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Quelle protection de la vie privée sur internet ?
Information - 09-03-2009 - 12:10
« Internet est le plus formidable instrument que le monde ai jamais connu pour accroître les droits fondamentaux… Mais il peut dans le même temps contribuer à les supprimer », explique Stavros Lambrinidis, député européen auteur d'un rapport sur le sujet. Alors que la France envisage de punir les téléchargements illégaux, la commission des libertés civiles du Parlement européen a organisé une audition pour débattre du respect de la sphère privée et des dangers d'internet.
« Big Brother is watching you ». Qui ne connaît pas le menaçant slogan inventé par George Orwell ? Si l'année 1984 est maintenant derrière nous, ainsi que les régimes totalitaires mis en cause, la vision du célèbre écrivain britannique revient sur le devant de la scène lorsque l'on évoque internet. Entre liberté et sécurité sur le web, faudra-t-il choisir ?
Le site web propose, l'internaute dispose ?
Quelle utilisation des données personnelles est faite sur le web ? En règle générale, le consentement de l'internaute est demandé, par exemple pour l'utilisation de ses coordonnées à des fins commerciales. Mais en fonction de la forme de ce consentement (case à cocher ou décocher, termes généraux d'utilisation d'un site web…), les internautes ne sont pas forcément au courant des enjeux.
Peut-on dans ce cas parler d'un consentement véritablement conscient ? « Pas tant que les entreprises et les gouvernements ont clairement plus de pouvoir et de connaissance que les individus », répond Stavros Lambrinidis (Grec, membre du Parti socialiste européen - PSE). De plus, les entreprises proposent souvent des services plus intéressants en échange d'une moindre protection de la vie privée.
Du fait de cette asymétrie entre les acteurs qui se rencontrent sur internet, la question du consentement va se trouver au cœur des débats des prochaines années sur la sécurité sur internet. Stavros Lambinidis milite pour un « consentement non ambiguë » de la part de l'internaute.
Une sphère privée qui se publicise
La licence offrant au site internet Facebook tous les droits pour une période illimitée sur les données personnelles de ses utilisateurs avait fait grand bruit dans le monde des réseaux sociaux en ligne, de même que l'impossibilité de supprimer certaines données accessibles à tout le monde. Les pouvoirs publics commencent à se pencher sur ces questions. Le rapport de Stavros Lambrinidis revendique ainsi le droit pour les internautes de demander la « suppression permanente des données personnelles » conservées par un site web.
Stavros Lambrinidis note qu'il y a 20 ou 30 ans, « personne ne connaissait les magazines ou les livres que chacun lisait, à part la famille ; aujourd'hui, cette information peut se trouver sur internet ».
Vers une déclaration des droits sur internet
Internet n'est pas un espace de jeu sans règle, selon Peter Hustinx, Contrôleur européen de la protection des données. Pour lui, les règles et les valeurs qui ont cours dans le monde « réel » doivent s'appliquer également au monde virtuel. En ce sens, une déclaration des droits sur internet permettrait de « mettre en valeur les droits existants ». « La liberté doit être régulée pour permettre à internet de prospérer », soutient Stefano Rodotà, de l'Agence européenne des droits fondamentaux.
Cependant, si internet peut être source de dangers (incitation à la haine raciale, terrorisme, usurpation d'identité…), il ne faut pas tomber dans la paranoïa, ont relevé plusieurs participants à l'audition. Tout en combattant la web-criminalité, il convient de protéger le droit des citoyens à accéder à l'information. Stavros Lambrinidis a d'ailleurs évoqué les risques de couper l'accès internet des citoyens ayant effectué des téléchargements illégaux. Selon lui, cela pourrait creuser la « fracture numérique » et mener à une nouvelle sorte d'illettrisme, propre au 21e siècle : l' « e-illettrisme ».
REF.: 20090302STO50556
En savoir plus :
- Défendre les droits des citoyens sur internet - L'audition en détail
- Rapport de Stavros Lambrinidis (en anglais)
- En ligne, la vie privée demeure protégée - Notre article (23/09/2008)
- Téléchargement illégaux : criminaliser les consommateurs n'est pas la solution - Notre article (16/04/2008)
- Contrôleur européen de la protection des données - Site officiel
- Agence européenne des droits fondamentaux

