enfin, il y avait un manque politique à combler dans le domaine de la culture. »
 
Les outils utilisés dans le domaine musical -discipline, talents, techniques et tactiques- sont-ils les mêmes que ceux utiles au monde politique ?
 
« Musique et politique sont plus complémentaires que compatibles. Pour chaque morceau de musique, il n’y a qu’un début : cela demande beaucoup de discipline et d’humilité. Car quelque soit le niveau musical atteint, chaque morceau est un nouveau défi, à chaque fois. Jouer de la musique nécessite un travail constant et persévérant.
 
En politique, il manque cet art de savoir regarder dans les détails, d’observer et de sentir. Finalement, d’aborder les problèmes avec le cœur. Est-ce que la profession d’homme ou femme politique transforme le caractère, au point de les enfermer dans des stéréotypes ? Le danger en politique, c’est justement cette perte potentielle de caractère et l’utilisation de la fameuse « langue de bois », de mots creux. Les citoyens sont horrifiés de cette manie de parler pour ne rien dire. Il faut prendre garde à défendre son propre caractère contre cela ! De toute façon, la musique va faciliter ma vie après la politique. »
 
Les politiciens doivent-ils soutenir et protéger les Arts, ou bien l’implication du monde politique dans les arts les met-elle en danger ?
 
« Il ne faut pas confondre culture et Art. L’un est une partie de l’autre, mais la culture est plus profonde. Elle nous différencie des autres espèces et en Europe particulièrement, nous permet de mieux connaître l’autre, d’être mieux disposé vis-à-vis des autres et de mieux dialoguer.
 
La politique ne doit pas interférer avec le contenu des arts, mais elle doit garantir les conditions de leur exercice. Les exemples négatifs d’ingérence de la politique dans l’art sont encore frais dans nos mémoires, que l’on pense au nazisme ou au communisme. Une ingérence officielle est inadmissible. Sous le communisme, l’art était encouragé et financé pour valoriser la gloire nationale, au prix d’une ingérence dans son contenu.
 
Au sein de l’Union Européenne, nous sommes maintenant à la croisée des chemins. Les pays qui n’ont pas connu le communisme ont offert peu de financement à leurs artistes, qui vivaient dans des conditions sociales difficiles. Au contraire de ceux qui ont vécu le communisme, qui étaient plus généreux avec leurs artistes : depuis la chute du communisme, ces derniers ont vu une régression de leurs conditions matérielles. La liberté exige des sacrifices considérables. Cela signifie souvent  moins d’argent. L’Union Européenne doit parvenir à équilibrer cette question : l’autre modèle étant aujourd’hui les Etats-Unis, où la culture est privatisée mais où les sponsors influencent les contenus.
 
La culture offre une valeur ajoutée, mais pas nécessairement financière. Elle nécessite un investissement qui nourrit la cohésion sociale d’un pays. »
 
Vous avez été ministre de la culture au Luxembourg. Au niveau européen, que souhaiteriez-vous laisser derrière vous ?
 
« Au Luxembourg, j’avais un rôle exécutif. Au Parlement européen, je peux parler de choses que d’autres ne peuvent pas aborder, parce qu’ils ne connaissent pas le sujet en profondeur. Mon but au plan européen, c’est que la politique culturelle soit considérée comme un champ politique à part entière. C’est un sujet transversal, comme l’environnement. On peut parler de culture dans les domaines législatifs, dans l’industrie ou l’éducation. La culture est partout !
 
Quelle est votre morceau de musique préféré ?
 
« Difficile question...mais un de mes morceaux favoris, ce sont les Variations Goldberg de Bach. »
 
REF.: 20070705STO08861