Les députés européens ont souligné la nécessité d'envoyer l'aide promise par l'Union européenne (UE) le plus rapidement possible et de s'engager de manière forte pour la reconstruction. « Notre objectif est de soulager la souffrance et de reconstruire sur le long terme », a déclaré Catherine Ashton, la Haute représentante pour les affaires étrangères, lors de sa première déclaration dans l'hémicycle.
« J'ai demandé ce débat pour faire le point sur cet énorme désastre politique et humanitaire », a déclaré Catherine Ashton aux députés européens mardi 19 janvier. La veille, lors d'une session extraordinaire, les ministres des affaires étrangères s'étaient accordés sur 122 millions d'euros d'aide humanitaire et 100 million d'euros pour des actions non-humanitaires. La contribution financière de l'UE pour une réponse à long-terme s'élèvera à 200 millions d'euros, selon la Britannique. La Commission évaluera avec les Etats membres si cette somme peut être augmentée, a ajouté Karel De Gucht, commissaire désigné au développement et à l'aide humanitaire.
« C'est une réponse importante dans un court délai. Trouver l'argent sera moins difficile que de le faire parvenir sur place », a mis en garde Catherine Ashton. Elle a également indiqué que le Conseil de l'Union européenne examinerait de nouveau la question d'Haïti le 25 janvier prochain et pourrait déployer un contingent de gendarmerie européenne à Port-au-Prince.
« L'UE a répondu rapidement mais nous avons résisté à l'urgence de nous rendre sur place, conformément aux recommandations du Secrétaire général de l'ONU », a-t-elle affirmé aux députés. Elle a précisé qu'elle se rendrait aux Etats-Unis cette semaine afin de coordonner les efforts avec les Nations Unies et l'administration américaine. De son côté, Karel De Gucht a annoncé qu'il se rendrait en Haïti et en République Dominicaine ce mercredi.
« Il ne s'agit pas seulement de sauver des vies humaines mais de sauver un pays tout entier », a quant à lui déclaré Karel de Gucht. Les membres des organisations internationales sont également victimes de la catastrophe, ce qui rend plus difficile l'organisation de l'aide sur place, a-t-il expliqué, ajoutant que l'aide médicale d'urgence, l'aide technique et logistique étaient nécessaires afin d'éviter des risques supplémentaires tels qu'une épidémie de choléra.
Interventions des députés européens
Gay Mitchell (Parti populaire européen, Irlandais) a salué le fait qu'après la visite du commissaire de Gucht à Haïti et en République Dominicaine, il viendrait s'exprimer lundi 25 janvier en commission du développement. L'UE étant le premier pourvoyeur d'aide humanitaire, « elle doit être plus visible sur le terrain », a-t-il déclaré, en suggérant la présence de troupes de l'UE. Il a également attiré l'attention sur le problème sous-jacent d'Haïti, à savoir la pauvreté, et a appelé à y trouver des solutions sur le long terme.
Linda McAvan (Socialistes et démocrates, Britannique), en référence aux initiatives de collecte de fonds, a estimé que la population « a magnifiquement réagi », et que l'UE devrait accroître son soutien. Elle a souligné qu'une conférence internationale sur Haïti devrait porter sur la question de la dette du pays. Elle a demandé si le prêt de 100 millions d'euros du Fonds monétaire internationale à Haïti pourrait être converti en don.
Liam Aylward (Alliance des libéraux et démocrates, Irlandais) a déclaré que « la situation en Haïti est le pire désastre humanitaire depuis des décennies ». « Des problèmes bureaucratiques entravent clairement la distribution de l'aide, ce qui a des conséquences graves sur le terrain, où un leadership et une assistance sont requis. Le développement à long terme d'Haïti doit devenir une priorité. Quand les caméras seront parties, l'UE devra poursuivre son travail de reconstruction du pays. »
Eva Joly (Verts, Française), présidente de la commission du développement, a souligné l'ampleur de la tragédie, sans précédent avec les autres catastrophes. Selon elle, « les institutions internationales ont imposé des politiques erronées en Haïti et affaibli le tissu social du pays ». Il faut « apporter tout d'abord un maximum de soutien à Haïti pour régler ce qui relève de l'urgence » mais « nous devons remettre en question nos propres méthodes de développement ». Et de conclure en comparant les 150 milliards de dollars des banques américaines au volume d'aide prévu pour l'instant (130 millions d'euros à court terme, et 200 millions pour les besoins à plus long terme).
Nirj Deva (Conservateurs et réformateurs, Britannique) a rappelé que lors de chaque catastrophe naturelle, « les infrastructures font défaut ». « Nous devons être capable de fournir des infrastructures », a-t-il ajouté, demandant la mise en place d'une opération de sauvetage internationale permettant non seulement de fournir une aide urgente mais aussi de reconstruire les infrastructures.
Patrick Le Hyaric (Gauche unitaire européenne, Français) a estimé que l'assistance de l'UE devrait être renforcée et que le système bancaire mondial devrait également contribuer à aider Haïti. « Les institutions financières internationales ont asphyxié Haïti avec une dette odieuse, et notre Parlement devrait se prononcer pour une annulation immédiate et sans condition de la totalité de cette dette ». Il a ajouté, que les États-Unis ne devraient pas être autorisés « à occuper Haïti », sous prétexte de l'aide fournie.
Fiorello Provera (Europe de la liberté et de la démocratie, Italien) a exprimé sa « profonde solidarité avec les victimes de ce terrible tremblement de terre ». « Dans des situations de ce genre, où les bâtiments et les infrastructures ont été détruits à une grande échelle avec des milliers de morts, l'aide est indispensable. Toutefois, il est difficile d'apporter une aide sans exiger un minimum de sécurité publique pour les travailleurs humanitaires. Collecter les fonds nécessaires et les distribuer correctement est essentiel. Trop souvent, à la fois l'aide publique et l'aide privée ont vu leur générosité trahie. Un système adéquat de contrôle doit être mis en place en vue d'éviter une approche désordonnée de la distribution des aides et le vol éventuel des fonds, dans un pays qui a un niveau de corruption élevé et un gouvernement faible », a-t-il estimé.
Nick Griffin (non-inscrit, Britannique) a jugé « l'horreur d'Haïti choquante » et « la compassion pour les victimes innocentes de cette catastrophe naturelle est humaine ». Et d'ajouter : « tout le monde ici est bien rémunéré et peut se permettre de donner. Je vais vous donner mon allocation de présence d'aujourd'hui et si tous les autres eurodéputés britanniques font de même ». « Si le nombre de morts en Haïti est choquant, cet hiver, plus de 50 000 retraités en Grande-Bretagne sont morts prématurément à cause du froid et du coût de chauffage », a-t-il fait observer.
Conclusions de Mme Ashton
« Le fait que nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités américaines représente également un élément important de notre action actuelle et future », a déclaré Mme Ashton en réponse aux questions sur la visibilité de l'aide et sur la coordination sous l'égide des États-Unis.
« N'oublions pas que, pour la toute première fois, le Conseil et la Commission se sont mobilisés pour répondre à la crise actuelle », a-t-elle souligné, se félicitant du fait que 21 États Membres aient répondu avec des engagements concrets d'équipes de recherche et de secours, d'hôpitaux mobiles et d'unités d''épuration des eaux.
Aux députés européens qui la critiquaient pour ne pas s'être rendue à Haïti, elle a déclaré : « Je n'avais rien à fournir sur le terrain sinon prendre un espace précieux alors que les avions étaient incapables d'atterrir à cause de l'état de l'aérodrome (...) Je ne suis pas un médecin, ni un pompier. Ma place était de réunir une coordination au niveau de l'UE et des Nations Unies ».
Reconnaissant la difficulté d'acheminer l'aide jusqu'aux personnes qui en ont besoin, elle a déclaré : « Ai-je bien agi ? Oui. Suis-je satisfaite ? Non ».