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La crise du lait expliquée par le président de la commission de l'agriculture, Paolo De Castro
Agriculture - 09-09-2009 - 18:40
La crise laitière : problèmes et enjeux, par europarltv
Alors que dans toute l'Europe, les producteurs de lait laissent entendre leurs inquiétudes quant à leur avenir, nous avons demandé à l'Italien Paolo De Castro (Groupe Socialistes et démocrates), président de la commission de l'agriculture, quelles étaient les causes, les conséquences et les solutions au problème actuel.
Pourquoi les prix du lait sont-ils si bas pour les agriculteurs ?
Paolo De Castro : Cette crise est causée par la faible demande du fait de l'état de l'économie internationale et de la crise financière. A côté de cela, des acteurs majeurs - comme la Chine - importent de moins en moins.
Avec le même nombre de vaches et les mêmes politiques, nous avions un problème inverse à l'automne 2007 : les prix étaient extrêmement élevés. A ce moment-là, j'étais ministre de l'agriculture en Italie et nous avions de nombreuses réunions avec Mariann Fischer Boel (Commissaire européenne à l'agriculture, ndlr) sur la façon de gérer les prix.
Que doit faire l'Union européenne (UE), mis à part acheter des produits laitiers ?
PDC : Il faut relancer la consommation dès maintenant et peut-être qu'à la fin de l'année ou au printemps 2010 nous verrons des signes positifs sur le marché. Le prix de la poudre de lait a déjà augmenté de 20 %.
Des actions ont déjà été entreprises, comme le fait de donner du lait aux écoliers. Toutes les décisions visant à soutenir la demande et la consommation sont importantes.
Pour minimiser le risque de fluctuation des prix, l'UE devrait introduire un système d'assurance pour les agriculteurs, payé en partie par l'UE, en partie par les Etats membres, en partie par eux-mêmes.
Les produits importés représentent-ils une menace ?
PDC : Nous ne pouvons être protectionnistes. Plus l'agriculture européenne est forte, plus grande est sa capacité à exporter les produits agricoles dans le monde entier. Néanmoins, nous devons nous assurer que les produits provenant de l'extérieur de l'UE répondent aux mêmes normes que ceux produits par nos agriculteurs - en termes de protection de l'environnement, de bien-être animal, de lutte contre le changement climatique etc.
Certains pays comme la Nouvelle Zélande réfléchissent à stimuler la demande en utilisant le lait pour la production de biocarburants…
PDC : Personnellement je ne suis pas en faveur d'un passage de l'agroalimentaire à l'énergie. L'Europe a besoin de produire de la nourriture car la demande est très forte dans le monde entier. L'enjeu n'est pas de réduire la production, mais de produire plus pour nourrir le monde.
De nombreux pays africains s'inquiètent pour l'avenir de l'agroalimentaire. D'après le dernier rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, ndlr), 45 millions d'hectares ont été achetés en Afrique par le Japon, la Corée du Sud ou encore la Chine. Ces pays souhaitent y planter des semences pour le biocarburant.
Pourquoi le bas niveau des prix payés aux agriculteurs ne se reflète-t-il pas dans les prix pour les consommateurs ?
PDC : Le problème, c'est que les agriculteurs n'ont pas de pouvoir sur le marché. En face, la grande distribution dispose d'un pouvoir important. Nous devons aider les agriculteurs à mieux s'organiser - mieux qu'en coopératives ou en associations de producteurs. Nous devons également réduire la spéculation, mais ce n'est pas le principal problème.
Note : La semaine prochaine, le Parlement européen votera une proposition de la Commission européenne visant à étendre la période pendant laquelle l'Union européenne achète du lait écrémé et du beurre, évitant ainsi une chute trop importante des prix. La commission de l'agriculture s'est déjà prononcée unanimement en faveur d'une mesure similaire pour le fromage.
S'il adopte cette mesure, le Parlement européen donnera un signal important aux autres institutions européennes. En effet, si le Traité de Lisbonne venait à entrer en vigueur, le Parlement européen serait mis sur un pied d'égalité avec le Conseil de l'Union européenne en matière d'agriculture.
REF.: 20090904STO60247
En savoir plus :
- Le rapport présenté devant le Parlement européen
- Prix du lait : prolonger l'aide publique jusqu'en février 2010 - Article détaillé (02/09/2009)
- Communiqué de presse de la Commission européenne (22/07/2009)
- Crise du lait: l'UE soutient les producteurs - Par la Commission européenne (22/07/2009)
- Le programme européen « Lait aux écoles »
