Débat avec M. Draghi: les problèmes des banques et l'avenir de la zone euro
Commission : Affaires économiques et monétaires
Un "concept raisonnable d'ici la fin de l'année" pour la supervision des banques de l'UE constitue la principale priorité, a déclaré le Président de la BCE, Mario Draghi, aux députés de la commission des affaires économiques et monétaires, lundi 9 juillet. Il a souligné que la BCE pourrait assumer cette tâche, avec le Parlement européen qui aurait comme rôle central de garantir la responsabilité démocratique et la légitimité.
Lors de l'audition trimestrielle de la commission parlementaire, M. Draghi a répondu à des questions sur les détails d'une union bancaire européenne et sur une vision plus large de la direction que devrait prendre la zone euro. Il a souligné les efforts des pays les plus touchés par la crise, en particulier l'Irlande et le Portugal, tout en reconnaissant ceux de l'Espagne et de l'Italie.
La supervision des banques de l'UE est la principale priorité
Faisant observer que la qualité doit parfois passer avant la rapidité, M. Draghi a cependant admis que la supervision des banques à l'échelle européenne devrait faire l'objet de mesures concrètes d'ici la fin de l'année. Répondant à une question de Jean-Paul Gauzès (PPE, FR) sur la manière dont la BCE envisage le rôle de superviseur des banques, il a déclaré que la BCE était prête à remplir ce rôle, mais a ajouté qu'il était essentiel que les décisions en termes de politique monétaire restent indépendantes de sa fonction de superviseur. En outre, il a souligné que tout renforcement des pouvoirs de la BCE demanderait davantage de responsabilité, qui serait obtenue plus aisément en garantissant que le Parlement européen y joue un rôle central.
Interrogé sur le sujet, M. Draghi a affirmé que le superviseur européen ne devait pas "réinventer la roue" et que l'on s'en remettrait toujours aux superviseurs nationaux pour leur connaissance de la situation nationale. Répondant à une question de Bas Eikhout (Verts, NL) sur la supervision des banques à l'échelle européenne, M. Draghi a expliqué qu'il était difficile d'établir une ligne claire mais que le besoin le plus urgent était de superviser les grandes banques.
Questionné sur le dernier scandale bancaire impliquant l'établissement de taux de crédits hypothécaires, M. Draghi a déclaré: "J'espère que la BCE aurait mieux travaillé. Ce scandale a été un choc".
Les députés ont à nouveau soulevé le problème des banques qui n'appliquent pas les baisses de taux d'intérêt de la BCE aux ménages et aux entreprises. M. Draghi a souligné que la BCE ne pouvait pas dicter la politique d'entreprise aux banques, mais de nombreux députés ont répondu que la législation pourrait partiellement réglementer cette situation, même si les États membres s'opposent actuellement à cette approche.
Un système politique différent
En outre, les députés se sont concentrés sur une vision plus large et à long terme de la zone euro. M. Draghi a déclaré que le dernier Conseil européen avait envoyé un message clair et qu'il était maintenant temps pour les décideurs politiques de faire part de manière explicite du besoin de réformes. "Pour moi, les progrès mèneront automatiquement à un système politique différent du système actuel", a-t-il affirmé. La voie à suivre demandera davantage de partage de souveraineté, en respectant les bases du traité de l'UE, qui ont déjà appelé à une union politique renforcée et à accroître la responsabilité démocratique, a-t-il ajouté.
Tout en reconnaissant le besoin d'une intégration plus profonde, en tant que solution aux problèmes de la zone euro, M. Draghi a souligné l'importance de prendre chaque mesure dans le bon ordre. Répondant à une question d'Udo Bullman (S&D, DE) sur certaines idées de mise en commun de la dette souveraine, M. Draghi a déclaré qu'une union de transfert européenne serait la dernière mesure, et non la première, dans l'approfondissement du processus. "La BCE est ouverte à toutes les bonnes propositions, mais l'ordre dans lequel les mesures sont prises, est tout aussi important", a-t-il conclu.
