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Communiqué de presse
 

Trichet : tempête sur les marchés financiers, taux d'intérêts et pouvoir d'achat

Affaires économiques et monétaires - 27-03-2008 - 10:35
Commissions
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L'inflation devrait rester à un niveau assez élevé plus longtemps que prévu et les perspectives de croissance sont "inhabituellement incertaines", selon Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui rencontrait ce mercredi la commission des affaires économiques et monétaires pour la première des quatre sessions du dialogue monétaire de 2008. Les députés l'ont interrogé sur la réaction de la BCE face à la tourmente sur les marchés financiers et sa priorité qu'est le contrôle de l'inflation.

A moyenne échéance, les risques en termes de perspectives pour l'inflation sont à la hausse et "la période de taux d'inflation relativement élevés sera plus longue qu'initialement prévu", a indiqué devant les députés le président de la BCE. Il a jugé impératif de "prévenir les effets de deuxième tour d'une hausse des prix et salaires basée sur les taux d'inflation actuels. C'est là la clef si l'on veut préserver la stabilité des prix à moyen terme et, partant, le pouvoir d'achat de tous les citoyens de la zone euro". Si l'on s'attend à une poursuite de la croissance, bien qu'à un taux inférieur aux projections initiales, "l'incertitude concernant les perspectives de croissance économique demeurent inhabituellement grandes".
 
Quant aux conclusions à tirer des récentes secousses sur les marchés financiers, M. Trichet a déclaré :" j'en appellerais à un nouveau saut culturel aux niveaux national, européen et international. Je résumerais ce saut culturel en deux mots : transparence et anti-cyclisme". (Le texte intégral de l'allocution d'introduction de M. Trichet est accessible via le lien ci-dessous.)
 
Améliorer les comportements sur les marchés financiers
 
Alexander Radwan (PPE-DE, DE) s'est interrogé quant au comportement grégaire et au besoin de transparence sur les marchés financiers. Les politiciens devront-ils intervenir pour tracer les contours du changement de comportement ? M. Trichet a répondu que "le constat que la transparence est capitale n'est pas nouveau", il a permis d'éviter la contagion lors de la crise asiatique et il en va de même aujourd'hui : "Lorsque la transparence fait défaut, elle suscite nervosité, réaction grégaire et turbulences sur les marchés". Les autorités publiques, a-t-il dit, "doivent créer un environnement induisant les établissements privés à se comporter avec autant d'efficacité que possible. La situation actuelle n'est pas adaptée et doit être améliorée".
 
Plusieurs députés, dont la présidente de la commission, Pervenche Berès (PSE, FR), ont insisté pour savoir de la bouche de M. Trichet si le moment était venu de regarder au-delà des codes de conduite et autres mesures d'autorégulation et d'envisager que les autorités publiques légifèrent pour pallier les défaillances du marché. M. Trichet a expliqué : "Nous devons constamment appeler les acteurs des marchés à améliorer d'eux-mêmes leur comportement. Si leurs réponses ne sont pas convaincantes ou s'ils sont dans l'incapacité de le faire, alors il est temps de réglementer. Je n'exclus nullement d'emblée de règlementer, mais il est de bonne pratique de voir si l'on peut procéder en définissant les meilleurs principes directeurs et les points de référence". Il a également insisté sur la nécessité de travailler avec les autres juridictions, notamment aux États-Unis, sur de tels dossiers, chose qui, a-t-il déclaré, se faisait au travers du Forum de Stabilité Financière.
 
Une "correction permanente du marché"
 
Le pire de l'actuelle crise sur les marchés financiers est-il passé ?, s'est interrogé Wolf Klinz (ADLE, DE). "L'actuelle situation est un processus ininterrompu de correction très significative du marché caractérisé par des épisodes de turbulence, un niveau élevé de volatilité et une surréactivité. Cette correction du marché est continue", a répondu le Président de la BCE.
 
Robert Goebbels (PSE, LU) a opposé le maintien des taux d'intérêts décidé par la BCE aux baisses des taux opérées par la Federal Reserve aux États-Unis. Selon lui, assurer aux banques des "liquidités sans limites" comme le fait la Banque européenne risque d'encourager une poursuite de l'endettement, puisque c'est garantir aux banques qu'elles pourront toujours compter sur le soutien de la BCE, alors qu'une baisse des taux aurait pu aider tant le secteur financier, qui en a besoin, que l'économie en général. M. Trichet en a fermement disconvenu : "Si nous avions procédé à une baisse des taux pour une raison autre que le maintien de la stabilité des prix, nous aurions en réalité demandé à nos concitoyens de subventionner les banques en leur faisant porter le poids de l'inflation". Il a fait observer que la BCE et la Fed opéraient dans des contextes différents et étaient confrontées à des chocs différents s'inscrivant dans des économies différentes.
 
Inflation et pouvoir d'achat
 
Attirant l'attention sur le fait que les projections de la BCE indiquaient un taux d'inflation supérieur aux objectifs pour les mois qui viennent, John Purvis (PPE-DE, UK) a demandé si d'autres facteurs influaient aujourd'hui sur les décisions en matière de taux d'intérêts. "Absolument pas", a répondu M. Trichet. "Si nous avons maintenu les taux à leur niveau actuel, c'est parce que nous estimons que ce niveau correspond à ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité des prix à moyen terme ... Nous n'avons qu'une aiguille à notre boussole".
 
Donatella Gottardi (PSE, IT) a demandé ce qui pouvait être fait pour préserver le pouvoir d'achat des gens et éviter l'apparition de "travailleurs pauvres". M. Trichet a souligné dans sa réponse qu'en temps normal, les hausses de salaires devraient être liées à un accroissement de la productivité. Mais pendant les périodes de chocs externes sur les prix, l'économie doit s'adapter au fait que davantage de transferts se font vers des fournisseurs extérieurs. "Lorsque le prix a été majoré, si vous n'acceptez pas que c'est le prix à payer, vous ouvrez la voie à une spirale inflationniste et à une hausse du chômage... Le chômage de masse s'est installé en Europe à la suite d'une très mauvaise réaction politique aux premiers chocs pétroliers dans les années 1970".
 
25/03/2008
Commission des affaires économiques et monétaires
Président : Pervenche Berès (PSE, FR)
Dialogue monétaire avec la Banque centrale européenne
REF.: 20080325IPR24801