La Présidente. – L’ordre du jour appelle le débat sur les trois propositions de résolution sur le Venezuela(1).
Pilar Ayuso, auteure. − (ES) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, j’ai signé cette résolution et j’ai demandé à prendre la parole lors de cette séance plénière, car j’ai été témoin de cette soi-disant «expulsion» de notre collègue Luis Herrero, qui était en fait un enlèvement. Qui plus est, j’ai eu la possibilité de constater à quel point les persécutions politiques, les abus de pouvoir du régime Chávez, les intimidations de l’opposition, les menaces, le mépris de la dignité humaine et l’usage impropre de la justice font partie de la vie courante au Venezuela.
Le cas de Manuel Rosales a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui a entraîné cette résolution, mais il existe des milliers d’affaires aussi sanglantes que la sienne. Certaines sont citées dans la résolution, d’autres non, comme par exemple le cas d’Eligio Cedeño, né dans la banlieue défavorisée de Caracas, à Petare, une zone connue pour son insécurité et pour avoir élu un maire étranger au régime de Chávez. Eligio a été éduqué avec l’aide d’autres personnes, notamment de Citibank; il a réussi à monter sa propre affaire, la Banque de Caracas, et a ensuite vécu une vie normale, en aidant également les plus nécessiteux. Aujourd’hui toutefois, il est illégalement détenu dans une prison de Caracas après deux ans d’emprisonnement, alors qu’aucune condamnation cohérente n’a été prononcée à son encontre. Son seul crime aura été de faire partie de l’oligarchie économique.
Un autre cas est celui de Nixon Moreno, un leader étudiant de l’université des Andes, élu plusieurs fois au conseil de son université et président de la fédération des centres universitaires. En 2003, il a remporté les élections de la Fédération, contre l’actuel ministre de l’intérieur et de la justice. Voilà son crime. Aujourd’hui, il est accusé de tentative de meurtre et d’actes de violence obscènes, bien qu’il ait été disculpé de ces accusations.
Des cas comme le sien font partie de la vie courante au Venezuela, où la persécution de l’opposition, dans le but de l’exclure de la vie politique et de supprimer les dissidents, est devenue habituelle. Nous devons néanmoins transmettre un message d’espoir à la démocratie vénézuélienne: malgré tous les défis à relever, je suis sûre que la démocratie va être établie et que le président Chávez sera désavoué.
Marios Matsakis, auteur. − (EN) Madame la Présidente, le cas de Manuel Rosales est un nouvel exemple de l’arrogance et de la paranoïa parfois manifestée par le gouvernement vénézuélien, qui devient de plus en plus autoritaire. La persécution politique de M. Rosales et de tant d’autres est déplorable et doit être condamnée de la manière la plus ferme qui soit. Nous allons demander sincèrement au gouvernement de ce pays de commencer à se comporter raisonnablement et démocratiquement et d’arrêter de violer les droits de l’homme de ses concitoyens.
Madame la Présidente, s’agissant de la dernière fois que j’interviens en plénière, permettez-moi de profiter de cette occasion pour vous remercier, ainsi que tous nos collègues qui ont fidèlement assisté aux débats du jeudi après-midi sur les droits de l’homme et qui ont contribué à rendre meilleur le monde dans lequel nous vivons.
Permettez-moi aussi de profiter de cette occasion, comme je l’ai fait tant de fois par le passé, pour rappeler à mes collègues la détresse de mon pays, Chypre, qui souffre depuis 35 ans de l’occupation militaire de la partie nord par la Turquie. Les citoyens – citoyens européens – de régions telles que Kyrenia, Famagusta, Karpasia et Morfou vivent en exil depuis l’invasion turque dévastatrice de 1974. Nous nous tournons vers l’UE pour lui demander d’exaucer leur humble vœu, qui est de pouvoir rentrer chez eux et d’y vivre dans la paix et la sécurité. J’espère que l’UE ne les laissera pas tomber.
Ewa Tomaszewska, auteure. – (PL) Madame la Présidente, lorsque les changements politiques entraînent des restrictions des droits de l’opposition à s’exprimer librement en public, nous devons être sur nos gardes. C’est le signe manifeste d’une menace pesant sur la démocratie. L’arrestation de l’opposition est encore un signe plus fort.
C’est ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela. Manuel Rosales, maire de Maracaibo et opposant au président Chávez lors des élections de 2006, a dû fuir le pays. Peu après que le président Chávez a remporté un référendum l’autorisant à briguer d’autres mandats, un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre de M. Rosales. Il a réussi à s’enfuir au Pérou, où il se cache actuellement.
Cette affaire devrait être le thème de la prochaine séance d’EuroLat. Le Venezuela est tenu de respecter les conventions auxquelles il est partie et qui garantissent le respect des droits de l’homme.
Bernd Posselt, au nom du groupe PPE-DE. – (DE) Madame la Présidente, il y a vingt ans, le socialisme s’effondrait à l’occasion du pique-nique paneuropéen organisé à la frontière austro-hongroise. J’ai eu l’honneur d’être invité aux préparations de cet évènement et je n’oublierai jamais avoir vu, peu de temps après, le «chancelier de l’unité», Helmut Kohl, et le pape Jean-Paul II, deux «fers de lance» de la réunification, traverser la porte de Brandebourg et déclarer que le socialisme ne devait pas être remplacé par un capitalisme prédateur, mais par la liberté et par une économie sociale de marché.
Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une dangereuse régression, en Amérique latine, vers une dictature et une oppression socialistes. Et j’ai bien peur que cette régression ait germé au Venezuela. Le président Chávez tente actuellement d’étouffer la liberté partout en Amérique latine en utilisant l’argent du pétrole. C’est pourquoi l’affaire Manuel Rosales est si importante. M. Rosales n’est pas seulement un excellent démocrate que nous devons défendre, il est également l’emblème de la démocratie en Amérique latine. Nous allons le soutenir et nous continuerons à nous battre pour la liberté du peuple d’Amérique latine.
Pedro Guerreiro, au nom du groupe GUE/NGL. – (PT) Par cette énième démonstration grotesque de détournement de la réalité, nous nous trouvons une fois encore face à une tentative ignoble du Parlement européen d’ingérence dans les affaires du Venezuela. Une tentative qui s’inscrit essentiellement dans le cadre des manœuvres des personnes conspirant contre le processus démocratique et souverain d’émancipation et de développement social, lancé il y a 10 ans par le peuple vénézuélien et réaffirmé par 14 processus électoraux.
Ici encore, ce qui gêne vraiment les auteurs de cette initiative, c’est le fait que, malgré tous leurs problèmes, les menaces, les dangers et les ingérences, le peuple vénézuélien a prouvé que cela valait la peine de se battre et qu’il était possible de construire un pays, et même un monde, plus juste, plus démocratique et plus paisible.
Pour citer quelques exemples parmi tant d’autres, prenons le développement de la participation populaire généralisée, la réduction des niveaux de pauvreté, d’inégalités sociales et des taux de chômage, la lutte contre l’illettrisme et l’extension de l’éducation à tous les niveaux, l’accès aux soins de santé de millions de Vénézuéliens, le réseau national de marchés alimentaires à des prix subventionnés, la nationalisation de fait de l’industrie pétrolière nationale et de secteurs stratégiques de l’économie, l’exploitation de terres productives par les agriculteurs, ou encore la solidarité avec les autres peuples.
Nous devons nous demander, en fin de compte, de quel droit ce Parlement donne-t-il des leçons en matière de démocratie et de respect des droits de l’homme quand il cherche à imposer un projet de Traité rejeté par les peuples français, néerlandais et irlandais, quand il adopte l’inhumaine directive sur le retour qui viole les droits de l’homme des migrants, dont une grande partie provient d’Amérique latine, et quand il n’a pas une seule parole de condamnation de l’agression barbare d’Israël contre le peuple palestinien de la bande de Gaza?
Pour la énième fois, nous disons: arrêtez de faire croire que vous pouvez donner des leçons au reste du monde.
Erik Meijer (GUE/NGL). – (NL) Madame la Présidente, j’ai moi-même déjà vécu au Venezuela et je connais bien le passé de ce pays et particulièrement la dictature de Marcos Pérez Jiménez dans les années 50. La pauvreté et l’injustice étaient déjà coutumières de l’époque et je trouve que le gouvernement d’Hugo Chávez représente une amélioration notable et fort nécessaire.
Je pense néanmoins que même un gouvernement sympathique doit se comporter décemment vis-à-vis de ses opposants et éviter d’employer des techniques qui rendent la vie de ses opposants extrêmement difficile.
Je voterai pour la résolution commune précisément pour cette raison, car elle est critique vis-à-vis de la protection de la démocratie en général et car elle n’a pas été formulée dans l’objectif de renverser ce qui est, pour moi, le régime positif d’Hugo Chávez.
José Ribeiro e Castro (PPE-DE). – (PT) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, je voudrais corriger les propos de M. Guerreiro, qui est mal informé, car selon les chiffres du programme des Nations unies pour le développement, ces dix dernières années, la pauvreté au Venezuela n’a pas été réduite d’un iota.
Le président Chávez a amené démagogie et dictature, malheureusement avec le plébiscite des urnes, mais également grâce à une forte dose d’intimidation du peuple, tel que le démontre encore une fois l’affaire Manuel Rosales.
J’ai rencontré Manuel Rosales. J’ai eu l’honneur de le rencontrer lors d’une visite au Venezuela. Le sort qui lui a été réservé est très regrettable, car il veut être un homme libre dans son propre pays, mais ne peut pas être un homme libre dans son propre pays. Tel est le problème du Venezuela.
Je l’ai rencontré lorsqu’il était gouverneur élu de l’État de Zulia. Il a été élu, par son peuple, maire de Maracaibo, mais ne peut vivre dans son propre pays, car, au Venezuela, les gens sont persécutés et calomniés. Ils sont calomniés, comme c’est malheureusement le cas de Manuel Rosales. C’est la pire sanction qui puisse être infligée à un homme politique et nous, hommes et femmes politiques de ce Parlement, devons tous en être conscients.
Nous pouvons nous battre pour nos idées, mais nous n’avons pas le droit de calomnier, de persécuter ou de jeter en prison quiconque. C’est pourtant exactement ce qui se passe au Venezuela.
Il est temps, Mesdames et Messieurs, que nous définissions une stratégie pour l’Amérique latine. Il doit s’agir d’une stratégie de diplomatie active pour l’Amérique latine. Elle devra sans aucun doute être axée sur le progrès social, conformément aux millions que nous investissons chaque année dans le développement et la coopération, mais elle devra être axée à 100 % sur la démocratie, à 100 % sur le pluralisme et à 100 % sur les libertés fondamentales. Vive le Venezuela libre!
Zita Pleštinská (PPE-DE). – (SK) La pauvreté fournit toujours un terrain idéal aux dirigeants totalitaires désireux de se poser en sauveurs et en défenseurs du peuple. En réalité, ils ne le font que dans leur propre intérêt. Au départ, Hugo Chávez ne parlait pas de socialisme, mais seulement du droit à un monde meilleur. Avec le temps, cependant, il a commencé à parler de socialisme. Ses opposants n’ont pas été invités à coopérer et ils sont devenus ses pires ennemis, avant de devenir prisonniers politiques. Il a ensuite commencé à se mêler de la liberté des médias et tous ceux qui ne rentraient pas dans le rang ont été enfermés. Des informations partiales, un dirigeant-défenseur, des violations des droits de l’homme, le manque de liberté: autant d’éléments qui forment le totalitarisme. L’affaire Manuel Rosales ne vient que corroborer mes propos.
Parmi d’autres dirigeants qui jouent le même jeu qu’Hugo Chávez, citons les héritiers de Castro, Loukachenko et leurs semblables. Je voudrais remercier tous mes collègues députés du Parlement européen pour avoir transmis un message fort au monde entier, grâce à ces jeudis après-midi de sessions plénières, signifiant que le Parlement européen ne tolèrera jamais les violations des droits de l’homme, où qu’elles se passent dans le monde.
Madame la Présidente, je voudrais vous remercier pour avoir présidé nos réunions au Parlement européen, pour votre coopération et pour notre amitié personnelle.
Zdzisław Zbigniew Podkański (UEN). – (PL) Madame la Présidente, cette législature du Parlement européen touche à sa fin et le moment est donc venu de faire une sorte de bilan. Nous pouvons dire objectivement que nous avons abattu une énorme quantité de travail et que, parmi les résultats de ce travail, nous pouvons distinguer un engagement en faveur de la protection des droits de l’homme et les effets de cet engagement. Ils sont particulièrement visibles dans les pays tiers. Nous sommes capables de réaliser une analyse très approfondie, comme celle que nous faisons aujourd’hui, de la situation en Iran, à Madagascar ou au Venezuela. Nous pouvons adopter des résolutions adaptées et même leur donner un effet public. Ces résolutions ne produisent pas toujours les effets escomptés, mais nous travaillons loin des pays et des sociétés touchées par ces problèmes et notre communication et notre capacité à appliquer et à transmettre nos idées n’est pas toujours particulièrement optimale.
C’est encore pire, Mesdames et Messieurs, lorsqu’il s’agit de la démocratie et de la protection des droits de l’homme au sein de l’Union européenne. C’est un sujet déplaisant et embarrassant. Des millions de personnes travaillent aujourd’hui illégalement. Qu’est-il arrivé aux droits de l’homme? Le trafic des femmes et des enfants est en plein essor. Quid des droits de l’homme dans l’UE? Comment les défendons-nous? Pourquoi ne sommes-nous pas efficaces?
Il faut également dire qu’un incident déplaisant est survenu lorsque nous avons manifesté, au sein de ce Parlement, pour un référendum, et que M. Pöttering a appelé la sécurité, ce qui représentait une violation des droits de l’homme et de notre droit à manifester et à exprimer nos opinions. Le résultat global est néanmoins positif et je pense que nous devons sans aucun doute poursuivre ce genre de débat et d’action durant la prochaine législature.
Christopher Beazley (PPE-DE). – (EN) Madame la Présidente, je demande la parole en vertu de notre règlement pour un fait personnel. Ceci est mon discours d’adieu au Parlement européen: j’ai été élu pour la première fois il y a un quart de siècle, et mon père a été élu il y a 30 ans - Peter Beazley, membre du Parlement européen représentant le Bedfordshire et le North Hertfordshire.
Je voudrais remercier tous mes collègues députés de ce Parlement, particulièrement notre président, Hans-Gert Pöttering, avec qui j’ai eu l’honneur d’obtenir l’adhésion du parti conservateur britannique au groupe du Parti populaire européen.
Je voudrais rappeler les services de Lord Plumb – Henry Plumb – en tant que président de ce Parlement, des commissaires britanniques de tous partis - Roy Jenkins (président), Arthur Cockfield, Chris Patton, le premier ministre Ted Heath et Winston Churchill - tous de vrais Européens.
Le dirigeant de mon parti, M. David Cameron, a commis une grave erreur. Il fait fausse route en pensant qu’en devenant hostile à l’Europe à la Chambre des communes, il obtiendra la direction de mon pays. En tant que conservateur britannique, je me réserve le droit de contester. C’est mon dernier mot. Il y a des Britanniques conservateurs, socialistes, libéraux. Nous sommes des Européens. Nous resterons avec nos partenaires et nos alliés et si le dirigeant de mon parti pense qu’il va fiche en l’air trente ans de travail des conservateurs britanniques pro-européens, il se trompe!
(L’Assemblée, debout, applaudit l’orateur)
Leonard Orban, membre de la Commission. − (EN) La Commission suit de près et avec inquiétude la situation au Venezuela. La Commission connaît le cas de Manuel Rosales. Il a obtenu l’asile politique au Pérou après avoir été inculpé de corruption au Venezuela. La Commission a pris note de l’explication fournie par le président du parti de Rosales, qui indique qu’il se cache pour sa propre sécurité.
La Commission pense que la demande d’asile de Manuel Rosales et son acceptation par le gouvernement péruvien constitue une affaire bilatérale et qu’il n’appartient pas à la Commission de se prononcer sur le bien-fondé de cette demande.
Nous sommes conscients que, ces derniers temps, les institutions judiciaires ont entamé des poursuites judiciaires à l’encontre de leaders de l’opposition vénézuélienne. Nous savons que certains secteurs de la société vénézuélienne ont critiqué la prolifération de mesures qui, selon eux, contreviennent à la liberté d’expression et à la liberté d’exercice des droits politiques. Ces mêmes secteurs estiment que le gouvernement fait preuve d’intolérance à l’égard des critiques. Nous sommes conscients de tout cela et nous suivons de près la situation politique au Venezuela.
Je voudrais souligner l’importance que l’Union européenne accorde à la liberté d’expression et d’opinion, qui est un droit de l’homme fondamental et l’une des pierres angulaires de la démocratie et de l’État de droit. Nous espérons que les institutions démocratiques vénézuéliennes respecteront l’État de droit et préserverons la démocratie dans ce pays, tout en respectant les obligations découlant des accords internationaux signés et ratifiés par le Venezuela, notamment la convention américaine relative aux droits de l’homme et, plus particulièrement, les dispositions relatives aux droits politiques contenues à l’article 23.
Je voudrais assurer au Parlement que la Commission continuera à suivre de près l’évolution de la situation au Venezuela. L’engagement de la Commission en faveur du soutien et du renforcement de la démocratie et de la protection et de la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales continuera à transparaître dans nos politiques de coopération et dans nos relations avec le Venezuela.