Article
20% d'énergies renouvelables en 2020? Claude Turmes analyse le projet législatif
Energie - 01-04-2008 - 12:44
Avec les prix record du pétrole, le développement de sources d’énergie alternatives aux énergies fossiles s’impose comme une urgence. Le vent, le soleil, la pluie, la chaleur géothermique sont, eux, renouvelables ; et ils n’émettent pas de gaz à effet de serre. D’ici à 2020, 20% de la consommation énergétique européenne devra provenir de telles sources : telle est l’ambition du plan présenté en janvier dernier par la Commission européenne. Le député Claude Turmes analyse pour nous son contenu.
En mars 2007, les dirigeants européens ont adopté un plan énergétique ambitieux pour l’Europe. Non seulement les émissions de gaz à effet de serre devraient être réduites de 20% d’ici à 2020, mais la part des énergies renouvelables devrait, elle aussi, atteindre 20% de la consommation énergétique totale de l’Europe.
Energies renouvelables : un avenir sans nuages ?
Contrairement aux énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon, l’utilisation de ressources naturelles comme le vent, le soleil, les marées, la biomasse ou la chaleur géothermique semble inépuisable. De plus, leur exploitation n’émet pas de gaz à effet de serre : selon les estimations, l’objectif de 20% de parts de renouvelables d’ici 2020 permettrait de réduire les émissions de 600 à 900 millions de tonnes de CO2 par an !
Le défi des énergies renouvelables semble donc avantageux. Non seulement il placerait l’Union Européenne en position de pointe dans le domaine des technologies durables, mais il créerait presqu'un million de nouveaux emplois d’ici à 2020. Tout le monde s’accorde donc à relever le défi.
Promouvoir les énergies renouvelables : le plan européen
Le 23 janvier dernier, la Commission européenne a donné suite à ces objectifs ambitieux en présentant une proposition législative visant à promouvoir les énergies renouvelables -que ce soit dans le secteur de l’électricité, du chauffage ou des biocarburants. Selon le projet présenté, chaque pays aura des objectifs nationaux et les sources d’énergie renouvelables devront disposer d’une garantie d’origine.
Au Parlement européen, c’est le député luxembourgeois Claude Turmes (Verts/ALE) qui sera l’auteur du rapport sur la proposition législative. « Les objectifs de 20% d’ici 2020 vont dans la bonne direction », nous a-t-il indiqué, avant de détailler le contenu des propositions.
Claude Turmes : « Oui aux objectifs nationaux, mais attention aux garanties d’origine »
La part actuelle d’énergies renouvelables dans la consommation des pays européens varie grandement : Malte ne tire aucune énergie de sources renouvelables, tandis que 39% de l’énergie consommée de Suède provient du solaire, de l’éolien ou du géothermique. Pour parvenir à l’objectif de 20% au plan européen, les efforts de chaque pays devront donc être différenciés : chacun aura des objectifs nationaux annuels à atteindre.
«Dans la proposition législative, les objectifs nationaux sont très bien définis », juge Claude Turmes, après analyse des chiffres proposés. Mais lors du vote sur cette proposition à l’automne prochain, les membres du Parlement européen devront s’abstenir, selon lui, « de se transformer en lobbyistes de leurs intérêts nationaux : nous devrons défendre les intérêts européens », ajoute le député luxembourgeois.
Pour autant, Claude Turmes reste critique quant à la proposition de créer des « garanties d’origine » pour l’énergie renouvelable. Telle que présentée, elle manque selon lui de base légale solide et pourrait « mettre en péril les systèmes déjà existants de soutien national à l’énergie renouvelable ». Le texte devra donc être remanié pour « garantir la sécurité des investissements dans l’énergie renouvelable ».
Abandonner l’objectif de 10% de biocarburants
10% de biocarburants dans les transports européens d’ici à 2020 ? Un objectif qui, selon Claude Turmes, doit être abandonné au vue des dernières études scientifiques : « Les récoltes annuelles de betteraves et de blé ont un très mauvais bilan en terme d’émission de CO2 », explique-t-il. L’euphorie initiale envers les biocarburants s'est transformée en une approche beaucoup plus prudente.
Mais la Commission européenne « n’a pas eu le courage d’abandonner » l’objectif de 10% dans ses propositions : le Parlement européen devra soutenir sa suppression de la proposition législative. Pour autant, la biomasse pourrait être utilisée efficacement dans les systèmes de chauffage et d’électricité, défend Claude Turmes.
La Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie devrait se prononcer en juin prochain.
Claude Turmes par Claude Turmes
Né en 1960, le Luxembourgeois Claude Turmes a été professeur de sport avant de s’impliquer dans les mouvements écologistes de son pays. Elu en 1999 député européen pour le parti Vert luxembourgeois « Déi Gréng », il a voulu être là « où les discussions sur les politiques européennes de l’environnement et de l’énergie sont formulées ». Le Parlement européen ? C’est pour lui « l’endroit où contribuer à un monde plus juste et pacifié - un monde en paix avec son environnement ».
Claude Turmes est vice-président du groupe Verts/ALE au Parlement européen, membre de la commission industrie, recherche et énergie ainsi que de la commission temporaire sur le changement climatique.
REF.: 20080331STO25142

