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Le paradoxe de la protection des minorités en Europe
Justice et affaires intérieures - 05-02-2009 - 12:04
Mardi 3 février 2009, plusieurs députés européens ont interrogé la Commission européenne sur les efforts entrepris en faveur de la protection des minorités ethniques en Europe. Parmi eux, le Hongrois Csaba Tabajdi (Parti socialiste européen - PSE) répond à nos questions.
Dans quelle mesure les droits des minorités ethniques diffèrent-ils de ceux des immigrants ?
La différence ne réside pas dans les libertés fondamentales, qui sont garanties pour tous. L'Etat doit soutenir les minorités ethniques dans leurs aspirations à préserver leur langue maternelle, leur culture, leur identité - ils vivent sur son territoire depuis des siècles. Pour les immigrants, le rôle de l'Etat est différent : il doit les aider à intégrer la société et apprendre la langue du pays hôte.
Vous avez dit un jour que l'Europe a toujours récompensé les minorités qui utilisent la violence et non celles qui usent de moyens pacifiques et constitutionnels...
C'est un fait. Il n'y a que très peu d'exemples contraires - peut-être les Finlandais parlant Suédois.
Cela ne veut pas dire que je milite pour la violence. Je pense plutôt que les minorités qui se sont toujours battues de façon pacifique et constitutionnelle pour leurs droits doivent être récompensées. Mais la question de l'autonomie reste toujours un tabou pour certaines minorités nationales. C'est là l'un des grands paradoxes de la protection des minorités en Europe.
Les minorités en chiffres
- 300 minorités différentes vivent en Europe
- Un européen sur sept appartient à une minorité (un sur dix dans l'Union européenne)
- Plus de 90 langues sont parlées en Europe, dont seulement 37 reconnues comme des langues officielles
Il y a deux poids, deux mesures. En 1994 à Copenhague, le Conseil européen avait défini la protection des minorités comme un critère d'adhésion à l'Union européenne. Malheureusement, un an plus tard, cela n'a pas été repris dans le Traité d'Amsterdam. En d'autres termes, les 12 nouveaux Etats membres ont dû respecter le critère de protection des minorités alors que les anciens Etats membres ne les appliquaient pas eux-mêmes.
Si la France ou la Grèce sollicitaient l'adhésion aujourd'hui, ils ne seraient pas acceptés car ils n'ont ratifié ni la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ni la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales.
Il n'y a pas une seule référence à l'existence de minorités nationales dans les 80 000 pages de législation européenne : c'est pourquoi l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne serait si importante. Il fournirait pour la première fois une base légale pour la protection des minorités en Europe
REF.: 20090202STO47935
En savoir plus :
- Questions des parlementaires sur la protection des minorités
- Fiche personnelle de Csaba Tabajdi
- Situation des droits fondamentaux dans l'Union européenne (2004-2008)
- Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (anglais)
- Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (anglais)
- Union fédéraliste des communautés ethniques européennes
- Carte des langues en Europe (anglais)

