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Une chaîne humaine dans les pays baltes il y a 20 ans

Institutions - 20-08-2009 - 09:02
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Eté 1989 : une chaîne humaine se forme dans les pays baltes. ©BELGA_AFP_ANDREY SOLOVYOV

Eté 1989 : une chaîne humaine se forme dans les pays baltes. ©BELGA_AFP_ANDREY SOLOVYOV

En Août 1989, deux millions de personnes formèrent une chaîne humaine de 600 kilomètres à travers l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Ils espéraient ainsi attirer l'attention sur le sort des pays baltes et rappeler le pacte germano-soviétique de 1939. Le premier gouvernement non-communiste à l'Est du rideau de fer a également été formé en Pologne. 20 ans après, des députés européens se rappellent.

En 1989, alors qu'un vent de démocratisation soufflait sur la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie, le joug soviétique pesait encore sur les côtes de la Baltique. Néanmoins, le 23 août de cette même année, jour-anniversaire du pacte germano-soviétique, deux millions de personnes se rassemblèrent pour former une chaîne humaine. De par sa portée symbolique, cette action ressemble à la Chute du mur en Allemagne ou à la Révolution de velours en Tchécoslovaquie.
 
« Cela peut être comparé à l'opposition non-violente prônée par Ghandi »
 
La lettone Sandra Kalniete, députée européenne nouvellement élue et ancienne Commissaire européenne, a pris part à l'organisation de ce mouvement symbolique. « Vingt ans après, je suis toujours émue par l'évocation de cette chaîne humaine. Elle n'a pas perdu sa dimension symbolique. C'est une légende aujourd'hui, et cela peut être comparé à l'opposition non-violente prônée par Mahatma Ghandi », explique-t-elle.
 
« En 1989, les Etats baltes étaient occupés par des centaines de milliers de soldats soviétiques », rappelle Tunne Kelam, l'une des figures du mouvement d'indépendance en Estonie, aujourd'hui député européen. « Au regard des conditions, l'initiative d'organiser une chaîne humaine est unique. Elle mérite une place dans l'histoire », défend-il.
 
Un ruban noir pour commémorer le 23 août
 

Le pacte germano-soviétique

  • Signé le 23 août 1939
  • Hitler et Staline partageaient l'Europe en deux sphères d'influence
  • Des protocoles secrets donnaient la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et une partie de la Pologne et de la Roumanie à l'URSS.
  • Les Allemands se réservaient le reste de la Pologne, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la France, la Yougoslavie et la Grèce.
Vytautas Landsbergis fut le premier chef d'Etat lituanien après l'indépendance de son pays. Aujourd'hui député européen, il explique qu'un ruban noir est utilisé en Lituanie pour commémorer, depuis 1987, le pacte germano-soviétique, lequel a mené à l'occupation des trois Etats baltes.
 
Selon Vytautas Landsbergis, « La chaîne humaine a envoyé un message de bonne volonté au monde : 'nous demandons la liberté et nous nous en saisirons de façon pacifique, la violence et l'injustice doivent avoir une fin !' L'Union soviétique n'a pas osé faire usage de la force ».
 
Août 1989 : premier gouvernement non-communiste en Pologne
 
Le lendemain de cette chaîne humaine, le 24 août 1989, le premier gouvernement non-communiste en Europe de l'Est était mis en place en Pologne. Tadeusz Mazowiecki devenait Premier ministre. La Pologne avait connu ses premières élections libres en juin de la même année : le syndicat Solidarnosc y avait remporté 99 des 100 sièges du Sénat et la totalité des 161 sièges de la chambre basse, le Sejm.
 
« Après le vote, l'érosion du système s'est accéléré », précise l'ancien porte-parole de Solidarnosc, Janusz Onyszkiewicz, qui siège maintenant au Parlement européen. La peur d'une intervention soviétique était cependant bien présente. « C'était comme avec un lion mort : tout le monde dit qu'il est mort, mais il faut bien que quelqu'un s'en approche et lui tire la queue pour en être sûr ». Depuis, l'eau a coulé sous les ponts mais le souvenir reste tenace : le 23 août a été consacré Journée européenne en souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme.
 
REF.: 20090708STO57793