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Des Etats-Unis à l’Europe : la crise financière sous la loupe des députés

Affaires économiques et monétaires - 30-08-2007 - 12:25
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Un trader regarde le cours affiché des actions sur un panneau

Agitation sur les marchés boursiers

Ces dernières semaines, le monde de la finance est agité par une crise qui, née aux Etats-Unis, fait désormais peur à l’Europe : la crise des « subprimes ». Liée au marché des crédits immobiliers, elle a secoué les banques américaines qui avaient prêté à des ménages « à risque » et elle s’est étendue aux marchés financiers mondiaux. En quoi cette crise américaine peut-elle affecter l’Europe ? Et qui est responsable ? Plusieurs députés décryptent et analysent pour nous la situation.

Pour comprendre l’agitation actuelle des marchés financiers, il faut d’abord se pencher sur...le prix des maisons aux Etats-Unis.
 
Que se passe-t-il exactement ?
 
Depuis le début des années 2000, le prix des logements aux Etats-Unis n’a cessé de grimper. Avec des taux de crédit immobilier bas, les ménages ont donc pu emprunter à moindre coût auprès des banques, pour acheter leur maison ou appartement.
 
De nombreux établissements bancaires américains ont aussi offert cette possibilité aux plus pauvres, ou à ceux qui n’avaient jamais emprunté. Or, ces crédits étant plus risqués, les taux d’intérêt pratiqués par ces banques étaient majorés d’une surprime (« subprime » en anglais) ; d’où le terme de « crise des subprimes ».
 
Or voilà plus d’un an que, selon les analystes, ce marché est particulièrement instable : les taux pratiqués étant variables, ils sont sujets à augmentation. Ce qui est le cas depuis plusieurs mois, et qui a conduit à une augmentation des mensualités des ménages. Pour certains, il est devenu impossible de rembourser les prêts.
 
Ainsi, les banques ont dû faire face à l’insolvabilité de beaucoup de leurs clients « subprime » et ont perdu de l’argent. Leurs difficultés à se refinancer sur les marchés internationaux (par l’intermédiaire par exemple de vente d’actions, obligations ou autres outils financiers), a finalement conduit à la crise.
 
Quelles conséquences pour l’Europe ?
 
En matière de crédit, la législation européenne est plus stricte qu’aux Etats-Unis. Les banques européennes demandent aussi plus de solidité financière aux ménages à qui ils prêtent de l’argent. Ce qui fait dire au député européen britannique Peter Skinner (PSE), à propos d’un possible « effet ricochet » sur l’Europe, que « le problème ne concerne pas tant les prêts sur le marché immobilier, que les effets sur notre système bancaire et les prêts bancaires dans d’autres parties du monde ».
 
Car l’interconnexion des marchés financiers fait que les banques européennes pourraient elles aussi manquer de liquidités. Et ne plus pouvoir, par conséquent, répondre aux besoins de financement de leurs clients et partenaires. Autre conséquence possible : elles pourraient devenir frileuses pour accorder de nouveaux prêts. Pour éviter cela, la Banque Centrale Européenne a réagi. Elle a injecté des liquidités sur les marchés, en plus des opérations normales de refinancement.
 
« Les banques centrales ont bien réagi en intervenant pour éviter une éventuelle crise des liquidités », juge le député italien Renato Brunetta (PPE-DE). « Mais c’est une solution d’urgence et de court-terme ». La situation demeure encore fragile et les banques européennes tremblent.
 
Qui est responsable ?
 
En ligne de mire : les agences de notations de crédit. Chargées d’évaluer les entreprises et les opérations effectuées sur les différents marchés financiers, elles constituent un indicateur précieux pour les investisseurs désireux de placer leur argent. Ainsi, si une entreprise a besoin de financement et est bien notée par les agences, les investisseurs n’hésiteront pas à lui faire confiance et à acheter ses produits financiers (comme des actions ou obligations).
 
A propos du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis, « les agences de notations auraient dû avertir à temps des risques sur le marché », selon Pervenche Bérès, député européenne française (PSE) et présidente de la commission des affaires économiques et monétaires au Parlement. Selon certains analystes en effet, les agences de notations ont sous-évalué les risques liés au crédit immobilier « subprime » américain, auxquels étaient exposées certaines entreprises. Ils n’ont donc pas averti à temps les investisseurs potentiels.
 
La sous-évaluation était-elle volontaire ? Selon Pervenche Bérès, il faut se poser la question d’un possible conflit d’intérêt qui l’expliquerait : « Il faut revoir le mécanisme de surveillance, car les agences de notations sont payées par les mêmes entreprises qu’elles sont censées évaluer ».

En écho, le député espagnol José Manuel Garcia-Margallo (PPE-DE) estime lui aussi qu’il faut revoir le système de contrôle : « Nous devons étudier de plus près l’efficacité de ces systèmes. Auraient-ils été suffisamment efficaces si une telle crise était née en Europe ? »
 
Leçons de crise
 
Cette crise pousse l’Europe à s’interroger. « La règle devrait être : celui qui a fait une erreur, paye », déclare le député Renato Brunetta. « C’est aux épargnants de distinguer les bons et les mauvais investissements...mais ils ne peuvent le faire que si nous imposons plus de transparence aux opérateurs. ». Plus d’information et de transparence : au Parlement européen, l’appel est quasiment unanime.
 
Les députés avaient déjà adopté, en 2004, un rapport sur une éventuelle réglementation européenne des agences de notation : elles seraient enregistrées dans un registre commun, selon des critères publics d’indépendance, de crédibilité et d’objectivité. La Commission européenne semble prudente avec cette idée, mais devrait néanmoins proposer un rapport à ce sujet en début d’année prochaine. Par deux fois cette année, le Parlement européen avait interpellé la Commission européenne pour qu’elle surveille de plus près le travail des agences de notations de crédit.
 
De retour de la trêve estivale, les députés européens débattront de l'agitation des marchés internationaux la semaine prochaine dans l'hémicycle strasbourgeois. Commission et Conseil viendront s'exprimer à ce propos. Par ailleurs, la présidente de la commission affaires économiques et monétaire Pervenche Bérès a invité, la semaine suivante, le président de la BCE Jean-Claude Trichet, à venir discuter de la crise avec les députés.
 
Faut-il faire plus ? Le député finlandais Alexander Stubb (PPE-DE) juge que le Parlement ne doit pas outrepasser son rôle de superviseur parlementaire de  l’autorité de surveillance des marchés. « C’est plutôt maintenant aux autorités de surveillance de rester attentives et de prévenir toute conséquence néfaste de la crise, en travaillant dans le cadre de leurs compétences et des structures existantes ».
 
REF.: 20070823STO09819